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Moto : et si nos vieux cyclomoteurs étaient moins dangereux que les smartphones de nos enfants ?

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Il fut un temps où devenir adolescent signifiait réclamer un cyclomoteur. Aujourd'hui, c'est plutôt un smartphone. Les parents craignaient le premier ; ils commencent sérieusement à s'inquiéter du second. Et si nos vieux 50 cc avaient finalement enseigné quelque chose que l'écran ne peut pas remplacer ?

Moto : et si nos vieux cyclomoteurs étaient moins dangereux que les smartphones de nos enfants ?

On vieillit, c'est certain. La preuve ? Certains d'entre nous en viennent maintenant à regarder avec tendresse ce que leurs propres parents considéraient autrefois comme une machine infernale destinée à expédier leur progéniture aux urgences : le cyclomoteur.

À 14 ans pour les générations les plus anciennes, puis plus tard selon les réglementations nationales, le 50 cc représentait beaucoup plus qu'un moteur pétaradant et quelques autocollants douteux. C'était la liberté.

Plus besoin de demander à papa ou maman de vous conduire. On allait voir les copains, au lycée, au travail ou simplement nulle part, ce qui constituait probablement la destination la plus importante. Aujourd'hui, cette première conquête de l'indépendance tient souvent dans la poche.

Le danger du cyclomoteur avait au moins une qualité : on le voyait

Personne ne prétendra qu'envoyer un adolescent inexpérimenté au milieu des automobiles, autobus et camions était dépourvu de risques. Mais ces risques avaient une caractéristique intéressante : ils étaient parfaitement identifiables.

Il fallait apprendre à conduire, regarder derrière soi, anticiper une voiture, porter un casque, surveiller son carburant et comprendre rapidement qu'une erreur pouvait avoir des conséquences.

Le cyclomoteur imposait aussi une série de petites responsabilités extraordinairement concrètes. Pas d'essence ? On ne rentre pas. Mauvais stationnement ? Une contravention. Panne à quinze kilomètres de la maison ? Il va falloir se débrouiller. On apprenait donc simultanément la liberté et son prix.

Moto : et si nos vieux cyclomoteurs étaient moins dangereux que les smartphones de nos enfants ?

Le smartphone propose exactement l'inverse

L'objet qui symbolise désormais l'entrée dans l'adolescence possède une particularité presque opposée. Il ne propulse personne à 50 km/h au milieu de la circulation. Il peut être utilisé tranquillement depuis un canapé.

Et pourtant, les inquiétudes entourant son utilisation par les adolescents sont devenues considérables : temps d'écran, sommeil, cyberharcèlement, contenus inadaptés, dépendance aux réseaux sociaux, comparaison permanente avec les autres ou difficultés de concentration.

Le cyclomoteur obligeait l'adolescent à regarder le monde. Le smartphone peut l'inciter à ne plus le regarder du tout. L'un exige une attention permanente à son environnement. L'autre est précisément conçu pour capturer cette attention.

Deux dangers impossibles à comparer directement

Attention cependant au raccourci séduisant. Une chute à cyclomoteur peut tuer ou provoquer des blessures graves. Les conséquences d'une utilisation problématique du smartphone relèvent d'une tout autre nature.

Demander lequel des deux est « le plus dangereux » n'a donc pas véritablement de réponse scientifique simple. Mais la comparaison devient pertinente lorsqu'on parle d'apprentissage de l'autonomie.

Car posséder son premier deux-roues signifiait entrer physiquement dans le monde des adultes. Il fallait prendre des décisions, accepter leurs conséquences, évaluer le danger, respecter les autres et parfois résoudre soi-même ses problèmes. Le téléphone offre une liberté immense lui aussi, mais presque sans déplacement physique et avec des conséquences beaucoup moins immédiatement perceptibles.

Et si le 50 cc était une école ?

Voilà peut-être ce que nous avions oublié. Nos Yamaha Aerox, Peugeot 103, MBK, Derbi et autres machines de jeunesse n'étaient pas seulement des jouets motorisés. Ils constituaient aussi, involontairement, une petite école de responsabilité.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faudrait remplacer demain les smartphones des adolescents par des cyclomoteurs. Ni idéaliser une époque où les accidents de deux-roues étaient une réalité autrement plus sérieuse qu'une batterie déchargée.

Mais quelque chose s'est incontestablement inversé. Hier, les parents redoutaient que leurs enfants sortent de la maison sur deux roues. Aujourd'hui, beaucoup commencent à s'inquiéter de les voir ne plus vraiment en sortir, les yeux rivés sur un écran.

Alors, entre le 50 cc qui nous envoyait découvrir le monde et le smartphone qui peut faire entrer le monde entier dans une chambre, lequel préparait le mieux à devenir adulte ? Nous avons probablement chacun notre réponse. Mais si vous commencez à penser que le cyclomoteur avait quelques vertus éducatives, inutile de chercher davantage : vous aussi, vous vieillissez…

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