Parée de tous les superlatifs par une presse qui ne l'a généralement essayée au mieux que quelques heures, la Street Triple est en réalité un baudruche, certes aguichante, mais qu'il convient de dégonfler sur plusieurs points.
- la finition: certes impressionnante, mais très fragile. Il faut savoir que, même si on est soigneux, les peintures se couvrent rapidement de microrayures. De loin, la moto fait illusion, mais dès qu'on s'approche, ou qu'il y a un jeu de lumière, on déchante vite. En conséquence, la moindre intervention sur la moto va se traduire par des dégâts esthétiques importants (notamment le changement de pneus, avec le bras oscillant et le collecteur en peinture mate particulièrement exposés).
- pour les maniaques de l'entretien, la moto, très compacte, est impossible à bichonner.
- la consommation est gargantuesque dès qu'on veut monter un peu dans les tours, et on est y quasiment obligé (voir ci-dessous).
- le moteur est d'une fadeur totale: il ne se passe strictement rien si ce n'est tout en haut du compte-tours (affiché sans "s" sur l'écran...). Le moindre twin antédiluvien de 60 cv (type Honda NTV) est plus expressif. On s'ennuie ferme à son guidon, du moins sur la route, terrain majoritairement pratiqué (quel est le pourcentage de motards qui fait de la piste?).
- le freinage, pourtant estampillé Brembo, est mou. Si...si... Il ne se passe pas grand-chose quand on prend la poignée, même si après ça devient plus sérieux.
- vous allez pourtant devoir vous habituer à freiner, car le frein moteur est inexistant, et qu'il n'est pas réglable (alors qu'il l'est sur une Hornet 750...).
- l'écran est illisible (caractères trop petits) et regorge d'information inutiles alors que le kilométrage total n'apparaît que dans la fenêtre "entretien").
- l'assurance est réservée aux CSP++++
- s'agissant de la position en selle, elle est correcte pour les petits, mais ils ne toucheront pas les pieds par terre. Elle sera très inconfortable pour les grands, cassés en deux et en appui sur les poignets (mention spéciale pour les poignées en chêne massif). Cornélien, donc.
- last, but not least (on est chez les Britons), les concessionnaires se signalent par leur jemenfoustisme une fois la moto vendue et le SAV est aux abonnés absents. Il faut le savoir. En cas de problème, il ne faudra pas compter sur eux, pas plus que sur l'assistance Triumph qui donne des informations erronées (avec le concours de l'IA de service).
- la moto n'est garantie que deux ans (compter 500 euros pour passer à 4, avec les restrictions habituelles).
En conclusion, très belle moto, inapte à un autre usage que la ballade hebdomadaire sous le soleil, destinée à des propriétaires fortunés, peu regardants sur le coût, et peu avides de sensations.