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La
trajectoire de la belle Gayna n'est pas banale. A
l'image de son nom, contraction de Geisha et de Natacha.
Son père russe voulait l'appeler Natacha, sa mère,
japonaise, voulait tout de même que son nom ait une
phonétique asiatique. Dans les années 80, le père
moscovite a quelques ennuis avec la police. Mais surtout,
dès sa sortie, d'anciens amis - de nouveaux ennemis
- le recherchent. La famille émigre dans le Caucase
pour se cacher. C'est le début du calvaire pour la
petite Gayna qui ne supportera pas de vivre ainsi.
A 15 ans, elle fugue. Elle ne reviendra que dix ans
plus tard. Fortune faite. Que va-t-elle faire pendant
cette période ? Voyager sur tous les continents. En
faisant de l'auto-stop. D'un genre un peu particulier,
il est vrai.
Deux
hommes se battent pour Gayna
Au
petit matin de ce mois de janvier 92, quand elle s'éloigne
à pied de Saghmosavank, son petit village, Gayna ne
s'imagine pas que sa vie va prendre un tour définitif.
Après avoir marché quelques kilomètres seulement,
un camion s'arrête à sa hauteur, son chauffeur, âgé,
lui propose de monter. Mais au même instant, une voiture
s'immobilise devant le poids-lourd et propose également
à la jeune fille ses services. Habillée comme une
petite fille, Gayna n'a pas du tout l'apparence d'une
pro du bitume. C'est peut-être justement ce qui excite
les deux hommes. Voyant que Gayna ne sait pas dans
quel véhicule monter, le routier lui propose de l'argent
: "Je dois aller jusqu'à Moscou. La route sera longue
mais en ta compagnie, je me sentirai moins seule".
Le jeune automobiliste, qui a sans doute de moins
bonnes intentions que le vieux routier, sort une liasse
de billets. Intuition de Gayna qui préfère le chauffeur
: elle monte dans le camion au moment où le jeune
conducteur se jette sur le chauffeur. Finalement,
après l'altercation, Gayna va traverser la Russie
sans problème : le routier devenant son confident
et son ami.
Gayna
est une auto-stoppeuse qui se fait payer
Cette
bagarre, Gayna va y penser souvent pendant le trajet.
Elle en dit tellement sur les hommes et leur cupidité.
Dans la vie : elle fera de l'auto-stop. Sauf que les
hommes devront payer pour avoir la chance de faire
un petit bout de chemin avec elle. Mais attention
: avec elle, les choses sont claires. Pas de mains
baladeuses qui traînent sur les genoux, de raidillons
empruntés subrepticement à l'orée d'un bois et tout
le tintouin. Sauf bien sûr quand elle est d'accord
: elle ne nie d'ailleurs pas avoir vécu quelques savoureuses
et excitantes aventures. Pendant des années, elle
recrute ses clients sur le bord des routes jusqu'à
ce fameux jour de décembre 2000. Elle avait décidé
de passer Noël à Los Angeles. Mauvaise destination
pour un auto-stoppeur : là-bas, il n'existe pas de
trottoir et peu de piétons. Du coup, quand Jeff Crowford,
photographe, aperçoit sur le bord de la route cette
silhouette élégante moulée dans un jean, il s'arrête
immédiatement. Les pneus crissent. Mais trop tard.
Gayna est dans le rétro, à 100 mètres. Marche arrière
bruyante. " Il veut de moi celui-là " se dit la stoppeuse,
" Il va payer cher ". Jeff est étonné quand Gayna
lui réclame 100 dollars pour monter dans sa BMW Z3,
mais il sort ses billets pour voir d'un peu plus près
ce drôle d'oiseau. Etonné par tant d'aplomb, il va
réussir à immortaliser cette journée en la faisant
poser aux côtés de sa voiture fétiche. De modèle,
elle va devenir son associé puis sa femme. Ensemble,
ils ont créé une entreprise à LA qui propose aux automobilistes
un accompagnement pour leur long trajet. La clientèle
est composée de businessmen. Quant aux fausses auto-stoppeuses,
ce sont souvent des étudiantes qui voient là le moyen
de voyager et de faire éventuellement connaissance
de leur futur patron ou… mari ! Qui sait ? Cet hiver
dernier, Gayna est allé voir ses parents toujours
cloîtrés à Saghmosavank pour les sortir de leur isolement.
Sur la route qui mène à l'entrée du village, elle
est passée avec nostalgie devant ce morceau de bitume
qui a changé sa vie.
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