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24 H du Mans - reportage : le métier de team manager

Dans Moto / Sport

24 H du Mans - reportage : le métier de team manager

Dans les courses d'endurance, si les pilotes, les ravitailleurs et les mécaniciens ont chacun un rôle très important, le team manager de l'équipe tiens aussi une place importante dans la réussite de l'équipe. Pour bien comprendre ce rôle, caradisiac moto a interrogé Yannick Bureau, team manager du team 18 sapeurs pompiers. Yannick me donne rendez-vous dans la tribune au dessus des stands où se déroulera l'entretien.


Elle est vertigineuse cette tribune


J'adore cet endroit. Elle est géniale cette tribune. Depuis que je viens au Mans, j'ai pris l'habitude de venir m'isoler le soir ici. Il n'y a personne, c'est très calme. Ca permet de sortir de la bulle. Je me met tout là haut dans le coin et je reste là pour voir le soleil se coucher et penser à autre chose. Je ne sais pas si tu as vu le film Michel Vaillant ? Et bien c'est exactement ici qu'ils se trouvent. Il n'y a plus de bruit, c'est vraiment reposant.


Peux tu m'expliquer de ton rôle de team manager au sein de l'équipe des sapeurs pompiers ?


En fait, d'un team à l'autre, le rôle peut être différent. Dans le team 18, nous avons adopté une certaine méthode de travail qui ne sera pas la même dans une autre équipe. Pour ma part, je suis commandant de sapeurs pompiers. J'ai 10 casernes à gérer et entre 450 et 500 hommes à m'occuper. Cela m'a donné des notions théoriques et pratiques de management et de communication parce que c'est mon métier. Et je fais aussi beaucoup de travail administratif. C'est assez naturellement que l'on m'a confié ce rôle. Je m'occupe donc d'étudier les règlements techniques, d'être l'interface avec les différentes instances fédérales. Au niveau management, je dois sentir à quel moment il faut avancer telle ou telle chose. C'est un gros travail en amont, avant la course.


24 H du Mans - reportage : le métier de team manager


Le team manager dirige aussi l'équipe pendant la course ?


Effectivement. Pendant la course mais aussi pendant toute la semaine précédent le départ, je m'occupe de la stratégie de l'équipe. La stratégie, je baigne dedans depuis tout petit. Depuis 1982, quand j'avais 9 ans, j'étais passionné par la formule 1. Je regardais tous les GP, et j'ai toujours regardé pourquoi ils faisaient ça, à quel moment, pourquoi les pneus de qualifs etc. J'ai baigné dans la formule 1 pendant les années Prost avec tous les coups de maître qu'il y a pu y avoir. Alors maintenant que je fais de la moto, j'essaye toujours de m'en inspirer. Alors maintenant, l'équipe utilise cette compétence.


Le chemin a dû être long ?


Au départ et pendant 2 ou 3 ans, je faisais tout à la main avec une calculatrice. Et puis, on était à une époque où personne ne faisant vraiment de stratégie. En 2004/2005, je me suis dis qu'il fallait que l'on travaille là dessus parce qu'une course d'endurance, ça se gagne sur la piste mais surtout dans les stands. Quand tu arrives à gagner 30 secondes dans les stands, c'est un monde. Il y a tellement peu de différence entre les machines que c'est très difficile de gagner 30 secondes sur la piste.


Comment as tu travaillé ensuite ?


J'ai vraiment commencé à Albacete en 2005. On faisait une course de plus et nous n'avions rien à perdre. J'ai fait prendre des risques à l'équipe avec ma petite calculatrice. Je me souviens que la moto est arrivée au stand avec seulement 400 ml d'essence dans le réservoir mais c'est là que je me suis dit que c'était viable. Ensuite, j'ai été contacté par quelqu'un qui avait entendu parler de ce j'avais fait à Albacete. Il voulait travailler là dessus alors on a collaboré. Pendant 2 ans, je lui ai expliqué ce que je tenais comme raisonnement pour qu'il puisse transformer ça en feuille de calcul. Et à partir de 2006 et 2007, le team 18 est connu pour la gestion de la stratégie.


24 H du Mans - reportage : le métier de team manager


Ca veut dire que pendant 24 H, tu remplis des cases et cela te permet de savoir quand il faut rentrer la moto ou non ?


