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La
saga Lotus
Avec
Ferrari, dont elle fut la plus constante et la plus redoutable
rivale pendant plus de vingt ans, Lotus est l'une des seules
grandes écuries de Formule 1 à avoir connu une destinée
commerciale. Desservies souvent par des mécaniques manquant
de noblesse, les Lotus de routes n'ont pas atteint une notoriété
comparable à celle des bolides rouges de Maranello. Il n'en
demeure pas moins que les voitures conçues par le génial
Colin Chapman méritent chacune le détour, que ce soit par
leurs performances, leur intelligence ou leur technologie
d'avant-garde empruntée aux monoplaces de Grand Prix.
Passionné
d'automobile, pilote émérite, Chapman préférait construire
les voitures qu'il avait plaisir à conduire. Elles furent
longtemps petites, légères et agiles, dotées d'une tenue
de route exceptionnelle et de performances élevées, puis,
au fil du temps, prenant de l'âge et assuré d'une solide
trésorerie, il les fit plus luxueuses et presque confortables.
Faute
de moyens financiers à ses débuts, il n'eut pas d'autre
choix que d'être ingénieux.
Diplômé
d'un collège aéronautique, dévorant tout au long de sa vie
d'innombrables bouquins, revues et mémoires techniques,
il n'y avait que bien peu de questions qui ne trouvaient
de réponses à son analyse. Ainsi, pour compenser la faiblesse
de mécanique provenant souvent de la grande série, il n'hésita
jamais à tester les solutions les plus audacieuses :
aérodynamique, matières plastiques, châssis monocoques,
suspensions inédites, etc. Agé de 20 ans, il se découvrit
constructeur et commença par modifier et alléger (parfois
jusqu'au point de rupture) de vieilles Austin Seven avec
lesquelles il glana ses premiers succès, en Trial d'abord
puis en Circuit.
Des
succès qui amenèrent les premières commandes et la construction,
en toute petite série, de modèles qui, bien qu'immatriculés,
étaient destinés exclusivement à la course. Bénéficiant
d'un extraordinaire rapport prix/performances, la Seven,
lancée en 1957 et vendue en kit pour économiser une taxe
britannique, apporta à la jeune marque sa première grande
réussite commerciale. Dans le même temps, Chapman se tourna
vers la voiture de Grand Tourisme avec l'Elite, dont la
carrosserie monocoque entièrement en plastique lui procura
d'énormes soucis de production. En dépit de ce demi-succès
ou semi-échec, Lotus n'allait ensuite plus quitter le domaine
du Grand Tourisme.
Succès
de lElan en 1962
L'Elan,
qui succéda à l'Elite en 1962, allait connaître un succès
public considérable, avec près de 15 000 exemplaires
produits, et donner à la marque sa véritable stature industrielle.
Couronné en Formule 1 à Indianapolis et pratiquement
sur tous les circuits de la planète, Chapman avait réussi
également à s'imposer sur le plan industriel. À 40 ans,
il était milliardaire après l'introduction de Lotus Cars
à la Bourse de Londres, mais dans les cinq années suivantes,
la marque allait connaître un premier déclin. Fort de trois
nouveaux titres mondiaux en F1 entre 1968 et 1972, Chapman
mène grand train, se découvre un goût pour la construction
de luxueux bateaux, et revient à sa passion pour l'aéronautique.
Le Team Lotus brille encore de quelques feux en F1 mais
ne tient plus le premier rôle et les productions routières
perdent beaucoup de leur charme et de leur tonus. Les coupés
2+2 Elite, Eclat ou Excel ne sont plus que de pataudes routières
sans grande élégance, tandis que l'Esprit, qui ne manque
pas d'allure, souffre d'une motorisation Lotus sans grand
tonus.
En
1977, Chapman revient aux affaires et retrouve dès l'année
suivante le chemin du titre mondial en F1 avec les fameuses
Lotus Wing Cars à effet de sol. Côté production, l'embellie
intervient avec un nouveau quatre cylindres maison, plus
souple, et, surtout, avec l'avènement du turbo qui transfigure
véritablement l'Esprit.
La
marque est sauvée de la déchéance
Le
décès brutal de Chapman, en décembre 1982, marque la fin
temporaire de cette embellie. Malmené entre les mains de
repreneurs successifs, le Group Lotus connaît ensuite une
décennie plus que difficile avec une gamme vieillissante
et ne survit en partie que grâce à la vente de brevets de
haute technologie (suspensions pilotées, par exemple) à
un grand nombre de constructeurs. Au bord du gouffre, Lotus
est sauvé par un important consortium malais. Retrouvant
la philosophie qui a fait le succès de ses débuts en présentant
des modèles aussi séduisants que l'Elise et en donnant enfin
un moteur V8 à l'Esprit, le groupe malais a redonné tout
son dynamisme à Lotus.

Le
logo Lotus : Un cercle jaune avec un triangle vert (anglais)
en son centre, dans lequel sont incrustées les lettres entrecroisées
ACB (Anthony Colin Bruce), derrière un grand C pour Chapman.
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