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Interview : Ludivine Puy, championne d'Europe d'enduro, en marche pour le mondial

Dans Moto / Sport

Interview : Ludivine Puy, championne d'Europe d'enduro, en marche pour le mondial

Ludivine Puy, l'enduriste la plus rapide actuellement, a conquit cette année son 3ème titre européen d'enduro féminin. Depuis deux ans, elle se frotte au garçons en championnat de France.


Aux ISDE au Portugal en octobre dernier, elle a une nouvelle fois donné la leçon à toutes les filles tout en roulant sur la réserve, impressionnant.


Il m'a fallu un peu de patience pour joindre Ludivine au téléphone, papa Christian m'a bien aidé !!!


L'ouverture du championnat d'Europe cette année est en France, tu gagnes le samedi et Alice le dimanche, comment cela c'est déroulé, les conditions étaient difficiles ?


Alors, je gagne toute seule le samedi, j'ai eu des problèmes mécaniques le samedi soir, je ne voulais pas repartir le dimanche et mon mécano m'a dit, il n'y a rien à perdre. Je suis repartie le dimanche, mais j'avais de gros soucis d'embrayage, j'ai assuré, c'est Alice qui gagne le dimanche.


Sur les résultats, on voit que le samedi, tu es la seule à marquer et le dimanche, vous êtes deux, les conditions étaient particulièrement extrêmes ?


Oui, c'était l'enfer, il avait plu depuis une semaine et les filles avaient abandonnées. Ils étaient obligés de couper des bouts de spéciales. Il faillait prendre toutes les déviantes dans les spéciales, avec la boue, ça passait pas.


La seconde épreuve a lieu à Tokod, en Hongrie, Alice gagne, tu fais deux et Audrey, trois. Les Françaises deviennent dangereuses pour toi ?


Non, pas du tout, il m'est arrivée beaucoup de choses cette année, j'ai été très malade, je suis arrivée avec de la fièvre, une grosse bronchite aiguë, je voulais pas rouler, mon père m'a dit, on y va quand même, je n'arrivais pas à respirer, à rouler, j'étais vraiment pas bien, le dimanche personne n'a marqué de point et Alice s'est blessée fortement.


Je suis tombée dans un ravin en spéciale, je ne pouvais pas rejoindre ma moto en contre-bas, le robinet d'essence était ouvert, quand j'ai pu la reprendre, je n'avais plus d'essence, des conditions de malades, de la boue.


Alice ne voulait plus repartir, elle était fatiguée, son team lui a dit, Ludivine a abandonné, c'est le moment de reprendre la tête du championnat, elle est repartie et elle a fait 10 mn avant de se blesser très gravement.


La troisième course est en Slovaquie et tu n'y es pas !


Non, là je n'y suis pas allée, j'avais la clavicule cassée, sans déplacement. Cela aurait du se remettre en six semaines. Je me recasse complètement la clavicule huit jours plus tard. Le problème est que j'avais un autre soucis de santé cette année qui m'a obligé à prendre de la cortisone qui empêchait la recalcification normale.


La finale du championnat d'Europe approche et tu n'es pas au mieux !


Je n'avais pas roulé depuis longtemps, la calcification n'en finissant pas, j'étais plutôt faible, j'ai demandé à mon médecin d'arrêter ce traitement corticoïde 15 jours avant.


Tu refais juste une course difficile avant cette finale. Il y avait d'ailleurs trois jours de course pour la finale !


En fait les deux premiers étaient deux jours d'enduro classique et le troisième, c'était juste un cross, relativement court. Avec l'arrêt de mon traitement, j'étais de mieux en mieux de jour en jour, le temps que cela s'élimine. Je gagne les deux premières journées et le dimanche j'ai le titre.


Tu gagnes avec 11 points d'avance, c'était chaud, il s'en est fallu de peu !


Oui c'est juste, mais 11 points c'est suffisant, il a fallu aussi un petit peu de chance pour avoir ce titre. J'ai réussi à regrouper tous les éléments pour finaliser.


Je reviens sur les ISDE, là en octobre, on revoit de la grande Ludivine !


Interview : Ludivine Puy, championne d'Europe d'enduro, en marche pour le mondial


Rire…, oui, je reviens enfin en forme. Beaucoup de sable était annoncé sur les ISDE, donc on s'est bien préparée avec Pierre-Marie Castella, un collectif féminin a été mis en place par la FFM. On a pu s'entraîner dans le sable, moi j'aime bien rouler dans le sable depuis 2-3 ans.


Je voulais voir comment je roulais dans le sable après cette saison ou j'ai été beaucoup malade. Il y avait au Portugal les Suédoises qui sont fortes dans le sable, surtout Adriansson. Je l'avais vu rouler, je savais qu' elle était rapide.


Et elle me prenait quelques fois les premières spéciales de la journée, pour 3-4 secondes. Moi, j'avais une bonne marge, j'ai demandé à mes deux chefs, Fred Weill et Pierre Marie en leurs disant , moi je roule à 90%, la Suédoise est proche de moi, est-ce que j'augmente un peu le rythme ou je continue comme cela, ils m'ont dit, on l'a vu rouler, elle fait de plus en plus de fautes, elle n'est pas régulière, continue comme cela.


