Hiver 1969, un brésilien inconnu débarque en Angleterre. Septembre 1970, il remporte son premier Grand Prix et trois ans plus tard, devient le plus jeune champion du monde de l'histoire de la F1. Son règne sera bref et sa chute cruelle. Mais à plus de quarante ans, ce roi déchu va conquérir un nouveau trône aux États-Unis avec l'enthousiasme d'un débutant.

Encombré par de deux grosses valises, un jeune homme aux épais cheveux de jais cherche un taxi à la sortie de l'aéroport de Londres. Le temps est gris, glacé, humide et il frissonne sous son caban de pécheur. Chez lui au Brésil, la pluie est tiède et même l'hiver est en couleur. Enfin, un gros "cab" noir arrive à sa hauteur, il ne parle pas l'anglais et tend au chauffeur un papier avec une adresse près de Wimbledon. A travers Londres et sa folle activité de cette fin de matinée, il se sent déjà très seul.

Pourtant, cet exil, Emerson Fittipaldi l'a voulu de toutes ses forces. Depuis cinq ans, il rafle avec son frère Wilson tous les titres en karting, en Formule V ou dans les courses d'endurance ouvertes à de curieux prototypes "made in Brazil". A 22 ans, il est le meilleur pilote de son pays et risque de conserver longtemps ce titre, mais cela ne lui suffit plus... Il y a deux mois que sa décision est prise. C'était en Argentine, lors de la Temporada F2 réunissant quelques uns des meilleurs spécialistes européens. Une révélation pour Emerson qui pu mesurer le gouffre qui sépare alors les deux continents lorsqu'il tenta de nouer des liens avec les team-managers des grandes équipes. Seul Frank Williams, lui accorda un peu de temps et finit par lui fournir quelques adresses utiles en Angleterre. A la fin des année soixante, c'est toujours la terre d'élection pour qui prétend percer en sport automobile. Il y a toujours un moyen de courir dès qu'on le veut vraiment et que l'on prêt... à en baver. Emerson va en faire l'amère expérience.

Un choix qui ne manque ni de panache et encore moins de courage. Issu d'une famille bourgeoise et plutôt aisée, Emerson mène alors une vie confortable lui permettant de s'adonner à sa passion pour la course sans grands soucis. Une passion née naturellement dans l'ombre paternelle puis entretenue par les premiers succès de son frère aîné.

Wilson senior, le père compte, en effet, parmi les plus réputés commentateurs de la radio télévision brésilienne. Il a suivi les exploits de Fangio en Europe et tâté de la compétition dans les années cinquante avant qu'un accident au guidon de sa BMW ne le contraigne à des activités plus raisonnables. Conservant des activités de consultant à la TV, il devient alors importateur de nombreux produits ou accessoires automobiles dont il assure la promotion en soutenant des équipes de karting. "Wilsonho" (Wilson junior) son fils débute ainsi dans la discipline en 1961, se taille vite une réputation sous le regard admiratif d'Emerson.

Ce dernier n'a que 14 ans et malgré une intervention paternelle, la Fédération lui refuse sa licence. Emerson ne veut pas attendre deux ans et il débute sur deux roues au guidon d'un "petit 50" préparé par ses soins. Il ne tarde pas à faire main basse sur les épreuves locales et une équipe lui propose le guidon d'une 175 cm3. Bravant l'interdit maternel (le souvenir de l'accident de "papa Wilson" ), Emerson s'inscrit sous un faux nom, manque de triompher avant de casser son moteur. Le retour à la maison sera encore moins glorieux. "Mama Fittipaldi" a vite découvert la supercherie et dit-on, accueillit son héros de rejeton avec de grands moulinets de manche à balai...

L'incident oublié, Emerson retourne à ses "Mobylettes" de course mais préfère bien vite suivre Wilson sur les pistes de karting. Il est le jeune homme à tout faire et devient un mécanicien de talent, préparant avec soin les moteurs de son frère. A quinze ans, les mécaniques deux temps n'ont plus de secret pour lui et commence à se tailler une belle réputation de "sorcier". Dans le petit atelier familial, les clients affluent, dont un certain Carlos Pace qui le rejoindra un jour en F1.

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