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Et
si Gayssot ne sétait pas trompé ?
Il
est arrivé au ministère des Transports en déclarant
lui-même quil ny connaissait rien en matière
de Sécurité routière. Cela ne la pas empêché
de multiplier les déclarations à lemporte-pièce
dont la plus fameuse avait consisté à clamer haut
et fort quil diminuerait par deux le nombre
de tués sur les routes en cinq ans. Cest vrai,
Jean-Claude Gayssot, le ministre de lÉquipement,
des Transports et du Logement, a fait lobjet
de nombreuses railleries à la suite de cette déclaration.
Comment ce politique pouvait-il réussir là où tant
dautres, aussi bien intentionnés que lui, avaient
relativement échoué ? Certes, lobjectif
est noble. Mais comment latteindre ?
Gayssot choisit
la peur du gendarme
Ni
une, ni deux, léquipe de Jean-Claude Gayssot
reprend dès son arrivée les vieilles recettes :
multiplication des contrôles routiers et renforcement
de larsenal législatif (les lois Gayssot)
Même si quelques mesures touchent à la formation et
à léducation, la politique de Sécurité routière
de lère Gayssot repose bien sur la peur du gendarme.
Bref,
cest la répression qui est à lordre du
jour ! Encore et toujours la répression, pourrait-on
dire, car cette solution de facilité avait bien évidemment
été mise à toutes les sauces par les précédents ministres.
Avec le succès que lon sait, à savoir une diminution
par deux du nombre de tués entre 1972 et 1992 (de
16 000 morts à 8 000 environ). Mais, de
lavis général, toute accentuation de la répression
était vaine. Le fruit avait donné son jus. Pour preuve :
dans les années quatre-vingt-dix, linsécurité
routière na pas diminué dans des proportions
importantes. Cela semblait donc évident : il
fallait oublier la répression et faire preuve dinnovation.
Miser sur la pédagogie et inventer une nouvelle politique
de Sécurité routière.
On
connaît la suite. En guise dinnovation, Jean-Claude
Gayssot menace denvoyer en prison les automobilistes
coupables par deux fois de "super excès de vitesse"
(plus de 50 km/h au-dessus de la vitesse autorisée)
et multiplie les opérations coup de poing les veilles
de week-end. Même la communication tourne au cauchemar.
Souvenez-vous : à lheure du déjeuner ou
du dîner, on nous donne à voir des corps sanguinolents
que lon sefforce de désincarcérer de voitures
broyées. Le tout, sur une musique champêtre de Georges
Guétary. La presse doute de lefficacité de cette
campagne. Certains "psy" sen
donnent à cur joie : "Ces images ne
peuvent pas responsabiliser les conducteurs puisquils
les fuient."
La
répression porte ses fruits
Pendant
ce temps, lhécatombe se poursuit. Le bilan de
1998 nest pas bon, décembre 1999 est particulièrement
terrible. Les quatre premiers mois de lannée
2000 ne sont guère brillants. En mai, la courbe semble
sinverser positivement. Il y a un léger mieux
dans les statistiques. De bons résultats qui se confirment
jusquà la fin de lannée et se traduisent
aujourdhui en un seul chiffre : 7 582
morts pour lannée 2000. Soit une amélioration
de 5,6 % (lire les statistiques dans le détail).
Le
24 janvier dernier, lors de la présentation à la presse
de ces scores inespérés, Jean-Claude Gayssot et Isabelle
Massin, déléguée interministérielle à la Sécurité
routière, étaient satisfaits, mais pas fiers. Tout
au plus, un peu soulagés davoir peut-être eu
raison. Non pas pour eux-mêmes, mais pour les quelque
450 vies quils annonçaient sauvées. Aucune remarque
acerbe, non plus, à légard des le_magistes qui
avaient tellement peu cru en leur méthode. Du reste,
ces résultats sont-ils la preuve que cette politique
est bonne ?
Un
équilibre fragile
Il
est toujours difficile de mesurer limpact dune
action de Sécurité routière. Alors à quelle mesure
attribuer ces résultats ? À cette question posée
par Caradisiac au ministre, ce dernier a répondu spontanément :
"la peur du gendarme". On pouvait sen
douter. Jean-Claude Gayssot venait dannoncer,
en effet, le renforcement des moyens de contrôle des
forces de lordre, avec lachat de plus
500 radars-jumelles au cours de lannée 2001.
Bien
sûr, il a évolué, notre Gayssot national. Fini lépoque
des bavures verbales. Aujourdhui, il prend soin
dajouter : "Piéger les automobilistes,
ce nest pas cela qui les rend forcément plus
prudents, mais montrer des gendarmes sur le bord des
routes, cela doit avoir des conséquences sur le comportement
des conducteurs." Les préoccupations pédagogiques
ne font plus défaut dans son discours. Il rappelle
les actions menées en collaboration avec le ministère
de la Culture, auprès des écoles primaires notamment.
De son côté, Isabelle Massin met laccent sur
les campagnes percutantes de communication et les
actions réalisées par les pouvoirs publics au niveau
départemental.
Alors,
faut-il vraiment faire peur aux automobilistes pour
que ceux-ci deviennent enfin raisonnables? Les prochaines
années nous le diront. En attendant, et en ce qui
concerne lannée 2000, on doit bien croire en
lefficacité de cette politique surtout répressive
et tellement honnie par tous. Il nous faut bien croire
que la répression est lun des facteurs importants
de la diminution de linsécurité routière. Quant
à Gayssot, loin de pavoiser, il sinterroge encore :
«Attention, léquilibre est fragile ! Il
faut demeurer prudent et poursuivre notre action.»
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