|
Jean François Gruson, adjoint au directeur des études économiques de
l'IFP (institut français du pétrole) répond aux questions de Caradisiac.
Les prix du carburant vont-ils augmenter en France en 2006?
Jean François Gruson : En 2006, tout est possible. Une chose est
sûre, les prix resteront élevés avec quelques oscillations en fonction des
évènements géopolitiques. Je vois mal un retour aux prix observés en 2003.
La principale raison d'une hausse tarifaire est bien évidemment l'augmentation
de la demande. En cette période, la première cause est le froid. La demande est
beaucoup plus importante durant les périodes d'hiver. D'autre part, la faible
croissance des capacités de production entraînent une inflation des prix. C'est
ce qui se passe aujourd'hui au Nigeria où la production est stoppée, ou encore
en Iran qui menace de réduire de 10 % ses exportations. Les prix à la pompe
varient énormément en fonction de ce genre de phénomènes. Donc pour 2006, on ne
peut pas émettre de prévisions, mais le marché sera à la hausse. Le pétrole est
une matière première finie et l'époque d'un pétrole pas cher et très abondant
est probablement derrière nous.
L'état peut-il intervenir en baissant la TIPP?
Jean François Gruson : L'Etat peut effectivement proposer une baisse
dans le cadre de la loi des finances, mais je trouve ce procédé délicat. Il est
difficile de promettre aux Français une baisse des carburants, si de l'autre
côté on souhaite modifier leur comportement et les encourager à utiliser les
transports en commun, les nouvelles énergies : biocarburant,
électricité, etc. Je pense que ce n'est pas une solution.
Pourquoi les prix du gasoil et de l'essence se resserrent ?
Jean François Gruson :
Tout simplement parce que la demande européenne en
gasoil augmente énormément. D'une part car le parc automobile est fortement
diésélisé (70%). Mais en France le plus gros consommateur de gasoil, n'est pas
le véhicule particulier (30 % ) mais le poids lourd (50 % ) ! Cette situation est
particulière à l'Europe, car sur les autres marchés le cour du gasoil est
stable. Et à la différence de ce que beaucoup de monde pense, les nouvelles
normes écologiques n'ont pas grande influence sur les tarifs à la pompe.
La seconde explication, c'est la faible croissance des capacités de production
de pétrole brut dans le monde. On avait des excédents, qui se sont très
fortement réduits et qui ont entraîné cette croissance continue du prix.
En fonction de la consommation actuelle, de combien d'année de réserve en
pétrole disposons-nous ?
Jean François Gruson : Aujourd'hui, les experts s'accordent sur
plusieurs scénarios. Si la demande se stabilise ou augmente encore, les
pessimistes prévoient d'atteindre une incapacité à satisfaire la demande
mondiale à l'horizon 2015.
D'autres experts, dont l'IFP, tablent sur un schéma moins catastrophique.
D'une part, les réserves mondiales sont méconnues par l'homme. Beaucoup de
réserves restent inexploitées en raison d'une technique de visualisation pas
encore au point et d'une technologie d'extraction beaucoup plus complexe. En
fonction de ces différents critères et de la demande (si les consommateurs
modifient leur comportement), les experts de l'IFP prévoient une fourchette
plus large : à l'horizon 20020-2030.
Comment expliquer cette volatilité des prix du pétrole ?
Jean François Gruson :
Aujourd'hui la flexibilité des exportateurs
s'est considérablement réduite par rapport aux 10 dernières années. On
fonctionne quasiment à flux tendu. C'est à dire qu'on produit autant que la
demande. Donc au moindre conflit, à la moindre catastrophe naturelle, si une
raffinerie ou des puits d'extractions sont touchés le marché du brut s'envole.
Car personne n'est en mesure de remplacer cette production de pétrole. Il n'y a
plus la même souplesse qu'auparavant car les capacités à produire sont beaucoup
plus limitées.
|