Je calcule encore beaucoup parce que l'informatique n'est qu'une aide à la prise de décision. L'informatique ne peux pas me dire si je dois rentrer maintenant ou dans 10 minutes .C'est moi qui choisit en fonction de la position de la moto ou du monde qu'il y a devant. Et puis, il y a aussi une notion du niveau de risque que je veux faire prendre à l'équipe. Il faut trouver un compromis. Je sais maintenant que j'ai pas mal avancé dans ce domaine et que le team 18 est à la pointe dans ce domaine. On est encore derrière les tops team mais ça compense une partie de notre infériorité chronométrique. L'année passée, au Mans, on a fait moins d'arrêt que tout le monde. Même les tops teams ont plus ravitaillé. Il y en a même qui ont porté réclamation en disant que l'on avait triché. On nous a dit que « techniquement, ce n'était pas possible, que notre capacité de réservoir ne permettait pas de faire les relais effectués. C'est pourquoi on a été contrôlé 15 jours après en Espagne sur la contenance de notre réservoir. Notre bonne foi a pu ainsi être prouvée et notre réputation tactique n'en a été que renforcée !


C'est presque une récompense quand tu sais que tu es clean ?


Oui mais ça vexe quand même. Mon rôle c'est tout ça. Je passe 24h/24 à faire de la stratégie. L'habitude, a été prise que ça marche, et un jour je vais me tromper. Je me rapproche de la limite donc je me rapproche du jour où je vais faire l'erreur.


Tu appréhendes ce moment là ?


Oui bien sur parce que je vois que les gens ont confiance en moi. Si un jour je me trompe, l'équipe perdra très gros. Par exemple, l'équipe est à la limite de gagner un challenge X si tu ne ravitailles pas mais que tu sais que tu es limite au niveau carburant, alors c'est là que c'est difficile. Si ça marche, tout le monde trouvera ça normal mais par contre, si la moto tombe en panne de l'autre côté du circuit, je suis le seul à prendre ce risque. Je n'ai pas de télémétrie qui me dit, « voilà, il reste ça… » ; je fais toute la cuisine dans ma tête. Si ça rate, je sais que ce sera de ma faute.


24 H du Mans - reportage : le métier de team manager


Es tu plutôt prudent ou plutôt à prendre des risques ?


Les 2 en même temps. En fait, les plus belles courses que j'ai fait, c'est quand je vais faire 6 ou 8 h de stratégie comme au Bol d'Or l'année dernière où l'on se battait avec la 110 depuis 2 h du matin. On bluffe pour faire un certain type de ravitaillement que l'on ne fait pas pour qu'il ait une mauvaise information. Quand ça se termine bien, c'est très bien mais un jour, ça pourrait être le cauchemar si jamais ça rate.


Olivier tiens aussi un rôle très important pendant la course. Peux-tu nous en dire plus ?


Olivier est notre chef de stand. Il fait la relation entre les pilotes et les mécaniciens. Si on détecte une panne sur la moto, moi je continue à faire la stratégie. Pendant ce temps, Olivier regarde avec les mécaniciens ce qu'il faudrait faire au prochain changement. Ensuite, Olivier et les mécaniciens répètent tous les gestes qu'ils effectueront lors de l'arrêt de la moto. Telle main passe ici, untel effectue cette manœuvre etc. Ils s'entraînent sur le mulet et une fois que le ballet est calé, il me le communique. Ensuite, si c'est une panne qui peut attendre, j'essaye de caler ça au mieux de la stratégie. Beaucoup de team font rentrer la moto et cherchent ensuite. Nous on réfléchit beaucoup en amont. Nos deux travails sont très complémentaires.


Peux tu me raconter ton plus beau souvenir en tant que team manager ?


Sans hésitation, la victoire ici même l'année dernière. Et il y a aussi le Qatar mais ce n'est pas pareil parce qu'il y a aussi le dépaysement du voyage. Non la victoire en superproduction au Mans, c'est le plus beau souvenir. C'est une victoire dans la catégorie mais le fait de monter là-bas sur le podium, là où Jacky Ickx est monté, là où s'est écrite l'histoire du sport automobile et bien de monter là-bas, c'est un rêve qui se réalise. C'est la consécration et une récompense de tout le travail que l'on a fait. A un moment, il faut que ça paye. On galérait depuis un moment, on a eu un souci pendant la course mais on a réussi. Et puis ça a aussi été le déclencheur de plein de choses


Et bien merci Yannick pour ces explications. Je te souhaite bon courage pour la suite du WE.


Un week-end qui finira mal pour le team 18 et qui pourrait remettre en question la suite de la saison. Un 2e entretien avec Yannick permettra d'en savoir plus.


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