Avec son allure nonchalante, son sourire éclatant derrière sa moustache et ses yeux pétillants, Clay Regazzoni faisait le bonheur des paddocks. Adoré du public et de ses mécaniciens pour sa joie de vivre et sa simplicité, ce dilettante était aussi un redoutable guerrier derrière un volant.

Bouillant et plein de panache, juste pour le plaisir comme ces héros de roman toujours prêts à rire ou à se battre…

"Viveur, danseur, joueur de football et, à ses heures perdues, pilote." C’est ainsi que je définirais Clay Regazzoni, le brillant, l’éternel hôte d’honneur des événements mondains et chouchou de la presse féminine. Ainsi commence le chapitre qu’Enzo Ferrari consacre à Clay Regazzoni dans ses mémoires Piloti chez Gente. Si les frasques et le dilettantisme du pilote tessinois n’amusaient pas toujours le Commendatore, ce dernier rend pourtant un bel hommage quelques lignes plus loin : "En 1971, je me trouvais aux côtés de Regazzoni, devant le monument élevé à Mantoue en l’honneur de Nuvolari, lorsque le prix sacrant le meilleur pilote de l’année lui a été décerné. Je me souviens, parmi les nombreuses pensées de la journée, de ne pas avoir trouvé le rapprochement irrévérencieux."

Le Commendatore aimait les battants, admirait le panache et savait reconnaître le don. Clay Regazzoni était un pilote inclassable, un peu anachronique, le dernier représentant d’une époque révolue. Le seul fait de courir suffisait à son bonheur. Aux "épiciers" de la F1 qui thésaurisaient frileusement des points pour le championnat, il répondait par de flamboyants records du tour. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’étaient ni l’orgueil ni la vanité qui le motivaient. Seules la passion du pilotage et la beauté de l’effort le stimulaient.

Une passion tardive

Je suis originaire d’un pays, la Suisse, où les courses sont interdites depuis 1955. Approcher ce sport ne pouvait se faire que par un concours de circonstances. Pour moi, il s’est agi d’un copain de Lugano : Sylvio Moser. Clay a alors 24 ans et ne se passionne que pour le football. Il évolue même dans une équipe classée lorsqu’il rencontre Moser et l’accompagne sur les circuits hors de Suisse. Clay se prend au jeu et s’achète une Austin Sprite, puis une Mini Cooper avec lesquelles il dispute quelques courses de côte Moser encourage son ami à s’inscrire à l’école de pilotage suisse de Montlhéry. Examen de passage réussi pour Clay qui décroche ainsi sa licence internationale et achète peu après une De Tomaso F3. La monoplace ne fonctionnera jamais et la saison 1965 va se résumer à deux sorties, misérables à Magny-Cours et Zolder. En fin d’année Moser qui entre temps est devenu l’un des ténors de la F3 vole à nouveau au secours de son ami, en lui cédant son ancienne Brabham Clay qui débute à son volant à Syracuse dans une course de F2 s’adjuge la pole position. L’exhibition sera très brève.

Au premier virage, oubliant que sa monoplace est alourdie par le plein d’essence, il pèche par excès d’optimisme et termine dans le talus. Engagés dans la même écurie pour 1966, les deux Tessinois vont, avec leurs Brabham gréées aussi bien en F3 qu’en F2, enlever quelques belles places d’honneur et remporter notamment le Trophée des Nations F3 à Hockenheim. En fin de saison, alors qu’il vient d’enlever la première manche de la course de F3 du GP d’Italie, Regazzoni est envoyé au tapis lors de la finale. La Brabham est irrémédiablement détruite. Pas d’argent et plus de voiture, l’avenir s’annonce bien sombre lorsqu’il est contacté par les frères Pederzani. Célèbres par leurs karts. Ils viennent de construire une F3 – la Tecno – et offrent un volant, à défaut d’un salaire à Regazzoni. Cette nouvelle F3 va surprendre par la fougue de son pilote. Regazzoni, même sans gagner de course, se fait connaître et apprécier du public par son style plus que généreux. La victoire sourit enfin à larama. Tecno, encouragé par ce succès, décide sans plus attendre de se lancer en F2 dès 1968.

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