La grande illusion chinoise : une même moto, quatre logos… et 2 000 € d’écart
C’est l’un des tours de passe-passe les plus spectaculaires du marché actuel de la moto. Une même machine, strictement identique dans son architecture, vendue sous quatre marques différentes, avec des écarts de prix pouvant atteindre 2 200 € selon le pays et le logo apposé sur le réservoir…

La moto en question ? La K750, née en Chine sous le nom de Jedi K750 Pro, devenue ensuite MITT 775R en Espagne, Mash K750 en France et en Allemagne, ou encore Jawa JD 750 Racing sur d’autres marchés. Quatre identités. Une seule base technique.
Le plus ironique dans l’histoire, c’est que le style n’a rien d’asiatique au premier regard. La ligne est signée par le studio italien Marabese Design, réputé dans l’industrie moto.
Silhouette sportive, bras oscillant en aluminium, cadre alu, fourche inversée réglable, freins Brembo, ABS Bosch, pneus Michelin Road 6… sur le papier, l’ensemble est séduisant.
Le développement a même bénéficié du soutien de Suter Racing, référence bien connue pour ses projets Moto2. Autrement dit : ce n’est pas une moto “au rabais”. C’est une moto globalisée.

75 ou 82 chevaux… selon le badge
Sous le carénage, on retrouve un bicylindre parallèle de 730 cc développant 75 ou 82 chevaux, selon le marché et la marque. Des versions bridées A2 sont également proposées.
Mais au-delà des chiffres moteurs, un détail intrigue : 217 kg tous pleins faits. Pour une moto de 82 chevaux, le poids est conséquent. Comparée aux concurrentes japonaises ou européennes, elle affiche un surpoids évident.
Côté électronique, en revanche, c’est plus classique : pas de modes de conduite avancés, pas d’antipatinage sophistiqué, pas de shifter, boîte 6 rapports traditionnelle. On est loin des standards premium actuels.
C’est avec le prix que l’affaire devient fascinante. Selon le pays et la marque, la même moto peut coûter : environ 5 600 €, 6 900 €, ou près de 7 700 €. Soit jusqu’à 2 200 € d’écart pour une machine quasi identique. Même châssis. Même moteur. Même base industrielle. Seul le logo change.
Ce qui surprend le plus n’est pas la pratique elle-même. Le rebadging existe depuis longtemps. Mais son ampleur et sa transparence.
La Chine ne se cache plus. Elle vend une plateforme complète à différents importateurs européens, qui l’adaptent légèrement (puissance, équipement, homologation), puis la commercialisent sous leur propre identité nationale.
Le phénomène dépasse désormais la simple exportation : il s’intègre pleinement au marché européen.
Parler de “berner l’Europe” est sans doute excessif. Techniquement, rien n’est dissimulé. Les motos sont homologuées, garanties, distribuées légalement.
Mais pour le consommateur peu informé, l’illusion est totale : il pense choisir entre plusieurs modèles concurrents, alors qu’il compare parfois… la même moto.
La vraie question devient alors stratégique. Payez-vous un produit ? Ou payez-vous une marque ?
Dans un marché où les plateformes techniques sont de plus en plus partagées, la K750 illustre peut-être simplement l’avenir de l’industrie moto : une base mondiale, des identités locales, et des prix dictés par le marketing.
Et si ce modèle se généralise, la bataille ne se jouera plus seulement sur la mécanique… mais sur la perception.

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