On n'en cause mais pas tant que ça. Il faut dire que, pour le moment, les hautes sphères ne craignent pas le coup de pompe dans les stations d'essence aux pistolets toujours fonctionnels. Mais quand même, il ne faudrait pas être la victime d'un trop plein de confiance qui nous laisserait sec pendant les fêtes de Noël. Car en ce moment, quatre des cinq raffineries du groupe Total son en grève. La CGT, qui alimente le mouvement, ne tient apparemment pas à rester sur la réserve, parlant même, pour un site, d'état de siège.


"Le mouvement continue, il semble bien s'ancrer", a d'ailleurs évalué un responsable de cette centrale syndicale qui est le premier syndicat de la branche raffinage-pétrochimie de Total. "La direction générale nous a fait passer le message que, pour eux, il n'y avait pas de sujet, donc les négociations se font au niveau de chaque établissement."


Et quels sont ces établissements ? Les raffineries en grève, qui produisent pour l'essentiel de l'essence et du gasoil pour l'automobile, affichent une capacité de 339.000 barils par jour (bpj) pour Gonfreville (Seine-Maritime), 230.000 bpj pour Donges (Loire-Atlantique), 155.000 bpj pour La Mède (Bouches-du-Rhône) et 119.000 bpj pour Feyzin (Rhône). Puis il y a la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), d'une capacité de 99.000 bpj, qui fonctionnait normalement hier vendredi après la reprise du travail votée mardi. En revanche, l'ambiance est bien moins détendue à Gonfreville où son responsable CGT, Thierry Defresne, a déclaré : "On est passés à un cran supérieur au niveau de la raffinerie, on est en état de siège c'est-à-dire qu'on a bloqué l'entrée."


Quelles sont les raisons de cette colère ? La CGT estime que la proposition de Total d'une augmentation de salaires annuelle de 1,5% n'est pas suffisante et réclame pour chaque salarié une prime de 1.500 euros et une augmentation de 100 euros par mois. Total indique que la hausse proposée atteint déjà 3,5% en incluant des éléments d'ancienneté et de performance. Un accord salarial a été signé lundi avec trois organisations syndicales, qui représentent ensemble une majorité de salariés. Le mouvement social qui affecte 60% de la capacité française de raffinage pour des revendications salariales est entré vendredi dans son huitième jour


Du coup risque-t-on de se retrouver avec des stations service à sec ou regretter une inflation des prix à la pompe ? On nous assure que non. Du moins, pour l'instant..."Il n'y a pas de risque, les gens pourront partir en vacances normalement et faire le plein dans les stations sans risque d'une quelconque rupture", a dit Jean-louis Schilansky, le président de l'Union des industries pétrolières (Ufip). "On est en train de faire la démonstration qu'on peut réapprovisionner le marché français. Sur la durée, je n'en sais rien, mais instantanément c'est sûr. Dans tous les cas, le système français est couvert pour toute la période de Noël." Des propos rassurants teintés néanmoins d'une certaine prudence.


2014 risque donc de commencer sous le signe de la tension dans les stations. Une fièvre qui pourrait jouer sur les tarifs : "Il faudra voir si les prix du gasoil réagissent, mais on n'a pas encore eu de répercussion sur les prix et donc sur les marges, qui restent à des niveaux très faibles" a expertisé le même ponte. Une porte-parole de Total a quant à elle indiqué qu'il n'y avait pas de risque de rupture d'approvisionnement, ajoutant que la branche raffinage-chimie du groupe perdrait entre 450 et 500 millions d'euros en France en 2013 en raison de la faiblesse de la demande. Oui mais avec cette conjoncture anxiogène, d'aucuns voudront se dépêcher de remplir les réservoirs et se mettre un peu de côté le précieux liquide. Ce qui risque de faire exploser cette même demande.