Après les ZFE, les ZSB ? : les motos bientôt interdites en ville... même lorsqu'elles sont parfaitement homologuées
Les motards pensaient avoir déjà tout vu. Les normes Euro successives. Les restrictions de circulation. Les Zones à Faibles Émissions. Les contrôles renforcés. Manifestement, une nouvelle bataille est en train de s'ouvrir en Europe. Et cette fois, elle ne concerne ni les émissions polluantes ni le CO₂. Elle concerne simplement le bruit.

En Allemagne, plusieurs organisations environnementales réclament la création d'un système inédit qui pourrait bouleverser le quotidien de milliers de motards : une sorte de vignette acoustique destinée à filtrer l'accès à certaines routes et à certaines villes.
L'idée est simple. Mais ses conséquences pourraient être considérables. Le projet est porté notamment par la Deutsche Umwelthilfe (DUH) et par la Fédération contre le bruit des motos. Leur proposition consiste à instaurer des zones spécifiques où seules les motos respectant un seuil sonore déterminé seraient autorisées à circuler. Une sorte de ZFE version sonore. Ou, si l'on préfère, une « Zone à Faibles Décibels ».
Les défenseurs du projet affirment répondre à une demande croissante des riverains, notamment dans les zones touristiques, les petites villes traversées par des itinéraires prisés des motards ou certains cols de montagne où les nuisances sonores font régulièrement polémique.
Sur le principe, l'argument paraît difficile à contester. Personne ne défend réellement les échappements trafiqués qui transforment certaines motos en amplificateurs roulants. Mais c'est précisément là que le débat devient explosif. Car les promoteurs de cette mesure proposent une limite fixée à 80 dB(A) de bruit statique. Et c'est ici que le système risque de dérailler.
Pourquoi ? Parce que de nombreuses motos totalement conformes à la réglementation européenne dépassent déjà ce seuil dès leur sortie d'usine. Autrement dit, des machines parfaitement homologuées, vendues légalement par les constructeurs, pourraient demain être exclues de certaines routes ou de certaines villes. Sans aucune modification. Sans aucune infraction. Sans aucune fraude. Simplement parce qu'elles respectaient des normes devenues soudainement insuffisantes.

Une moto légale peut-elle devenir illégitime simplement parce que le contexte politique ou sociétal évolue ?
C'est précisément ce point qui provoque aujourd'hui la colère d'une partie du monde motocycliste. Car derrière la question du bruit se cache en réalité un débat beaucoup plus profond. Faut-il sanctionner une catégorie entière d'usagers ou cibler uniquement les contrevenants ?
Les associations environnementales répondent que les systèmes d'homologation actuels ne reflètent pas toujours les nuisances perçues dans les conditions réelles d'utilisation. Les représentants des motards rétorquent que le véritable problème ne vient pas des motos homologuées mais des pots modifiés, des silencieux retirés et des préparations illégales qui échappent parfois aux contrôles. Pour eux, la priorité devrait être de faire respecter les règles existantes plutôt que d'en créer de nouvelles.
Car à partir du moment où une moto a obtenu son homologation européenne, comment expliquer à son propriétaire qu'elle pourrait devenir persona non grata sur certaines routes sans avoir changé le moindre boulon ? C'est toute la difficulté. Et c'est aussi ce qui rend ce dossier particulièrement sensible. Car derrière les décibels, c'est une question de principe qui se pose. Une moto légale peut-elle devenir illégitime simplement parce que le contexte politique ou sociétal évolue ?
Pour l'instant, il ne s'agit que d'une proposition. Mais l'histoire récente montre que beaucoup de restrictions jugées impensables au départ ont fini par devenir réalité. Après les vignettes environnementales, les motards voient donc apparaître un nouveau mot dans leur horizon : vignette acoustique. Et cette fois, même les propriétaires de motos strictement conformes pourraient être concernés.












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