Tout commença pourtant comme un conte de
fées... Giovanni Michelotti, le styliste
renommé de l'école turinoise se pencha
sur son berceau et d'un coup de crayon magique,
lui donna un physique conquérant. Harry
Webster, le patron de Triumph, rêve lui aussi
d'un grand destin pour sa dernière née.
Rien n'est trop beau: un cabriolet d'abord, puis
un coupé animés par un six cylindres,
un V8 et même un tout nouveau quatre cylindres à culasse
16 soupapes...
Le projet Stag (cerf en anglais) résolument haut de gamme se veut ambitieux. Triumph connaît alors une belle euphorie avec ses TR et ses Spitfire mais désire affirmer sa dimension de constructeur généraliste et son savoir faire. Malheureusement pour la Stag, Triumph va être intégré deux ans plus tard (1968) dans l'énorme groupe nationalisé British Leyland. Très vite, le programme est revu à la baisse. Seul un cabriolet à moteur V8 reçoit l'agrément de la nouvelle direction avec la mission de conquérir le marché américain. Transformé en un véritable carcan de métal (montant de vitre fixes, arceau en forme de T) pour répondre aux exigences de sécurité américaines, le dessin de Michelotti perd toute sa légèreté.
Peu convaincante sur le plan esthétique, la Stag va également souffrir d'une fiabilité aléatoire. Insuffisamment refroidi, le V8 surchauffe tandis que la chaîne de distribution doit être changé tout les 30 000 km. Passant plus au temps au garage que sur la route, elle hérite bientôt d'une réputation peu
flatteuse aux Etats-Unis d'autant que les mécaniciens du crû sont peu familiers des V8 à arbre à came en tête. Boudée outre-Atlantique, elle connait une carrière tout aussi discrète en Angleterre et sur le continent. L'industrie automobile britannique et en particulier le groupe Leyland traverse la période la plus noire de son histoire et l'assemblage souvent à "géométrie variable" surclasse à peine celui des meilleures productions des anciens pays du bloc de l'Est. Mal aimée, la Stag s'éclipse discrètement en 1977 et ce n'est qu'après son départ que l'on lui retrouve certaines qualités. Performante, dotée d'une bonne tenue de route, élégante et tellement "british", bien équipée pour l'époque, elle finit par séduire. Des passionnés qui n'ont pas hésité à lui greffer parfois l'incassable V8 3.5 litres du Range Rover ou de bons vieux 6 cylindres Triumph pour lui donner enfin une fiabilité qui lui faisait tant défaut.
Carte d'identité
Moteur : V8
Cylindrée : 2997 cm3
Puissance : 147 ch
Vitesse maxi : 180/190 km/h Production : 25 877 ex.
Cote : de 3800 à 1 1 500 euros