La "Sociedad
Espanola de Automoviles de Turismo", Seat, est née de
la volonté du gouvernement espagnol franquiste de se doter
d’une industrie automobile indépendante. Dictée par des raisons
de prestige et d’orgueil nationaliste mais aussi teintée de
propagande, l’entreprise imaginée en 1950 mit plus de trois
ans avant d’arriver à éclosion.
En effet,
la volonté seule, fut-ce celle d’un état totalitaire, n’a
pas été suffisante pour pallier un manque d’expérience dans
le domaine industriel.
Dans
l’obligation de trouver un partenaire pour se lancer dans
l’aventure, Seat et son tuteur l’INI (Institut National
de l’Industrie) signèrent avec Fiat, un accord de trente
ans selon les termes duquel la firme turinoise s’engageait
à faire d’abord assembler des modèles Fiat par Seat, puis
à autoriser la production en Espagne, sous licence, de certains
modèles de sa gamme.
Le
13 novembre 1953, la première Seat sortait des chaînes de
l’usine : une 1400 en tous points identique à sa cousine
Fiat, hormis le logo sur le capot avant ! Trop chère
pour la majorité de la population et peu valorisante pour
les plus aisés, elle n’a connu qu’un faible succès public
compensé heureusement par les ventes auprès des administrations
et des compagnies de taxis. Seat a remporté son premier
succès commercial en 1957 avec la réplique de la Fiat 600.
Abordable et robuste, elle allait bouleverser la vie des
Espagnols et faire entrer le pays dans l’ère de la motorisation
de masse. Avec le décollage économique des années soixante,
le phénomène s’amplifia et la gamme ne cessa de se diversifier
et de devenir plus ambitieuse.
Ce
fut aussi à ce moment que Seat commença à revendiquer une
certaine autonomie vis-à-vis de son partenaire en élaborant
quelques versions totalement originales : le modèle
800 (une Seat 600 à quatre portes), des 850 à quatre portes
ou encore des versions avec coffre très prisées dans la
Péninsule ibérique, puis la 1430, une 124 « musclée »
qui accompagna le réveil du sport automobile en Espagne…
Le retour
à la démocratie, l’ouverture sur l’Europe et par conséquent
l’accès à une offre plus diversifiée au milieu des années
soixante-dix finit par enrayer la belle machine. Les ventes
se sont effritées avant de chuter brutalement… Le phénomène
semblait d’autant plus inexorable que Fiat connaissait à
la même époque de sérieuses difficultés sociales et industrielles
ayant pour effets notables de faire chuter la productivité
et la qualité de ses produits.
Ainsi,
lorsqu’il fut question du renouvellement du contrat de trente
ans entre les deux firmes, tout s’accéléra. Les rancunes
explosèrent au grand jour et après une série de procès,
Seat retrouva son indépendance.
Contraint
de gérer les conséquences de cette rupture, l’INI décida
avec lucidité de nouer des liens avec un nouveau partenaire.
Les premiers accords passés, en 1982, avec le groupe VW-Audi
portaient sur un échange de technologies, l’assemblage en
Espagne de Polo, Passat et un rapprochement des réseaux.
Ce premier pas fut ensuite suivi par une prise de participation
majoritaire du groupe allemand au sein de Seat après les
sérieuses difficultés financières rencontrées par la firme
espagnole avec la commercialisation des premières Ibiza.
Depuis
1986, Seat est donc devenu un satellite du groupe Volkswagen
perdant au fil du temps la quasi totalité de son autonomie
créatrice mais y gagnant en échange une stabilité financière
sans égal.
