"Elle est grande, cette petite !"
La production d’une voiture à vocation
populaire commence au milieu des années
trente. La volonté de démocratiser
l’automobile et les premiers congés
payés donnent des idées aux constructeurs
qui prennent, dans le même temps, une véritable
dimension industrielle.
A l’époque où Citroën
lance le projet de son TPV ("Très Petit
Véhicule", qui aboutira dix ans plus
tard à la 2 CV), Louis Renault revient fortement
impressionné du Salon de Berlin de 1939.
Il vient de découvrir la Coccinelle et décide
de reprendre les grandes lignes du projet. Très
vite, comme sur la Volkswagen, la solution du moteur
arrière, gage d’une bonne habitabilité dans
un espace restreint, est retenue. Louis Renault
ordonne alors la construction d’un petit
quatre cylindres culbuté qui tourne au banc
pour la première fois le 7 février
1942.
Construite sous licence par Hino, la 4 CV Japonaise
se distingue par une finition soignée, sa
conduite à droite et ses pare-chocs enveloppants.
Environ 50 000 modèles furent produits de
1953 à 1963.
Echappant miraculeusement à un bombardement
visant les Usines Renault, le prototype effectue
ses premiers tours de roue en janvier 1943. Si
sa silhouette peut revendiquer un Oscar de laideur,
ses aptitudes dynamiques donnent en revanche entière
satisfaction. Avec son petit 760 cm3, il atteint
84 km/h sur le plat et réussit à grimper
la difficile cote des Gardes (un dénivelé de
17 % ), à Meudon, en quatrième vitesse
avec quatre personnes à bord (la voiture
de série n’aura droit qu’à une
boîte 3 vitesses).
En dépit de l’interdiction des autorités
d’occupation de poursuivre le développement
et de la préférence de Louis Renault
pour un projet de berline 11 CV un second prototype
est assemblé au début de l’année
1944. Cette fois, la 4 CV a trouvé sa personnalité.
Ses lignes préfigurent très largement
le futur modèle de série.
Après les tourbillons de la Libération
et de la nationalisation, c’est Pierre Lefaucheux,
nouveau président de la Régie, qui
finira par donner le feu vert pour la production
de la 4 CV. Pendant que la mise au point des modèles
de pré-série, équipés
désormais de quatre portes s’accélère,
Lefaucheux prend le pari de commercialiser la 4
CV au 1er juillet 1947. Il envisage même
une production de 300 exemplaires par jour. Un
défi jugé complètement fou à l’époque.
Et pourtant, en se dotant des premières
machines automatisées européennes,
Renault va presque tenir ses délais. La
première 4 CV de série descend des
lignes de montage de l’Ile Seguin le 12 août
1947.
Toute ronde et sympathique, la 4 CV connaît
un succès immédiat auprès
d’un large public qui retrouve en elle un
petit goût de Front Populaire et de congés
payés à peine savourés. Pendant
près de vingt ans, elle sera de toutes les
lointaines expéditions familiales vers la
mer et le soleil ou des simples pique-niques au
bord des rivières poissonneuses. Cette paisible
dévoreuse de départementales se transformera
aussi en une véritable bête de course.
De la Coupe des Alpes aux 24 heures du Mans en
passant par les légendaires Mille Miles,
la 4 CV se forgera un inestimable palmarès.
Autant d’aptitudes qui vont inciter de nombreux
carrossiers à développer de multiples
versions spéciales. Séduisantes ou
parfois torturées mais toujours originales,
elles sont toutes
fières de fêter les cinquante printemps
de cette grande dame.