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Le fiasco des Motos Kalachnikov : Quand la Russie voulait révolutionner le Deux-Roues

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Le projet avait tout d'une démonstration de puissance industrielle. La Russie voulait une moto présidentielle capable de rivaliser avec les machines occidentales, Vladimir Poutine avait confié la mission à l'un des noms les plus emblématiques du pays et Kalachnikov devait contribuer à faire renaître une industrie russe du deux-roues. Six ans après les dernières nouvelles du programme, l'histoire ressemble surtout à celle d'une ambition démesurée qui s'est progressivement évaporée.

Le fiasco des Motos Kalachnikov : Quand la Russie voulait révolutionner le Deux-Roues

Le nom Kalachnikov évoque immédiatement l'AK-47. Mais le groupe industriel russe ne se limite évidemment pas à la célèbre arme et, dans les années 2010, Moscou entendait utiliser ses capacités pour développer des véhicules beaucoup plus inattendus. Parmi eux : une moto destinée aux escortes officielles du Kremlin.

L'objectif dépassait largement la simple fourniture de quelques machines. La Russie cherchait à réduire sa dépendance envers les constructeurs étrangers et à démontrer qu'elle pouvait produire elle-même une grande moto de prestige. Le résultat fut présenté sous la marque IZH, propriété de Kalachnikov.

Et difficile de lui reprocher de manquer de personnalité. 510 kg et presque trois mètres : la moto présidentielle russe ne faisait pas dans la discrétion. La machine ressemblait davantage à une limousine présidentielle à laquelle on aurait retiré deux roues qu'à une traditionnelle moto d'escorte.

Carénage massif, proportions gigantesques et esthétique futuriste : cette IZH atteignait près de trois mètres de longueur. Son moteur était à la hauteur de son physique : un quatre-cylindres boxer de 2 litres développant environ 150 ch. L'idée était notamment de disposer d'une machine suffisamment imposante et performante pour accompagner les limousines du cortège présidentiel russe.

Sur le papier, Kalachnikov venait donc de créer une sorte de bagger d'apparat entièrement russe. Le problème est que la démonstration technologique ne s'est jamais réellement transformée en succès industriel.

Le fiasco des Motos Kalachnikov : Quand la Russie voulait révolutionner le Deux-Roues

Kalachnikov voulait pourtant aller beaucoup plus loin

À cette époque, le groupe russe multipliait les projets autour de la mobilité. Il avait notamment présenté deux motos électriques, dont une version destinée aux forces de l'ordre et aux militaires.

Ces machines de type enduro revendiquaient environ 100 kilomètres d'autonomie et une vitesse maximale proche de 80 km/h. Elles étaient notamment envisagées pour les forces de police.

Kalachnikov évoquait même un système d'éclairage infrarouge permettant de rendre la moto plus discrète lors d'opérations nocturnes. Mais ce n'était encore rien comparé à un autre engin présenté par le groupe.

Car ils avaient même imaginé… une moto volante. Kalachnikov avait dévoilé un prototype ressemblant davantage à un énorme drone pilotable qu'à une moto traditionnelle. L'engin utilisait 16 moteurs électriques associés à plusieurs hélices afin de maintenir son pilote dans les airs.

La démonstration était spectaculaire et correspondait parfaitement à cette période durant laquelle Kalachnikov semblait vouloir montrer qu'il pouvait intervenir dans pratiquement tous les domaines de la mobilité. Mais là encore, le prototype n'a pas débouché sur la révolution annoncée.

Une offensive électrique qui devait également toucher les particuliers

Le constructeur russe ne comptait d'ailleurs pas limiter ses ambitions aux administrations. Un café racer électrique fut également développé, avec un moteur annoncé autour de 50 kW, soit environ 67 ch, une vitesse maximale de 100 km/h et approximativement 100 kilomètres d'autonomie. Puis vint notamment l'IZH-49 électrique, interprétation moderne d'un modèle historique russe. Ses performances restaient beaucoup plus modestes : environ 20 ch, 90 km/h en pointe et quelque 80 kilomètres d'autonomie.

À ce stade, Kalachnikov disposait donc théoriquement de presque toute une famille : moto présidentielle, machines militaires et policières, modèles électriques civils et même véhicule volant. Et pourtant… Après 2020, pratiquement silence radio.

Malgré les prototypes, les déclarations et les ambitions industrielles, cette offensive dans le monde de la moto n'a pas donné naissance au grand constructeur russe susceptible de venir concurrencer les marques européennes, japonaises ou américaines.

Le fiasco des Motos Kalachnikov : Quand la Russie voulait révolutionner le Deux-Roues

La spectaculaire moto présidentielle n'a pas davantage ouvert une nouvelle ère pour IZH. Les projets ont progressivement disparu de l'actualité et, depuis environ 2020, les grandes annonces concernant cette gamme se sont faites extrêmement rares.

Il faut évidemment replacer cette disparition dans un contexte qui a radicalement changé depuis. La Russie de 2026 évolue dans un environnement industriel et économique très différent de celui dans lequel ces projets avaient été imaginés.

La moto commandée pour accompagner le pouvoir russe devait justement démontrer que le pays pouvait développer une alternative nationale aux grandes machines occidentales. Kalachnikov disposait du prestige du nom, des moyens industriels et du soutien politique nécessaires pour tenter l'aventure. Il a effectivement produit l'un des engins à deux roues les plus extravagants de ces dernières années.

510 kg, trois mètres, deux litres de cylindrée et 150 ch : la Russie avait construit une moto présidentielle impossible à ignorer. Mais elle n'a jamais réussi à construire autour d'elle l'industrie motocycliste qu'elle était censée annoncer.

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