A l'aube des années 80, un jeune Brésilien d'une rare audace sême la terreur dans les pelotons de karting. Si quelques observateurs décèlent déjà le grand champion de demain, les "milieux autorisés" restent plus frileux. Ayrton Senna, connu alors sous le nom de Da Silva, ne sera pourtant pas un riche sud-Américain de plus venant tenter sa chance en Europe. Deux ans plus tard, il sera courtisé par tous les team-managers de F1.

Pilote d'exception dont la tragique disparition a élevé au niveau du mythe, Ayrton Senna était avant tout une personnalité extraordinairement complexe. Un homme entier, adulé ou détesté, obsédé par la perfection, animé par une farouche détermination, dur avec lui même comme avec ses adversaires sur la piste mais d'une incroyable sensibilité et d'une déconcertante vulnérabilité dans la vie. Sous son allure angélique, Ayrton Senna ne fut jamais un saint le volant en main. Féroce, sauvage, surdoué à la limite de l'arrogance, il pouvait aussi être touchant de sincérité et cruellement désarmé face aux injustices.

Remarquable de contradictions, comme tous les hommes hors du commun, avec tout ce que cela comporte de fascinant et d'insupportable, il ajoutait à son personnage une touche poignante. Celle des enfants programmés pour devenir champions et qui passent de l'enfance à un monde d'adulte sans emprunter les chemins initiatiques de l'adolescence. Personne ne lui a pourtant volé ces instants et cette passion dévorante ne lui fut en rien imposée par un père voulant assouvir ses ambitions par procuration. Lorsque Milton Senna construit un mini kart pour son fils de quatre ans, il ne s'imagine pas qu'il vient de lui forger un destin. Pour cet industriel qui a bâti, en partant de rien, une importante société de pièces détachées automobiles, le sport et la compétition est un complément indispensable à l'éducation scolaire. Si l'enfance du jeune Ayrton dans la grande maison blanche de la banlieue de Sao Paulo est nettement plus douce que celle des gosses des "favellas", elle n'est pas non plus celle d'un gosse de riche. Elle est emprunte d'une morale et de valeurs qui ne laissent pas de place à la médiocrité. Pas question de se laisser aller à la facilité et pour assouvir une passion, il faut la mériter. Milton pourra être fier. Le gamin, dès son plus jeune âge a compris les règles du jeu. Un bon carnet scolaire, c'est le visa indispensable pour le week-end de kart. Alors, Ayrton, l'élève doué mais dilettante se met juste à travailler ce qu'il faut en un minimum de temps mais avec une concentration maximum.

Il sait aussi faire preuve d'une maturité peu commune pour son âge. A huit ans, chaque fois qu'il pleut, il tourne inlassablement sur le circuit d'Interlagos pour cultiver ses réflexes sur une piste détrempée et ne s'arrête qu'à la tombée de la nuit, trempé et transi de froid. Lorsqu'il débute en compétition à 13 ans, l'âge légal au Brésil, il possède ainsi des dizaines de longueurs d'avance sur tous les gamins de son âge.

Milton, emporté à son tour par le challenge ne laisse rien au hasard. Ayrton dispose d'une camionnette-atelier, d'un chauffeur-mécanicien tandis que ses moteurs sont préparés en exclusivité par Lucio-Pascual Gascan, surnommé "Tché", qui fut le mécanicien des frères Fittipaldi et de Carlos Pace. Alors, il brûle, les étapes. Première course à Interlagos, le 1er juillet 1973 et première victoire. Dans un style spectaculaire, un peu sauvage, Senna va vite sans avoir besoin de réfléchir à son pilotage. Un incroyable razzia débute sur le continent sud-américain. Il gagne sur toutes les pistes et bat tous les records mais veille à faire évoluer son matériel, s'occupe lui-même avec un soin maniaque de la mécanique jusque très tard dans la nuit. Milton croyait qu'il courait pour s'amuser mais son fils, dévoré de passion, est déjà devenu un vrai professionnel. Un de ses adversaires dira de lui "il est comme un enfant qui aurait eu trente ans !". Sérieux mais animé par une irrésistible envie de gagner, il est souvent piégé par sa fougue et son agressivité. Sur la piste, c'est déjà tout ou rien et il ne se fait pas que des amis. Il traine une réputation de sale gosse dont l'ambition a tourné à l'obsession. Personne ne l'aime, personne ne le comprend, mais il force l'admiration et tous admettent qu'il est le plus doué et plus rapide de tous.

Le Brésil devient vite trop étriqué et le vieux monde va vite prendre la mesure de son talent. Inscrit au championnat du monde de karting 1978 qui se dispute sur la piste du Mans, Ayrton prépare soigneusement son entrée sur la scène internationale. Lorsqu'il débarque à l'usine DAP de Milan, il n'est encore qu'un pilote payant parmi tant d'autres, dont personne n'a entendu parler. Après quelques séances d'essai sur une piste inconnu et qu'il égale le temps de Terry Fullerton, le pilote maison multi titré, on se précipite pour lui faire signer un contrat ! "Il ne pilote pas, il joue ! Pour lui tout semble facile" se souvient le vétéran Irlandais. Pourtant, Ayrton ne sera jamais champion du monde de karting. Révélation de l'année au Mans en 1978, battu aux points l'année suivante à Estoril, encore deuxième à Nivelles en 1980... Des échecs mal digérés qui le feront s'entêter sans plus de succès encore deux ans alors qu'il survolait déjà la Formule Ford.

Forum :

  • [Ayrton Senna : Eternel tout simplement !!
  • >http://www.forum-auto.com/sqlforum/section3/sujet183161.htm]


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