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Le mystère du moteur à eau
À
l'automne 1973, le premier choc pétrolier provoquait
une belle panique dans les pays industrialisés
et des réactions confuses, voire hystériques.
En France, "on n'a pas de pétrole mais on
a des idées", c'est bien connu. Pendant que
certains dépensaient beaucoup de cette précieuse
énergie à chasser le "gaspi",
d'autres s'engageaient dans la recherche des énergies
alternatives. Parmi eux, il y avait d'authentiques chercheurs,
quelques bricoleurs de génie, mais aussi des inventeurs
un peu naïfs et des charlatans peu scrupuleux.
"Inventeur"
du moteur à eau, Jean Chambrin, fut, parmi ces
derniers, le plus célèbre.
Tout
a commencé en octobre 1974, lorsqu'une dépêche
AFP a fait état du fonctionnement d'un moteur à
eau. En d'autres temps, l'affaire en serait restée
là, aurait fait au mieux quelques lignes dans une
gazette en mal d'actualité et aurait été
classée rapidement comme des dizaines d'autres
du même acabit. Dans le climat frénétique
de recherche de solutions miracles, la nouvelle s'est
enflée, a gonflé d'autant que plusieurs
ingénieurs apportaient leur caution à l'invention.
Tout le monde en a parlé : la télé,
la presse et même certaines revues automobiles spécialisées
qui se lançaient dans la surenchère avec
titres à sensation comme "J'ai vu tourner
le moteur à eau", suivi bientôt par
un "j'ai roulé dans une DS fonctionnant à
l'eau". M. Chambrin fit même la "Une"
de Paris Match tenant dans ses mains son invention, une
mystérieuse boîte rouge qui n'a jamais livré
ses secrets. Si l'homme, archétype du "Français
moyen", attirait la sympathie de ses concitoyens,
il n'a guère convaincu les plus grands techniciens
des moteurs dépêchés sur place par
le grand hebdomadaire.
Les explications fournies étaient embrouillées,
incohérentes et le fouillis du modeste garage transformé
en laboratoire empêchait toute vérification
scientifique. Le débat fut clos et l'affaire, qui
avait fait grand bruit, est retombée comme un soufflé.
Pourtant, quelques années plus tard, un comité
de défense de M. Chambrin revenait à la
charge et n'hésitait pas à invoquer un complot
international (mené par les grandes compagnies
pétrolières) visant à le discréditer.
Paranoïa ou véritable affaire "non classée"
digne de figurer dans les dossiers de Mulder et Scully
?
La DS au purgatoire
Lors
du lancement d'un nouveau modèle, la plupart des
constructeurs connaissent des avatars plus ou moins importants.
Des simples maladies de jeunesse aux graves erreurs de
conception, en passant par les incontournables défauts
de fabrication, les exemples sont innombrables. Même
les plus grandes et plus célèbres marques
n'y échappent pas. Considérée par
tous comme l'un des modèles les plus marquants
de l'histoire, pour ne pas dire "l'automobile du
siècle", la Citroën DS connut une jeunesse
bien difficile.
Jamais,
sans doute, une automobile ne suscita une telle passion
lors de sa présentation au Salon de Paris. Sitôt
les portes du Grand-Palais entrouvertes, une foule compacte
s'est ruée sur le stand Citroën. Dans un climat
de folie, les commandes affluaient : 749 en 45 minutes,
12 000 à la fin de la première journée,
80 000 à la clôture du salon
En quelques
jours, la dernière-née des Citroën
avec sa ligne futuriste et sa technologie d'avant-garde,
venait de reléguer toutes ses rivales au musée.
"L'avenir nous appartient", disait un concessionnaire.
Il ne se doutait pas qu'il lui faudrait attendre plusieurs
années avant de savourer son triomphe. En octobre
1955, la DS était loin d'être au point et
son système hydraulique révolutionnaire
posait encore bien des problèmes. Mais Citroën
n'avait plus le choix. Depuis plus de deux ans, les indiscrétions,
les photos "volées" paraissaient au rythme
d'un véritable feuilleton dans les pages de L'Auto
Journal, avec pour conséquence une chute sévère
des ventes de la Traction.
Commercialisée
trop vite, la DS a ainsi connu toutes sortes d'ennuis
pendant plus d'un an. Les quelques centaines (450 exactement)
de "pistonnés" qui comptaient parmi les
premiers clients (deux ans d'attente pour les anonymes),
voyaient leur rêve se transformer en cauchemar.
Le fameux "liquide rouge" qui circulait dans
la centrale hydraulique s'oxydait à partir de
40° ! Il devenait alors très corrosif, perçait
les joints et se répandait sans aucune pudeur sous
le véhicule. Affaissé, commandes bloquées
(suspensions, direction, freins, boîte), le vaisseau
du futur ressemblait alors à un gros mammifère
marin échoué sur une plage. Une situation
d'autant plus grave que le réseau des concessionnaires
ne connaissait rien au véhicule et se révélait
incapable d'effectuer la moindre réparation. Pagaille
et panique au Quai de Javel ! En attendant de trouver
la solution miracle, Citroën joua la carte de la
transparence, reconnaissant les problèmes et mettant
en place un système de dépannage 24 h sur
24 destiné à venir en aide et "chouchouter"
les clients d'élite. Les sauveteurs (ils n'étaient
qu'une poignée à l'époque à
s'y retrouver sous le capot d'une DS) se contentaient
alors de changer les joints, remettre du liquide, tourner
la clef de contact et attendre quelques minutes pour que
la DS revienne en position haute, signe évident
de guérison.
Dans les mois qui suivirent, Citroën prit le temps
de former les techniciens de son réseau, renforça
les joints et, faute de mieux, préconisa des vidanges
régulières du circuit hydraulique. Le salut
ne vint qu'en 1966 avec l'apparition d'un nouveau fluide
vert résistant à des températures
de 300° et nettement moins corrosif. Entre temps,
la DS s'était déjà presque élevée
au rang de véhicule mythique et, râleurs
ou philosophes, les clients qui étaient tous tombés
sous son charme lui pardonnaient tout ou presque
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