A l'aube des années soixante, le fiction rejoint la réalité. la formidable aventure spatiale vient de débuter, les horizons reculent et toutes les audaces semblent permises. Dans ce climat d'euphorie, le sport automobile va connaître le plus formidable essor de son histoire en relevant tous les défis. Parmi ceux-ci, la propulsion par turbine va s'affirmer comme l'un des plus spectaculaires.

C'est Rover qui a été le pionnier en matière de propulsion par turbine. Impliqué dans le programme aéronautique visant à doter la Grande-Bretagne des appareils à turbo-propulseurs pendant la seconde guerre mondiale, le constructeur britannique installe dès 1950 une turbine à gaz dans une berline Type 75. Baptisé "Jet 1", le prototype établira deux ans plus tard le record de la catégorie en roulant à 225 km/h sur l'autoroute qui relie Gand à Ostende, puis enfin à 244 km/h. Un coupé, propulsé par turbine, baptisé T3, sera présenté au salon de Londres en 1956 mais, il ne connaîtra aucune suite commerciale, les circuits, sera écrite par la Renault Etoile Filante qui portera le record du monde de la catégorie à près de 307 km/h en 1956 sur la lac salé de Bonneville. Véhicules de science fiction, ou bêtes de salon, les turbines, trop gourmandes trop chères et peu commodes à conduire ne connaîtront jamais une carrière commerciale. La piste du Mans, l'ovale d'Indianapolis et même la formule 1 leurs apporteront toutefois la notoriété tout en marquant les limites du genre. Quatre constructeurs seulement ont relevé le défi.

Voici leurs histoires

Les Rover-BRM (1963-65) dès 1957, l'Automobile Club de l'Ouest instaure une catégorie pour les véhicules animés par turbine. Une somme de 25 000 francs est votée pour récompenser tout véhicule capable de parcourir au moins 3600 km en 24 heures. Si Renault refuse de relever le défi avec son Etoile Filante qui se contente seulement d'une exhibition avant le départ de l'édition 1957, Rover qui persévère avec conviction dans ce domaine, va jouer le jeu. Ne possèdent aucune expérience dans le domaine de la compétition, la marque britannique passe un accord avec BRM pour la construction d'un prototype. Tony Rudd adapte ainsi un ancien châssis multitubulaire type 56, une formule 1 de 1961, pour accueillir en position arrière la turbine Rover de 150 ch. Recouverte d'une carrosserie en feuille d'aluminium d'une prodigieuse laideur, la barquette effectue ses premiers essais en avril 1963 sur la piste du Mans. Si la Rover-BRM peut compter sur l'enthousiasme et les connaissances techniques de Richie Ginther, son second pilote Graham Hill est en revanche beaucoup plus réservé : "On est pris d'une terreur panique dans cette voiture et d'abord, comment s'arrête-t"elle ?" Il est vrai que le pilotage de cette voiture ne s'apparente à rien de connu. Pour combattre l'effet d'inertie de la turbine, les pilotes doivent attaquer les courbes avec le pied droit enfoncé à fond sur l'accélérateur et le pied gauche dans la même position, mais sur le frein... En dépit de ces petits détails "d'intendance", les essais se révèlent prometteurs avec des meilleurs tours parcourus à près de 180 km/h de moyenne. Acceptée pour la course, mais hors concours à cause de ses deux énormes réservoirs de kérosène d'une capacité totale de 220 litres, (le double du volume autorisé dans la catégorie prototypes deux litres dans laquelle elle serait admise), la Rover-BRM ne pourra ainsi apparaître officiellement dans les classements. Arborant un dossart double zéro, elle doit simplement se contenter d'adopter un tableau de marche respectant une moyenne de 150 km/h pour parcourir les 3600 km imposés. Elle fera beaucoup mieux. Hormis neuf arrêts pour ravitailler, sa régularité va s'acharner à décourager le chroniqueur. Pas même un changement de pneumatiques... Heureusement que la FOCA et les droits de télévision n'avaient pas encore cours ! Elle termine les 24 heures â plus de 173 km/h, ce qui la place officieusement à la 7e place et première non Ferrari, mais avec une consommation qui dépasse les 40 1/100 km. Un joli coupé, d'aspect civilisé susceptible de convenir à un usage routier apparaît aux essais d'avril 1964.

La turbine se voit doter d'un échangeur capable de réduire la consommation de prèsde 50 % dans le but de s'accommoder des prescriptions légales en matière de réservoir (110 litres) et pouvoir ainsi participer officiellement à la course. Un accident du camion transporteur sur le chemin du retour qui abîmera sérieusement le prototype, obligera l'équipe à déclarer forfait pour la course. Profitant de ce sursis, Rover et BRM affinent la mise au point et retrouvent la piste mancelle en avril 1965. Mieux profilée mais plus lourde et moins puissante, la Rover BRM doit se contenter du 40e temps aux essais. Eclipsée cette fois par le tumulte du duel Ford-Ferrari, "l'attraction" va effectuer une course beaucoup plus anonyme. Victime de la chaleur écrasante qui limite le rendement de la turbine et transforme l'habitacle en une véritable fournaise, la berlinnette ne peut compter que sur sa fiabilité et sa régularité. Pilotée par Graham Hill et Jackie Stewart, elle terminera à la 10e place, au milieu des GT et nettement distancée en classe deux litres par les Porsche 904. Elle n'aura consommé que 211/100 km mais cette économie se chiffre aussi par une distance parcourue inférieure de vingt-six tours par rapport à 1963. Cette prestation jugée décevante marquera la fin de l'expérience.

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