Ces ralentisseurs censés protéger les motards pourraient disparaître ! Et en France ?
Installés pour réduire les accidents, des ralentisseurs allemands provoquent une polémique. En France aussi, ces aménagements soulèvent des questions de sécurité.

Installer des ralentisseurs pour protéger les motards, puis envisager de les retirer parce qu'ils pourraient provoquer d'autres dangers : voilà une absurdité qui agite actuellement l'Allemagne. Sur une route particulièrement appréciée des motocyclistes, les autorités ont voulu combattre les excès de vitesse à l'aide de bandes rugueuses. Un an plus tard, les résultats sont contestés, les riverains protestent et les transporteurs dénoncent des dégâts matériels. Une affaire qui trouve un écho particulier en France, où les ralentisseurs alimentent depuis longtemps les controverses.
Entre Oberhof et Zella-Mehlis, en Thuringe, une route sinueuse attire de nombreux passionnés de moto. Mais sa fréquentation s'accompagne d'un lourd bilan : 19 accidents entre 2023 et 2024, dont deux mortels.
En septembre 2025, les autorités ont installé des bandes rugueuses à sept endroits considérés comme dangereux. Hautes d'environ deux centimètres, elles provoquent vibrations et bruit au passage des véhicules. L'objectif était simple : inciter les conducteurs à ralentir avant les portions accidentogènes. Mais leur efficacité reste discutée.
« Elles m'indiquent mon point de freinage ! »
Le reportage de la chaîne allemande MDR révèle une conséquence pour le moins inattendue. Interrogé sur ces bandes, un motard explique qu'il les ressent à peine. Pire, il affirme qu'elles lui servent désormais de repère pour déterminer son point de freinage idéal ! Un dispositif destiné à décourager la conduite rapide pourrait donc, pour certains usagers, devenir un élément de référence dans leur pilotage.
Les transporteurs dénoncent également les vibrations répétées. Un exploitant d'autobus affirme que ses véhicules subissent des dommages importants, évoquant plusieurs factures de réparation de plusieurs milliers d'euros. Ces dégâts restent toutefois attribués aux bandes par l'entreprise : leur responsabilité technique n'est pas établie indépendamment.
Quant à la police, elle reconnaît que des accidents continuent de se produire, sans pouvoir encore dresser un bilan définitif de l'efficacité du dispositif. La commission locale des accidents doit réexaminer la situation en novembre.

En France, les ralentisseurs sont aussi contestés
L'affaire allemande rappelle un débat bien connu des automobilistes et motocyclistes français. En France, les ralentisseurs de type dos-d'âne et trapézoïdal sont encadrés par le décret du 27 mai 1994 et la norme NF P98-300. Leur implantation est notamment interdite sur les voies supportant plus de 3 000 véhicules par jour, ainsi que dans plusieurs configurations routières particulières.
Pourtant, des contentieux ont révélé que certains aménagements ne respectaient pas ces conditions. Le sujet a même fait l'objet de questions parlementaires et de décisions de justice.
Attention cependant : tous les ralentisseurs français ne relèvent pas des mêmes règles. Les coussins berlinois et les plateaux surélevés ne sont pas soumis à la même norme que les dos-d'âne classiques. Leur conception et leur implantation restent néanmoins encadrées par d'autres obligations de sécurité.
Des dispositifs parfois problématiques pour les motos
Pour un automobiliste, un ralentisseur mal conçu représente souvent une secousse désagréable. Pour un motard, les conséquences potentielles peuvent être différentes. Une surélévation abordée en virage, sur chaussée humide ou lors d'un freinage peut perturber l'équilibre d'un deux-roues.
Le problème ne réside donc pas nécessairement dans le principe du ralentissement, mais dans la conception du dispositif, son emplacement et sa signalisation. En Allemagne comme en France, la question essentielle reste celle du bénéfice réel pour la sécurité.
La sécurité routière ne peut pas se limiter à faire ralentir
L'exemple d'Oberhof illustre les limites possibles d'une réponse purement matérielle aux comportements dangereux. Un aménagement peut réduire certaines vitesses sans supprimer les erreurs de priorité, les mauvaises trajectoires ou les comportements imprudents.
La police allemande rappelle d'ailleurs que plusieurs accidents récents impliquaient d'autres facteurs que la vitesse. L'efficacité d'un dispositif doit donc être évaluée sur les accidents réellement évités, et pas uniquement sur son caractère dissuasif supposé.
Pour les motards, un ralentisseur mal adapté peut créer des contraintes spécifiques aux deux-roues. Faire ralentir les conducteurs est une chose. Rendre réellement la route plus sûre en est une autre. Et lorsqu'un ralentisseur devient un repère de freinage pour les motards les plus rapides, il est peut-être temps de se demander si la solution choisie répond vraiment au problème.









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