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Les Trails : Le meilleur des deux mondes, même sans quitter la route

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Pendant des décennies, les motos de trail faisaient rêver par leur promesse d'évasion. Elles évoquaient les pistes africaines, les grands raids et les aventures au bout du monde. Aujourd'hui encore, beaucoup achètent une BMW R 1300 GS, une Honda Africa Twin ou une Yamaha Ténéré avec cette image en tête. Pourtant, la réalité est bien différente : l'immense majorité de ces motos ne roule quasiment jamais en tout-terrain. Faut-il y voir un paradoxe ? Pas vraiment. C'est même probablement la principale raison de leur succès.

Les Trails : Le meilleur des deux mondes, même sans quitter la route

Il suffit d'observer les rassemblements dominicaux pour s'en convaincre. Les trails sont partout. On les retrouve sur les cols de montagne, les routes touristiques ou les longues départementales, impeccablement propres, chaussées de pneus quasiment exclusivement routiers et sans la moindre trace de boue.

Pourtant, leurs propriétaires ne se sont pas trompés de moto. En réalité, les trails ont progressivement changé de vocation. Ils ne sont plus conçus uniquement pour partir au bout du monde, mais pour répondre à un usage bien plus quotidien : voyager, aller travailler, rouler en duo ou simplement profiter d'une journée de balade dans les meilleures conditions possibles.

Le succès des trails tient avant tout à une qualité souvent sous-estimée : le confort. La position de conduite est naturelle. Le guidon tombe parfaitement sous les mains, les jambes restent peu pliées et le dos conserve une posture détendue. La position surélevée améliore également la visibilité, offrant une meilleure lecture de la circulation.

Cette ergonomie change complètement la façon d'envisager une longue journée de moto. Là où certaines routières sportives ou roadsters commencent à fatiguer leur pilote après quelques centaines de kilomètres, un trail permet souvent d'enchaîner les heures sans véritable lassitude.

Au fond, beaucoup de motards ne rêvent plus de reproduire le Dakar. Ils souhaitent surtout rentrer chez eux après 400 kilomètres avec l'envie de repartir le lendemain.

Les Trails : Le meilleur des deux mondes, même sans quitter la route

Les routes réelles ne ressemblent plus aux brochures

Les catalogues montrent toujours des routes parfaitement lisses. La réalité est tout autre. Nids-de-poule, raccords d'asphalte, plaques d'égout, ralentisseurs, chaussées déformées ou gravillonnées font désormais partie du quotidien, y compris sur des itinéraires autrefois réputés pour leur qualité. C'est précisément dans ces conditions qu'un trail révèle tout son intérêt.

Grâce à leurs suspensions à long débattement, ces motos absorbent beaucoup mieux les imperfections de la chaussée. Elles offrent davantage de stabilité sur les revêtements dégradés et permettent au pilote de conserver plus facilement le contrôle lorsque la route se détériore. Cette facilité contribue largement à leur popularité.

Le marché a lui aussi évolué. Les premiers gros trails privilégiaient clairement les aptitudes en tout-terrain. Aujourd'hui, les modèles les plus vendus sont devenus beaucoup plus routiers. Les roues avant de 19 pouces remplacent souvent les grandes roues de 21 pouces, les pneumatiques sont majoritairement orientés vers l'asphalte et les suspensions privilégient le confort et la précision sur route plutôt que les franchissements extrêmes.

Même l'électronique reflète cette évolution. Suspensions semi-actives, régulateur de vitesse, modes de conduite sophistiqués, radar ou encore assistance au freinage répondent avant tout aux besoins des grands rouleurs.

Les constructeurs ne font finalement que s'adapter à la manière dont leurs clients utilisent réellement leurs motos. Il serait pourtant réducteur d'expliquer le succès des trails uniquement par leur confort. L'achat d'une moto reste largement émotionnel.

Les Trails : Le meilleur des deux mondes, même sans quitter la route

Une moto d'aventure raconte une histoire. Elle suggère que l'on peut quitter la route principale à tout moment, improviser un détour, charger quelques bagages et partir sans destination précise. Peu importe que cette aventure ait réellement lieu. Comme une sportive de 200 chevaux n'est presque jamais utilisée sur un circuit, un trail n'a pas besoin d'affronter le désert pour remplir sa mission. Ce qui compte, c'est la liberté qu'il évoque.

Cette évolution du marché n'a évidemment pas échappé aux constructeurs chinois. CFMoto, Voge, Zontes ou encore QJMotor multiplient les nouveaux trails richement équipés, souvent proposés autour de 10 000 €, avec un niveau d'équipement qui rivalise parfois avec des modèles deux fois plus chers. L'objectif est clair : concurrencer directement les références japonaises et européennes sur leur terrain de prédilection, celui de la polyvalence et du rapport qualité-prix.

Le succès des trails reflète une évolution profonde de la pratique de la moto. Il y a vingt ans, le marché valorisait avant tout la performance ou les capacités de franchissement. Aujourd'hui, les attentes ont changé : les motards recherchent des machines capables de tout faire correctement plutôt qu'exceller dans un seul domaine.

Le trail moderne répond parfaitement à cette logique. Il est suffisamment confortable pour voyager, assez agile pour les routes de montagne, pratique au quotidien et rassurant lorsque le revêtement se dégrade. Ses capacités tout-terrain deviennent presque secondaires, même si elles continuent d'alimenter l'imaginaire.

C'est sans doute là le véritable secret de son succès : on n'achète plus un trail pour partir au bout du monde, mais parce qu'il donne le sentiment que l'on pourrait le faire dès demain. C'est cette promesse de liberté, autant que ses qualités objectives, qui explique pourquoi il domine aujourd'hui le marché de la moto.

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