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Quand l'Europe éclaire en rouge… et met les motards dans le noir

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Protéger les chauves-souris est une noble cause. Mais quand cela passe par l'installation de lampadaires rouges le long des routes, une question émerge : quid de la sécurité des motocyclistes ? Le projet pilote mené à Gladsaxe, au Danemark, est une expérimentation écologique fascinante, mais il soulève un débat technique et physiologique majeur pour les usagers de deux-roues.

Quand l'Europe éclaire en rouge… et met les motards dans le noir

La municipalité de Gladsaxe, dans la banlieue de Copenhague, a installé des lampadaires LED rouges sur un tronçon de 700 mètres le long de l'avenue Frederiksborgvej . L'objectif ? Réduire l'impact de la pollution lumineuse sur les colonies de chauves-souris locales, qui comptent sept espèces différentes.

Pourquoi le rouge ? Les études montrent que les chauves-souris sont fortement perturbées par les lumières à ondes courtes (blanc, bleu, vert). La lumière rouge, avec sa longueur d'onde plus longue, a un impact bien moindre sur leur écholocation, leurs déplacements et leurs habitudes de chasse .

Le dispositif est ingénieux : des bornes basses espacées de 30 mètres projettent une lumière rouge, laissant entre elles des "couloirs d'obscurité" que les chauves-souris peuvent traverser.

Aux intersections et passages piétons, des lampadaires plus hauts (3,5 m) avec une lumière blanche chaude renforcent la sécurité.

Quand l'Europe éclaire en rouge… et met les motards dans le noir

Le problème : l'œil humain n'est pas fait pour le rouge la nuit

C'est là que le bât blesse pour les motards. La vision humaine nocturne repose sur un mécanisme complexe, et la lumière rouge pose plusieurs problèmes physiologiques.

Ainsi, le phénomène de Purkinje où le rouge devient... noir. Le décalage de Purkinje (ou Purkinje shift) est un phénomène bien connu en science de la vision. En conditions de faible luminosité (vision scotopique), notre œil devient plus sensible aux courtes longueurs d'onde (le bleu) et perd fortement en sensibilité pour les grandes longueurs d'onde (le rouge).

Dès lors, sous un éclairage rouge, les objets rouges (comme les feux arrière) peuvent apparaître plus sombres, voire noirs, pour un œil adapté à l'obscurité . Pour un motard, c'est un risque direct : mal distinguer les feux de freinage d'un véhicule qui précède, ou mal percevoir un panneau de signalisation.

La lumière rouge réduit notre capacité à distinguer les détails fins et les couleurs. Or, la sécurité à moto repose sur une perception ultra-rapide de l'environnement : marquages au sol (lignes blanches, flèches), panneaux verticaux (souvent bleus, verts, blancs), profondeur dans un virage.

Avec un éclairage rouge, ces repères deviennent plus difficiles à interpréter, et le temps de réaction peut s'allonger.

Les études montrent que la récupération visuelle après une source de lumière vive (comme les phares d'une voiture arrivant en face) est complexe . Dans un environnement éclairé en rouge, où les contrastes sont modifiés, ce processus pourrait être altéré, rendant la vision nocturne encore plus fragile.

L'éclairage public rouge entre également en conflit avec des décennies de normalisation. Les règlements ECE R50 et ECE R53 imposent des couleurs strictes pour l'éclairage des véhicules. Le rouge est réservé aux feux arrière, aux feux stop et aux feux de position arrière. C'est un code couleur universel que tout usager de la route apprend et intègre.

Si la route elle-même est éclairée en rouge, le cerveau doit constamment réinterpréter ce qu'il voit. Un feu arrière, normalement distinctif, se fond dans un environnement rouge uniforme. Le temps de traitement de l'information augmente, et le risque d'erreur aussi.

La norme européenne EN 13201, qui définit les exigences de l'éclairage public, est entièrement basée sur la lumière blanche, car elle offre un meilleur rendu des couleurs et un meilleur contraste. Un éclairage rouge, avec ses limites physiologiques, ne respecterait probablement pas ces critères en l'état.

Le projet danois est intelligent dans sa conception : il alterne lumière rouge (zones nature) et lumière blanche renforcée (intersections). Les concepteurs ont prévu des "couloirs d'obscurité" pour la faune et des points d'éclairage intense pour la sécurité. Ils ont également mesuré que les niveaux de luminance respectaient les normes danoises sur les sections choisies.

Mais pour les motocyclistes, le problème reste entier. La moto exige une vision parfaite des contrastes, une anticipation constante, et une distinction immédiate des signaux lumineux des autres véhicules. Un environnement rouge uniforme déstabilise ces repères et pourrait, dans certaines conditions, contribuer à des erreurs d'appréciation fatales.

Le lampadaire rouge est une innovation passionnante pour protéger la biodiversité. Il s'inscrit dans une prise de conscience nécessaire de l'impact de la lumière artificielle sur les écosystèmes.

Mais son déploiement sur des routes ouvertes à la circulation, et en particulier là où circulent des motos, doit s'accompagner d'études approfondies sur la perception humaine. Les motards, usagers vulnérables par excellence, ne peuvent pas être les cobayes d'une expérience écologique.

Quand l'Europe éclaire en rouge… et met les motards dans le noir

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