J'ai roulé intelligemment, je ne suis pas tombée une seule fois les cinq premiers jours, j'ai juste chuté dans la dernière spéciale du 5ème jour en fait. J'aime bien les courses comme cela où il ne suffit pas de mettre la poignée dans le coin.


En individuelle, tu termines avec plus de 10 mn d'avance sur la deuxième, Audrey et Stéphanie ont bien roulé aussi, c'est une belle course d'équipe !


Oui, les filles ont eu un peu de mal à se mettre dans le rythme les deux premiers jours, elles avaient un manque de confiance en elles. On en a beaucoup parlé le soir toutes les trois.


Et le troisième jour, il y avait moins de sable, elles ont retrouvé un terrain plus à leur convenance. Elles ont été régulières, homogènes, moi, mon but était de creuser l'écart, les filles, elles devaient rouler à leurs places, ne pas tomber.


Tu as donc fait tes 6 jours sans vraiment forcer, relax quoi !


Re rire…, si, j'ai forcé quand même, il y avait des liaisons difficiles. Mais cela fait trois ans que je fais les 6 jours comme cela, on me donne des consignes de ne pas rouler à 100%.


Je penses que je vais vivre dans ma carrière des 6 jours où il va falloir que je me donne, il y a des filles qui bossent, le niveau va monter, il y a le mondial l'année prochaine, il y aura un moment où je ne pourrais plus me reposer sur mes lauriers. J'espère qu'avant la fin de ma carrière, il va falloir que je me batte et que je connaisse ce truc là !


Il n'y a que lorsque je roule chez les garçons que je connais ça.


Justement, en parlant des garçons, tu fais 10ème en E 3 cette année en France en participant à seulement deux courses, si tu avais fait tout le championnat, tu étais dans les 6-7. Les garçons prennent cela comment quand Ludivine finie devant eux ?


Oui, peut-être 7, chez les nationaux, ça se passait très bien, pour eux, je suis un pilote respectable, chez les Elites, c'est vraiment différent, certains se sont battus des années pour avoir ce statut là, c'est pas aussi bien vu, ils sont beaucoup plus machos.


Chercher les mecs, je suis lucide, les Nambotin ou Séb Guillaume, je n'en serais jamais capable. Mais j'ai encore de la marge, du travail, ça fait longtemps que je roule, la motivation commence à être très différente, elle est toujours là, mais je commence à voir maintenant autre chose, je pense aussi à une reconversion, de carrière sportive ou professionnelle. J'ai encore beaucoup de chose à faire, là il y a le mondial féminin.


Tu es pour beaucoup dans la mise en place de ce mondial d'enduro féminin !


Oui, mais c'est surtout mon père, à qui j'ai soumis mes idées, il a eu beaucoup plus de temps pour travailler avec eux, les gens de la Fim.


Je les remercie beaucoup, ils ont travaillé en écoutant ce qu'on leur disait.


Ils s'investissent pour que les clubs ne prennent pas ça à la légère.


Nous avons poussé pour que cela se mette en place rapidement, moi, je voulais le faire maintenant.


Mon père s'occupe beaucoup de moi, s'il n'était pas là, je ne pourrais pas faire ce que je fais aujourd'hui.


Penses-tu trouver sur ce nouveau championnat des filles inconnues en championnat d'Europe, Australiennes ou Américaines ?


Non, je ne crois pas, il faut du temps pour que le championnat se mette en place et que les filles y trouvent un intérêt, c'est pour cela que l'on a demandé qu'il n'y ait pas trop de difficultés pour écœurer les filles, il faut que cela évolue tranquillement. Je pense pas que l'on voit des nouvelles avant deux ans.


Donc, l'an prochain, si t'es en forme, tu es championne du monde !


Eclat de rire, oui, si, si, si, si...En tout cas je vais tout faire pour, ça m'a redonné une motivation, cette année, j'avais pas de but, pas trop de motivation pour ce 3ème titre européen.


Penses-tu que la blessure très grave d'Alice lui met sa carrière en l'air, des blessures rares en enduro ?


Hélas, très certainement, je crois… , elle va peut-être tenter une opération pour récupérer la mobilité de son pied mais retrouver le niveau qu'elle avait avant en moto, je suis pas certaine, les autres filles progressent et Alice loupe un wagon.


j'avais pas spécialement beaucoup d'affinités avec Alice, mais ce qu'elle a eu m'a beaucoup fait réfléchir, je lui souhaitais surtout pas ça, c'était ma meilleure adversaire, le sport repart en arrière.


2010, tu repars avec la Gas Gas 300, pilote officiel !


Oui, j'ai ressigné un contrat avec l'usine pour deux ans.


Merci Ludivine, ça a été un plaisir de t'entendre, bonne préparation hivernale, et surtout merci d'avoir répondu à mon appel !!!


Interview : Ludivine Puy, championne d'Europe d'enduro, en marche pour le mondial


photos Sergio


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