Août : le mois le plus dangereux de l’année pour les motards sur routes secondaires ?
Août réunit presque tout ce que les motards apprécient : journées longues, météo favorable, vacances et envie de délaisser les grands axes pour les départementales, les routes de montagne ou les itinéraires côtiers. Mais cette combinaison possède un revers. Une étude britannique portant sur vingt-cinq années d'accidentalité désigne précisément août comme la période présentant le risque le plus élevé sur les routes secondaires. Et si l'on regarde les statistiques françaises, le phénomène apparaît loin d'être exclusivement britannique.

L'étude réalisée par l'assureur Ageas à partir des données officielles du « Department for Transport » montre que 38,1 % des accidents étudiés surviennent sur les routes secondaires, avec une augmentation du risque pendant l'été. Il serait néanmoins abusif de transposer directement ce chiffre au réseau français : les infrastructures, le trafic et les méthodes statistiques ne sont pas identiques.
En revanche, les données de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) mettent en évidence exactement le même phénomène saisonnier. Et celui-ci est spectaculaire : en France, la mortalité des motards est en moyenne trois fois plus élevée durant l'été, de juin à août, que pendant l'hiver, de décembre à février. L'ONISR relie explicitement cette évolution à l'augmentation des déplacements de loisirs pendant la belle saison. Plus largement, le troisième trimestre concentre traditionnellement 28 % de la mortalité routière annuelle, contre 21 % au premier trimestre.
Autrement dit, ce n'est pas nécessairement la route qui devient intrinsèquement plus dangereuse en août : c'est avant tout l'exposition au risque qui explose. Lorsque les conditions météorologiques deviennent agréables, davantage de motos sortent des garages, les trajets s'allongent et les déplacements de loisirs se multiplient. L'ONISR observe d'ailleurs un phénomène qui peut sembler paradoxal : une météo favorable peut entraîner une augmentation de la mortalité routière précisément parce qu'elle provoque davantage de déplacements, notamment chez les usagers vulnérables comme les motards et les cyclistes. Les départementales françaises reproduisent le même piège. La comparaison avec la France devient particulièrement pertinente lorsqu'on s'intéresse au type de routes empruntées.
Les petites routes qui font le bonheur du motocycliste sont précisément celles où les conséquences d'une erreur deviennent rapidement sévères. Sur une départementale sinueuse, la vitesse pratiquée est généralement supérieure à celle d'une rue urbaine et les possibilités de récupération sont beaucoup plus limitées : arbres, fossés, murs, glissières, intersections, virages aveugles ou véhicules arrivant en sens inverse réduisent considérablement la marge disponible.
Et en août s'y ajoute une circulation inhabituelle. Camping-cars et caravanes, automobilistes découvrant la région, conducteurs suivant leur GPS et freinant tardivement avant une intersection, cyclistes, promeneurs, engins agricoles ou animaux peuvent apparaître sur des routes qui restent relativement tranquilles le reste de l'année.

Les facteurs de risque spécifiques à la saison estivale
Le danger n'est donc pas seulement celui d'une vitesse excessive. C'est celui d'une vitesse devenue inadaptée à ce que le pilote est capable de voir et d'anticiper. Une belle départementale dégagée peut donner l'impression d'offrir des conditions idéales alors qu'un tracteur, une voiture arrêtée ou une couche de gravier peuvent se trouver derrière le prochain virage.
Un phénomène qui reste pleinement d'actualité en France. Les chiffres français les plus récents empêchent également de considérer cette problématique comme appartenant au passé. L'ONISR recense 3 263 morts sur les routes de France métropolitaine en 2025, soit 70 de plus qu'en 2024 (+2,2 %). Le nombre de blessés est estimé à 247 000 et celui des blessés graves à près de 16 800, lui aussi en augmentation.
La vulnérabilité particulière des deux-roues motorisés reste donc un sujet majeur de sécurité routière. Il faut toutefois éviter un raccourci fréquent : constater davantage de motards tués pendant l'été ne signifie pas automatiquement que chaque kilomètre parcouru en août est trois fois plus dangereux qu'en janvier. La statistique mesure des victimes, pas directement un risque corrigé du nombre de kilomètres parcourus à moto. Or beaucoup plus de motards roulent, et roulent davantage, pendant l'été. Cette distinction est importante, mais elle ne change pas le message pratique.
Le beau temps est paradoxalement un facteur de risque. C'est probablement le point le plus intéressant à retenir des statistiques françaises et britanniques mises en parallèle. Le motard associe spontanément le danger aux mauvaises conditions : pluie, froid, brouillard ou chaussée glissante. Pourtant, à l'échelle de l'accidentalité, une belle journée d'été peut être plus meurtrière qu'une mauvaise journée d'hiver, simplement parce qu'elle met beaucoup plus de motos sur la route et encourage les sorties de loisirs. L'ONISR établit clairement ce lien entre météo agréable, augmentation des déplacements et accidentalité.

Cela explique également pourquoi les routes les plus séduisantes deviennent les plus exposées : cols alpins et pyrénéens, départementales sinueuses, itinéraires littoraux ou routes touristiques concentrent simultanément motards venus chercher le plaisir de conduire et automobilistes venus découvrir la région. Les deux populations utilisent alors la même route avec des logiques très différentes.
Août n'est évidemment pas le mois où il faut laisser la moto au garage. Ces statistiques n'ont pas pour conclusion qu'il faudrait renoncer à rouler pendant les vacances. Elles invitent plutôt à modifier légèrement son approche.
Sur une route inconnue, la vitesse réellement sûre n'est pas nécessairement celle affichée sur le panneau. Elle dépend surtout de la distance visible et de la possibilité de s'arrêter dans cette distance.
Même principe derrière un camping-car ou une automobile manifestement conduite par quelqu'un qui cherche son chemin : quelques mètres supplémentaires de distance permettent d'absorber un freinage inattendu.
Le constat britannique trouve donc un écho particulièrement fort en France. On ne peut pas affirmer à partir des seules données disponibles qu'août est officiellement le mois le plus dangereux pour les motards français, mais on peut affirmer que l'été constitue de très loin leur période la plus meurtrière : la mortalité y est trois fois supérieure à celle de l'hiver.
Les conditions qui donnent le plus envie de sortir la moto sont aussi celles pendant lesquelles les statistiques demandent le plus de vigilance. En août, le danger n'est donc pas forcément le virage que l'on voit, mais ce que les vacances ont ajouté derrière celui que l'on ne voit pas encore.








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