Pour peu on y verrait là l'ironie du sort. Alors que ses militants voyaient en la voiture électrique l'arme absolue qui mettrait fin au règne des ostentatoires dinosaures thermiques écologiquement et socialement incorrects, c'est peut être bien grâce à ce haut de gamme honni qu'elle va enfin connaître son envol. Ce mariage de la carpe et du lapin pourrait même écrire les pages d'un nouvel âge d'or automobile.


Et si la voiture électrique avait été prise dans le mauvais sens ? D'abord vu comme un engin essentiellement urbain, elle a commencé à vouloir s'émanciper des villes et devenir polyvalente. En somme, elle s'est mise dans la calandre l'idée de sortir du carcan Autolib' et d'être une vraie automobile, malgré une autonomie ridicule qu'aucun réseau de rechargement de ses batteries digne de ce nom n'est en mesure de pallier. La plèbe devra donc attendre que la lumière se fasse. Et c'est de la noblesse de la route qu'elle risque enfin de venir.


Ainsi, ce haut de gamme insouciant de son environnement, arc-bouté sur l'ego de son chevalier servant avide de puissance, de vitesse et de consommation, diabolisé par une culture autophobe qui s'était résolue à inscrire l'engin à batterie parmi les maux nécessaires, serait en passe d'être la baguette de la fée électricité. La Zoé a du mal à se faire une place au soleil, la Leaf travaille dur pour s'imposer, et l'on sent l'avenir de ces modèles toujours sous tension. Un appui ne serait pas du luxe, celui-là même qui s'annonce comme la lumière au bout du tunnel.


Tesla le démontre avec sa gamme aux tarifs élitistes et BMW arrive avec une i3 pas vraiment accessible aux premières bourses. Celles et ceux qui ont été dans le collimateur lors de l'avènement de la voiture électrique sont donc sollicités pour son émancipation. Les mêmes trouveront là le moyen de s'offrir une salvatrice conscience écologique en ne sacrifiant en rien l'idée d'arpenter le bitume dans le luxe et la volupté.


Seuls ces modèles haut de gamme assureront l'idée, à terme, d'une démocratisation avec son lot de développement technologique, d'abaissement des coûts de production, et d'influence politique sur la multiplication des bornes de rechargement. Le prix à payer, et par ceux qui en ont les moyens, pour sortir la voiture électrique d'une cage écolo-urbaine cuisant à l'étouffé tous les fondamentaux ludiques du genre Automobile.