Ce casque révolutionnaire affiche la vitesse devant vos yeux… mais n'est pas homologué en France
Le casque Aegis Rider Vision promet une conduite augmentée, mais son écran futuriste fait perdre sa couverture d'homologation française.

La vitesse devant les yeux, le GPS directement dans le paysage et les indications de navigation sans regarder le tableau de bord : le futur du casque moto est disponible à la commande. Mais en France, il se heurte à un obstacle de taille : l'homologation. Avec son Vision, la société suisse Aegis Rider commercialise une technologie spectaculaire qui pourrait bien être en avance sur la réglementation.
Un GPS qui semble flotter devant la moto
Développé à partir d'un Nexx X.WST3 à coque carbone, l'Aegis Rider Vision intègre caméras, capteurs et électronique embarquée. Sa particularité réside dans un affichage tête haute en réalité augmentée, baptisé AR Optics.
Vitesse, limitations, navigation et notifications apparaissent dans le champ de vision du motard, à une distance virtuelle d'environ trois à quatre mètres. Mais contrairement aux affichages traditionnels, les informations restent visuellement stabilisées par rapport à la moto.
Lorsque le pilote tourne la tête, elles peuvent ainsi quitter naturellement son champ de vision. Le système peut également projeter des flèches de navigation aux intersections. L'objectif est séduisant : fournir des informations sans obliger le conducteur à baisser les yeux.
Caméras, intelligence embarquée et deux kilos sur la balance
Pour fonctionner, le dispositif combine une caméra placée dans la mentonnière, des capteurs inertiels et les informations d'un smartphone fixé au guidon ou d'un boîtier Pro-Box. Le casque embarque également une caméra d'enregistrement 1080p avec 128 Go de stockage.
Une fonction de détection des véhicules dans l'angle mort, reposant sur une caméra arrière, est envisagée. L'autonomie annoncée atteint quatre à six heures avec l'affichage actif, pour un poids total avoisinant deux kilogrammes.
Le tarif communiqué pour le marché européen atteint environ 1 599 euros avec le module AR Optics, contre 949 euros pour le casque seul. Des caractéristiques impressionnantes. Mais la difficulté apparaît lorsqu'on souhaite utiliser l'ensemble sur la voie publique.

France : homologué sans l'écran, mais pas avec !
Le fabricant confirme que son casque bénéficie de l'homologation ECE 22.06 dans sa configuration d'origine. En revanche, l'installation du module AR Optics modifie cette configuration, qui n'est plus couverte par cette homologation.
Or, en France, l'article R431-1 du Code de la route impose à tout conducteur ou passager d'une motocyclette de porter un casque de type homologué et attaché. Le non-respect de cette obligation constitue une contravention de quatrième classe, avec notamment un retrait de trois points pour le conducteur.
Autrement dit, le problème ne vient pas du simple fait que le casque possède de l'électronique. Il vient de l'absence d'homologation de la configuration complète avec son affichage.
Aegis Rider reconnaît cette limite et explique que la réglementation ECE 22.06 actuelle n'a pas été conçue pour intégrer ce type de projection virtuelle. Le marquage CE du système électronique ne remplace pas l'homologation du casque comme équipement de protection.
Et les écrans dans le champ de vision ?
Autre subtilité française : l'article R412-6-2 du Code de la route interdit les écrans placés dans le champ de vision du conducteur lorsqu'ils ne constituent pas une aide à la conduite ou à la navigation.
Un affichage GPS n'est donc pas automatiquement interdit du seul fait de sa présence devant les yeux. Mais cette exception ne règle absolument pas le problème d'homologation du casque.
La réglementation sur les écrans et celle sur les équipements de protection répondent à deux exigences différentes. Un dispositif peut être conçu pour aider à conduire sans pour autant être autorisé dans une configuration de casque non homologuée.
Une innovation que la réglementation devra rattraper
L'Aegis Rider Vision illustre parfaitement le décalage entre l'innovation technologique et les procédures de certification. Son affichage pourrait améliorer l'accès aux informations essentielles, mais ses bénéfices réels sur la sécurité devront être démontrés.
Pour les motards français, la prudence s'impose donc avant toute commande destinée à un usage routier. Le casque du futur existe déjà. Mais pour rouler légalement avec toutes ses fonctions en France, il faudra encore que l'homologation rattrape la technologie.












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