 |
|
|
 |
"Baroudeuse du Bois de Boulogne, Jeep d'opérette, camionnette des bacs à sable, la Grosse dame de Saint Tropez"... la Matra Rancho suscita bien des quolibets. Les purs et durs ne la prenait pas au sérieux, les écolos la trouvaient snob et enfin, certains aristocrates du Tout Terrain rappelaient sans cesse ses origines prolétaires. Mal aimée, la Rancho ? Peut-être, mais sans doute plus sûrement jalousée, parce que inclassable et marginale. Mais aussi séduisante à sa façon. Elle connut d'ailleurs un succès commercial aussi fulgurant qu'imprévu et reste, à ce jour, le modèle le plus vendu par Matra. Un feu de paille trop vite consumé, mais qui marqua un tournant décisif dans l'histoire de la marque et de son avenir.
Lorsqu'elle est conçue, la crise pétrolière touche de plein fouet les ventes de voitures sportives. Pratiquant la monoculture avec le coupé Bagheera, Matra se sent rapidement menacé. Pour Philippe Guédon, le directeur de la branche automobile, il devient urgent de diversifier la production, sans toutefois réduire ses ambitions. Une voiture de crise tristement économique à la limite du "masochisme automobile" ne le satisferait pas. Pas plus que son équipe qui partage son enthousiasme pour l'innovation et une certaine audace conjuguant de hautes technologies avec de géniales improvisations.
Observant le succès du Range Rover, l'engouement
des jeunes pour les motos vertes et les Buggys, Guédon
soupçonne l'émergence d'un marché des voitures de
loisir. Il propose l'idée à Jean-Luc Lagardère, mais
le patron de Matra n'est pas chaud. Il finit par
donner son accord mais à condition que le projet
coûte le moins cher possible. Avec un budget des
plus étriqués, Guédon et son équipe sont obligés
de revoir leurs ambitions à la baisse. Le véhicule
devra donc se contenter d'une transmission classique à deux
roues motrices et pour réduire les coûts, la majorité des éléments
mécaniques sera puisée dans la banque d'organes de
Simca-Chrysler, le partenaire industriel de Matra.
Ainsi, la plate-forme allongée d'un pick-up de Simca
1100 fournit la structure, la boîte de vitesses vient
du modèle 1307, le moteur sera prélevé sur la 1308,
les freins, la planche de bord, volant, garnitures
intérieures sont ceux de la 1100 Ti... "C'est la
recette du pain perdu appliquée à l'automobile. Je
mets au défi quiconque de produire une voiture avec
aussi peu d'argent.'" se souvient Philippe Guédon.
Il réussira pourtant à élever l'art d'accommoder
les restes au rang du trois étoiles, car la Rancho
aura fière allure.
Toutes photos : droits réservés |
|