Pendant que la production de berlines aussi luxueuses
qu’encombrantes reprend au compte-gouttes,
Sir William va tenter un pari audacieux. Il donne
le feu vert pour la réalisation d’un
très prometteur 6 cylindres et la conception
d’un roadster sportif. Premier moteur de
grande série disposant d’un double
arbre à cames, ce bloc XK fera la gloire
et la fortune de Jaguar. Puissant et robuste,
capable de supporter de multiples évolutions,
il va donner naissance à toute une dynastie
de 6 cylindres aptes à briller sur la
piste du Mans ou à flâner paisiblement
sous le soleil californien.
La reine des berlines
C’est en 1957, alors que la firme est à son
apogée après cinq succès aux
24 Heures du Mans, que l’idée de greffer
le XK sous le capot d’une berline voit le
jour à Coventry. Les choses sont ensuite
rondement menées, et la Mk II est dévoilée
au Salon de Londres, en octobre 1959 et commercialisée
l’année suivante.
Héritant de solutions éprouvées
en compétition (carrosserie monocoque, quatre
freins à disque), elle se distingue par
la pureté de ses lignes. Affinée
par rapport à ses pataudes aînées
(montants moins épais, surface vitrée
agrandie), cette berline compacte réussit
néanmoins à dégager une irrésistible
impression de fluidité. La proue, incrustée
de la classique calandre ovoïde, est un subtil
cocktail de douceur et d’agressivité tandis
que l’arrière fortement bombé est
d’une irrésistible sensualité… Réussite
esthétique indéniable, la Mk II est
tout aussi séduisante à l’intérieur.
Son habitacle généreux et d’une
finition irréprochable a été doté des
meilleurs fleurons de la tradition britannique
: noyer verni, cuir Connolly, moquette épaisse.
Un véritable cocon laissant filtrer, juste
ce qu’il faut, le feulement rauque du 6 cylindres.
Animée par l’ultime évolution
du XK de 3,8 litres développant en version "civile" 220
ch, la belle est aussi une vraie sportive. En dépit
d’un poids frisant les 1 400 kg, elle s’offre
un 201 km/h "chrono" en pointe et abat
le 0 à 100 km/h en 8”6. Quelle santé !
Bien peu de sportives pures et dures sont capables
de tels exploits en 1960.
Des performances exceptionnelles mais parfaitement
exploitables grâce à un comportement
très sain et un freinage des plus efficaces.
La vieille boîte de vitesses lente et aux "synchros" capricieux
ainsi que la direction lourde sont les quelques
ombres à cette invitation au plaisir.
Cette sportive déguisée en berline
fit longtemps référence dans sa catégorie.
Seules de grosses BMW ou Mercedes feront mieux à l’aube
des années soixante-dix. Néanmoins,
aucune d’entre elles ne possédera
jamais cette indéfinissable "touch
of class" qui fait entrer dans le domaine
de l’exception.
Carte d'identité
Moteur : 6 cyl. en ligne
Cylindrée : 3 781 cm3
Puissance : 220 ch
Vitesse maxi : 201 km/h
Production : 30 141 exemplaires de 1960 à 1967.