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La Chine entre dans sa troisième révolution moto : après le prix et la qualité, place au prestige

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Pendant longtemps, il suffisait de prononcer les mots « moto chinoise » pour susciter la méfiance. Fiabilité incertaine, finitions approximatives, faible valeur de revente… les constructeurs venus de l'Empire du Milieu traînaient une réputation dont ils semblaient incapables de se défaire. Cette époque est désormais révolue.

La Chine entre dans sa troisième révolution moto : après le prix et la qualité, place au prestige

En une quinzaine d'années, des marques comme CFMoto, Voge, Zontes, QJMotor ou Kove ont profondément bouleversé le paysage motocycliste mondial. Après avoir conquis les clients grâce à leurs tarifs, puis grâce à la qualité de leurs produits, elles s'attaquent aujourd'hui à un objectif infiniment plus ambitieux : devenir les Honda, Yamaha ou BMW du XXIe siècle.

La première offensive chinoise remonte au début des années 2000. À cette époque, les constructeurs arrivent en Europe avec une stratégie simple : proposer des motos beaucoup moins chères que leurs concurrentes japonaises ou européennes.

Le problème est que le prix constitue alors leur seul véritable argument. La qualité de fabrication, les performances, la fiabilité et les réseaux de distribution restent encore loin des standards internationaux. Le label « Made in China » devient rapidement synonyme de compromis.

Cette première vague permet aux marques chinoises de se faire connaître, mais rarement de se faire respecter.

La véritable rupture intervient une dizaine d'années plus tard. Autour de 2016, un modèle change profondément la perception du marché : la Benelli TRK 502. Si Benelli reste une marque italienne, sa production sous le contrôle du groupe chinois QJMotor démontre qu'il est possible de fabriquer une moto compétitive, fiable, bien finie et vendue à un tarif particulièrement attractif.

La Chine entre dans sa troisième révolution moto : après le prix et la qualité, place au prestige

Le succès commercial de la TRK 502 a agi comme un déclic

Les motards découvrent que l'origine chinoise n'est plus incompatible avec une moto séduisante. Depuis ce moment, les constructeurs chinois n'ont cessé d'accélérer. Leur stratégie ne consiste plus simplement à copier les références existantes. Ils investissent massivement pour créer leurs propres produits.

Cela passe notamment par l'ouverture de centres de design en Europe, le recrutement d'ingénieurs issus des grands constructeurs japonais et européens, des partenariats technologiques de premier plan, comme celui unissant CFMoto à KTM, des investissements considérables dans la recherche et le développement.

Le résultat est aujourd'hui visible. Les nouvelles générations de motos chinoises ne séduisent plus uniquement grâce à leurs prix. Dans certains domaines, elles rivalisent désormais avec les références historiques.

Les CFMoto 450 MT, Voge 900 DSX ou Zontes 703F illustrent parfaitement cette évolution. Leur équipement, leur niveau de finition, leurs technologies embarquées et leurs garanties les placent désormais dans la même conversation que des modèles japonais ou européens souvent beaucoup plus coûteux. Pour de nombreux acheteurs, la question n'est plus : « Est-ce une bonne moto chinoise ? » Elle devient : « Pourquoi payer davantage ? ».

Mais c'est maintenant que commence le véritable défi. Les constructeurs chinois savent fabriquer d'excellentes motos. Ils savent également les vendre. Ce qui leur manque encore, c'est ce que l'argent seul ne permet pas d'acheter : le prestige.

Une Ducati Panigale, une BMW GS ou une Yamaha R1 ne se résument pas à une fiche technique. Ce sont des motos chargées d'histoire, de compétition, d'émotion et d'image. Les marques chinoises veulent désormais atteindre ce niveau.

Tout indique que les prochaines éditions du salon de Milan seront déterminantes. Les constructeurs chinois préparent des modèles qui, il y a seulement quelques années, semblaient hors de leur portée.

Parmi eux figure notamment la très attendue CFMoto V4 SR-RR, véritable superbike destinée à concurrencer directement les sportives européennes et japonaises. D'autres projets concernent des trails de très haut niveau, des hypersportives et des motos premium conçues non plus pour séduire par leur prix, mais par leurs performances et leur désirabilité.

La Chine entre dans sa troisième révolution moto : après le prix et la qualité, place au prestige

C'est probablement le changement le plus important. Pendant longtemps, l'objectif des constructeurs chinois consistait à convaincre le consommateur rationnel. Aujourd'hui, ils cherchent à séduire le passionné. Ils veulent que l'on rêve devant leurs motos comme on rêve depuis des décennies devant une Ducati ou une MV Agusta.

Autrement dit, ils veulent fabriquer non seulement de bonnes motos, mais des motos qui donnent envie. Cette évolution rappelle fortement celle du Japon dans les années 1960 et 1970. À cette époque, les motos japonaises étaient elles aussi perçues comme des copies bon marché des productions européennes.

Quelques décennies plus tard, Honda, Yamaha, Suzuki et Kawasaki dominaient l'industrie mondiale. La Chine semble aujourd'hui suivre une trajectoire comparable, mais à un rythme beaucoup plus rapide grâce à des investissements massifs, à une mondialisation déjà installée et à un accès immédiat aux meilleurs talents de l'industrie.

Le plus remarquable est peut-être que cette transformation s'est produite en moins de quinze ans. En une génération, les constructeurs chinois sont passés du statut d'outsiders à celui de concurrents crédibles des plus grandes marques mondiales.

La prochaine bataille ne se jouera plus uniquement sur le terrain de la technologie ou du rapport qualité-prix. Elle sera émotionnelle. Car fabriquer une excellente moto est une chose ; construire une marque capable de faire rêver des générations de motards en est une autre. C'est précisément cette troisième révolution que prépare aujourd'hui la Chine. Et si elle la réussit, elle ne se contentera plus de concurrencer Honda, BMW ou Ducati : elle pourrait devenir, à son tour, une nouvelle référence mondiale.

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