|
La
saga Lancia
Vincenzo
Lancia ne sera jamais un comptable comme les autres. En
1900, latelier a remplacé depuis longtemps le bureau
austère, et le bleu de chauffe sest substitué aux
manchettes étriquées
Engagé aux comptes
de la firme de cycles Ceirano, ce jeune homme de 19 ans
a préféré vivre au quotidien sa passion pour la mécanique.
Il est arrivé au meilleur moment : Ceirano et son ingénieur
Faccioli mettent la dernière main à leur première automobile.
Peu après la réalisation de ce véhicule, la société est
rachetée par la toute jeune Fiat, qui sadjoint du
même coup les services de Lancia. Pilote dessai, il
se forge très vite une réputation hors pair de "metteur
au point". On le dit capable de déceler à loreille
les moindres défauts dune voiture et ses diagnostics
seront rarement erronés.
Il
devient aussi lun des pilotes les plus talentueux
du début du siècle. Vedette de léquipe Fiat avec son
ami Felice Nazzaro, sa combativité, son style généreux et
son intelligence de la course vont le faire entrer dans
la légende. Cest lépoque héroïque des épreuves
un peu folles sur routes ouvertes ou des Grands Prix disputés
sur plus de 1 000 km. Solide, résistant et téméraire,
Lancia peut y laisser exploser son tempérament. En dépit
des nombreux ennuis mécaniques qui lempêcheront de
se bâtir un palmarès à la hauteur de son talent, il ne renonce
jamais, même quand tout semble perdu : dans ladversité,
personne ne peut lui tenir tête
Ses folles chevauchées
comptent parmi les plus belles pages du sport automobile.
Vincenzo
Lancia crée sa marque à 25 ans
Pourtant,
ces glorieuses aventures ne lui suffisent bientôt plus.
Il veut créer ses propres voitures. Âgé seulement de 25
ans, Vincenzo décide de fonder la Société des automobiles Lancia, avec son ami Claudio Fogolin. Les
deux hommes mettent toutes leurs économies dans le projet :
50 000 lires. Cest peu, mais Lancia y ajoute
un capital inestimable dexpérience technique et son
fabuleux potentiel créatif. Demblée, il veut créer
des automobiles dexception. Résolument novatrice,
la jeune firme dépose ainsi quantité de brevets touchant
aussi bien le domaine des moteurs que celui des transmissions
ou des carrosseries
La
première voiture sort de la petite usine de Turin en 1907.
Un oncle de Vincenzo, professeur de lettres anciennes, lui
suggère de baptiser ce premier rejeton du nom dAlfa,
le A de lalphabet grec. Il inaugure une tradition
qui perdure encore aujourdhui, même si dans les années
cinquante les modèles firent plutôt référence à des héroïnes
de lAntiquité romaine (Flavia, Fulvia
). Chaque
année sera rythmée par le lancement dun nouveau modèle
et, en 1911, la gamme se décline déjà en Beta, Gamma, Delta,
Eta
La
"Lambda" : une célébrité mondiale
Cest
en 1922, avec la Lambda, que la marque va connaître une
célébrité mondiale. Elle reste aujourdhui le chef-duvre
de Vincenzo Lancia, avec des éléments révolutionnaires comme
une carrosserie autoporteuse et une suspension avant à roues
indépendantes. Après ce succès, Lancia élargit sa gamme
vers des modèles moins prestigieux et plus populaires, néanmoins
dotés dune finition raffinée et de mécaniques brillantes.
Très bien accueillies, ces voitures propulsent la marque
au deuxième rang italien, derrière Fiat. Malheureusement,
Vincenzo Lancia sest véritablement épuisé à la tâche,
il décède brutalement en février 1937. Il naura pas
le temps de voir le succès de lAprilia, dernier modèle portant sa griffe, qui assurera avec bonheur
la transition entre lavant- et laprès-guerre.
Bombardées
et pillées par les combats, les usines Lancia ne reprennent
que lentement leur activité.
Le
succès semble pourtant à nouveau au rendez-vous avec le
lancement de lAurelia (la première voiture de série
à moteur V6) puis celui de la plus modeste Appia. Les choses
commenceront à se gâter lorsquil faudra remplacer
ces deux modèles. Le temps nest plus aux voitures
techniquement trop élaborées et donc trop chères. Léquilibre
financier déjà fragile est de plus mis en péril par Gianni
Lancia, le fils de Vincenzo, devenu président de la firme
en 1948, qui a engagé la marque dans un ambitieux programme
sportif.
La
faillite en 1955
En
1955, Lancia en faillite est alors reprise par le groupe
Pavesi. Sauvée provisoirement, elle ne parviendra pas à
recouvrer entièrement son prestige. Les nouvelles Lancia,
peu favorisées par une esthétique discutable et une déplorable
réputation de fragilité, se vendent mal. Au milieu des années
soixante, Lancia est à nouveau au bord du gouffre. Ford,
désireux de simplanter en Italie, sy intéresse
une initiative peu goûtée par le grand voisin de Turin.
Fiat
se porte alors acquéreur de la société en 1969, pour une
lire symbolique, épongeant par ailleurs un passif colossal.
Pendant les premières années de cette union, Lancia conserve
une certaine autonomie mais avec la première crise pétrolière,
Fiat décide de rationaliser la production et de donner un
rôle précis à chacune des marques constituant son groupe.
Dotées de mécaniques Fiat, puis de plates-formes communes,
les Lancia ne sont bientôt plus que des Fiat luxueuses ou
sportives. En dépit dinnombrables succès en rallyes
glanés par les Lancia, Fiat na pas su ou pu préserver
lidentité de la marque. Aujourdhui, avec des
modèles insipides et sans grande personnalité, Lancia apparaît
comme le parent pauvre et oublié du groupe Fiat.

Retrouvez
nos dernières sagas des marques:
|
|
|