Attachés à la production
de masse, ils ne sont malgré tout pas décidés à lancer
une voiture sportive. L’arrivée dans
l’industrie de nouveaux composants (plastiques
et fibres de verre) va changer la donne, en réduisant
les coûts, et permettre ainsi de rentabiliser
des productions en petite série. Harley Earl,
styliste de General Motors, et Ed Cole, ingénieur
en chef de Chevrolet, se lancent dans le projet Corvette.
Faute de temps, la voiture doit se contenter d’un
vieux 6 cylindres en fonte au rendement modeste et
d’une boîte auto. La sportive attendue
n’est en fait qu’une frimeuse des boulevards,
bardée de chromes, lourde et sautillante avec
son pont arrière rigide… Déçue
par ses performances, la clientèle boude.
Chevrolet s’obstine et lance en 1955 une V8 à boîte
manuelle. Les ventes ne décollent toujours
pas. Le second souffle arrive en 1956 sous la forme
d’un restylage important qui offre à la
voiture une silhouette plus agressive, avec les fameux
panneaux de carrosserie concaves. Moins tourmentée,
la Corvette devient alors une sportive crédible.
Avec des V8 passant de 240 ch à 270 ch, elle
se mue en "bête de course" et remporte
de nombreux succès sur circuits. Face à cette
notoriété, le public répond
enfin. Les ventes sont quintuplées ; le mythe
prend forme.
L’escalade
A l’aube des années 60, la Corvette
va affronter une nouvelle menace : la Jaguar E envahit
le marché américain. Chevrolet se doit
de réagir, et présente en 1963 la "Sting
Ray". Déclinée en coupé et
cabriolet, elle innove avec ses formes anguleuses
et agressives, ses phares escamotables et, surtout,
sa suspension arrière à roues indépendantes.
La seconde version lancée en 1968 fera l’unanimité.
Très élégante avec sa combinaison
lignes courbes-profil tendu, elle a gagné en
confort et en tenue de route, tandis que les versions
les plus puissantes affichent d’excellentes
performances. Elle restera au catalogue près
de quinze ans… A bout de souffle, elle cède
la place en 1984 à une quatrième génération
de Corvette qui connaît d’emblée
un vif succès. Superbe et techniquement très évoluée,
affichant de grandes qualités routières,
elle fera oublier l’agonie du précédent
modèle. Forte d’un réel prestige
et d’une immense cote d’amour, la Corvette, à l’instar
de la Porsche 911, est devenue une légende
automobile.
Dynastie…
1953/62 : “C1”, 6 cylindres 3,8 litres
150 ch ou V8 de 4,3 à 5,4 litres (de 190 à 360
ch) ; 69 015 exemplaires.
1963/68 : “C2”-Sting Ray 1, V8 de 5,4 à 7
litres (de 180 à 435 ch) ; 117 964 ex.
1968/82 : “C3”-Sting Ray 2, V8 de 5,4 à 7,4
litres (de 165 à 445 ch) ; 542 904 ex.
1984/96 : “C4”-LT 1/ZR 1, V8 de 5,7 litres
(de 250 à 405 ch) ; 358 180 ex.
Depuis 1997 : “C5”, V8 de 5,7 litres
(345 ch).