Près d'un motard sur deux a déjà frôlé l'accident : les routes sont-elles devenues le premier danger ?
Pour beaucoup de motards, une belle route sinueuse représente le plaisir absolu. Mais c'est aussi sur ce type d'itinéraire que le risque d'accident est le plus élevé. Une étude allemande vient d'apporter un éclairage intéressant sur la manière dont les motocyclistes perçoivent ces dangers… et ses conclusions font écho à une réalité bien connue en France.

Réalisée par l'institut Forsa pour le Conseil allemand de la sécurité routière (DVR) auprès de 501 motocyclistes, l'enquête révèle qu'au cours des deux dernières années, 45 % des répondants déclarent avoir frôlé un accident sur une route secondaire, tandis que 7 % ont effectivement été impliqués dans un accident.
Le résultat le plus marquant est sans doute celui-ci : pour une immense majorité des motards interrogés, les situations les plus dangereuses ne sont pas d'abord liées à leur propre conduite, mais à leur environnement.
Parmi les principaux risques cités figurent le mauvais état de la chaussée (93 %), les routes mouillées (91 %), la présence d'animaux ou d'obstacles imprévus (90 %), les dépassements dangereux des autres usagers (89 %). Les motards pointent également le comportement de leurs homologues (84 %) ainsi que les véhicules qui circulent à une distance insuffisante (84 %).
En revanche, un résultat surprend : seuls 56 % considèrent les routes sinueuses comme particulièrement dangereuses, alors que les statistiques montrent qu'elles concentrent une part importante des accidents graves de moto.

Un paradoxe entre perception et réalité
L'étude met en évidence une contradiction. Près de 89 % des motards savent que la majorité des accidents surviennent sur les routes secondaires, mais 72 % déclarent malgré tout s'y sentir en sécurité. Autre enseignement : les sorties entre amis augmentent sensiblement la prise de risque. Ainsi, 68 % des motocyclistes reconnaissent rouler de manière plus engagée lorsqu'ils circulent en groupe, une proportion qui atteint 76 % chez les 18-39 ans.
La patience semble également parfois faire défaut. Lorsqu'ils restent bloqués derrière un véhicule lent, un motard sur trois admet perdre son calme, tandis que 17 % reconnaissent suivre le véhicule précédent à une distance inférieure aux recommandations.
L'autre paradoxe concerne l'apprentissage. Alors que 89 % des personnes interrogées estiment que les stages de perfectionnement améliorent réellement la sécurité, 57 % n'en ont jamais suivi.
À l'inverse, les gros rouleurs sont aussi ceux qui investissent le plus régulièrement dans leur formation, preuve que l'expérience s'accompagne souvent d'une meilleure conscience des risques.
Même si cette enquête a été réalisée en Allemagne, elle rejoint largement les analyses menées en France par le Cerema et l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).
Les deux organismes rappellent que les usagers des deux-roues motorisés restent largement surexposés au risque d'accident par rapport aux autres catégories d'usagers. En 2024, 720 motocyclistes et cyclomotoristes ont perdu la vie sur les routes françaises, dont 61 % hors agglomération, c'est-à-dire principalement sur les routes départementales et secondaires.
Le Cerema insiste également sur l'importance de l'infrastructure. Revêtements dégradés, gravillons, chaussées glissantes, obstacles fixes ou glissières métalliques peuvent transformer un simple écart ou une manœuvre d'évitement en accident grave. L'organisme recommande depuis plusieurs années de mieux adapter l'entretien et les aménagements routiers aux spécificités des deux-roues motorisés.

Cette étude rappelle finalement une évidence : la sécurité d'un motard ne dépend jamais d'un seul facteur. Le pilotage reste évidemment essentiel, mais l'état de la chaussée, la météo, la visibilité, le comportement des autres usagers et la qualité des infrastructures jouent un rôle tout aussi déterminant.
Les données allemandes montrent d'ailleurs que les motards expérimentés sont souvent ceux qui continuent à se former, preuve qu'ils considèrent la sécurité comme un apprentissage permanent plutôt qu'un acquis.
L'un des principaux enseignements de cette enquête est qu'elle dépasse le vieux débat consistant à désigner un responsable unique. Les motards ne disent pas que les automobilistes sont le problème. Ils décrivent un ensemble de facteurs : routes dégradées, conditions météorologiques, obstacles imprévus, comportements des autres usagers… mais aussi leurs propres erreurs lorsqu'ils roulent en groupe ou laissent l'impatience prendre le dessus.
C'est probablement cette approche globale qui mérite d'être retenue. Les pouvoirs publics peuvent améliorer les infrastructures, les collectivités entretenir davantage les chaussées, les automobilistes mieux partager la route… mais les motards disposent eux aussi d'un levier majeur : la formation continue. À ce titre, le paradoxe est frappant : presque tous sont convaincus de son efficacité, mais plus d'un sur deux n'y a jamais eu recours. C'est sans doute là que se trouve l'une des marges de progression les plus importantes.








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