|
Pour limiter
l' insécurité routière, les pouvoirs publics misent donc sur
les radars et la peur du gendarme. Force est de reconnaître
que placer des cinémomètres sur des tronçons où ont eu lieu
des accidents dangereux est un bon moyen dalerter les
automobilistes et de les inciter à la prudence. Le Ministère
des Transports a ainsi demandé à chaque département de développer
un plan de contrôles routiers dont lobjectif est justement
de déterminer les axes les plus accidentogènes.
Policiers
et gendarmes doivent utiliser efficacement les radars en
tenant compte de ces informations. Malheureusement, très
peu de départements appliquent pour linstant cette
directive. Et, trop souvent encore, les radars sont disposés
sur des tronçons qui ne sont pas forcément les plus dangereux.
On trouve ainsi rarement de cinémomètres le long des écoles
où de véritables dangers existent. Par contre, ils fleurissent
à lapproche des barres de péages autoroutiers, zones
peu accidentogènes.
Sans
faire preuve de mauvaise foi, on constate que les radars
sont toujours, malgré une trop légère évolution, utilisés
comme des pompes à fric. Dautant que le prix des radars
baissant, il est plus facile de les rentabiliser rapidement.
Caradisiac en apporte la démonstration. Munis dun
Eurolaser, nous nous sommes placés à deux endroits
stratégiques :
- le premier situé rue Aristide-Briand, à Issy-les-Moulineaux,
un site sensible car à proximité d'une école maternelle
et d'une école primaire.
- le second situé sur une route à grande circulation,
la Nationale 118, aux environs de Vélizy.
Des
abords d'écoles dangereux
Si
vous allez vous promener un jour près d'une école jouxtant
une route, vous êtes sûr de trouver des parents en train
de protester contre la vitesse excessive des automobilistes.
Force est de constater que les différents moyens utilisés
pour faire ralentir les véhicules (passages protégés ou
ralentisseurs) n'ont que peu d'effets. Et lorsque l'on se
rend sur le terrain, on réalise combien ce mécontentement
est justifié.
Postés dans une rue entre deux écoles, nous avons effectué
une véritable moisson et si nous faisions partie des forces
de l'ordre, nous aurions à coup sûr un taux de verbalisations
très élevé.
Entre 13 h 15 et 14 h 15, nous avons
pris en infraction pas moins de 55 véhicules (et il faut
tenir compte de notre manque d'expérience, d'où quelques
erreurs de manipulation). La vitesse est limitée à cet endroit
à 50 km/h, mais bon nombre d'automobilistes roulent trop
vite. Une Peugeot
205, un Renault Kangoo,
une Citroën Saxo
et une BMW Série 3
se
sont partagées la palme, toutes contrôlées à 70 km/h, soit
près de 20 km/h au-dessus de la vitesse autorisée.
Au
petit jeu des calculs, en respectant la tarification réglementaire,
nous aurions donc pu verbaliser 51 personnes pour un excès
de vitesse de moins de 20 km/h, soit un total d'amendes
de 4664 euros. Ajoutez à cela les quatre véhicules ci-dessus
mentionnés, circulant à 70 km/h, soit plus de 20 km/h au-delà
de la vitesse autorisée, et qui se verraient pénalisés chacun
de 135 euros, et l'on arrive à un total de 5213 euros de
l'heure ! L'Eurolaser coûtant 7622 euros, il serait
donc rentabilisé en moins de deux heures. On peut donc volontiers
se demander pourquoi les forces de l'ordre ne se postent
pas plus souvent près des écoles ; elles feraient du « chiffre »
tout en rassurant les parents, ravis de voir plus de sécurité
autour de leurs bambins.
La
Nationale 118 : la vache à lait
La
Nationale 118, pour ceux qui ne connaissent pas cet axe,
est la route qui permet à tous les Parisiens de quitter
la capitale pour aller vers le Sud. Axe stratégique, la
118 est en général embouteillée lors des départs
en week-end ou en vacances. En revanche, en temps normal,
ces 2x2 voies offrent un lieu idéal pour rouler vite.
Renseignements pris auprès de la compagnie de CRS de Boulogne
qui s'occupe de cet axe, nous apprenons avec surprise que
la vitesse est limitée à cet endroit à 90 km/h.
Nous nous sommes donc mis en position sur un pont, dans
la zone de Vélizy, dans le département des Hauts-de-Seine.
En une heure, le verdict est sans appel : nous radarisons
pas moins de 150 véhicules, dont aucun ne roule en dessous
de 110 km/h ! Il faut noter que notre marge d'erreurs
est encore plus grande que précédemment, car le contrôle
des véhicules à cette vitesse s'avère relativement compliqué.
Pas
moins de 150 véhicules au-delà des 90 km/h autorisés en
une heure, ce chiffre est énorme. Nous avons même contrôlé
certains automobilistes à plus de 150 km/h !
Le
total des amendes est hallucinant et avoisine les les 21
342 euros. Rappelons le coût de lEurolaser, soit 7622
euros et nous avons une idée de sa rentabilité.
Bilan
5213
euros de rapport en une heure lorsquun radar est placé
le long dune école, 21 342 euros quand on linstalle
sur une 2X2 voies, le calcul est vite fait. Voici pourquoi
les radars sont plus souvent utilisés sur des axes empruntés
par de nombreux contrevenants potentiels.
Comment,
sans cela, expliquer l'absence chronique de contrôles aux
environs des écoles, alors que les associations de parents
les réclament depuis bien longtemps ? En revanche,
les 2x2 voies et les autoroutes ne manquent pas de contrôles,
même si elles sont considérées par le ministère comme les
routes les plus sûres de l'Hexagone. Les radars serviraient-ils
uniquement à renflouer les caisses de l'État ? À vous de
juger.

|