Scandale KTM, un nouveau « Dieselgate » à venir ?
Alors que KTM retrouve des couleurs, un nouvel événement inattendu pourrait bien venir gâcher le tableau. Une enquête européenne met en lumière des pratiques douteuses du constructeur autrichien concernant le débridage de ses motos de compétition. Scandale en vue ?

C’est une bombe qui vient sérieusement obscurcir le ciel de KTM.
Passé aux mains du géant indien Bajaj, le constructeur autrichien se retrouve depuis quelques jours au cœur d’une polémique qui pourrait prendre des allures de scandale, à l’image du tristement célèbre « dieselgate » dans le monde automobile, toutes proportions gardées, il faut en convenir.
Selon nos confrères du Monde : « L’ONG Climate Whistleblowers (CW), créée pour protéger les lanceurs d’alertes climatiques, a reçu un signalement. Son auteur, un professionnel de la moto, dénonce des pratiques susceptibles de porter gravement atteinte à l’environnement et à la sécurité des personnes. »
En a suivi une vaste enquête de plusieurs médias européens (Le Monde, El Pais, Der Spiegel, Paper Trail Media, L’Espresso, DeSmog, Centre for Climate Reporting, Der Standard, le programme de télévision allemand ZDF Frontal et la chaîne autrichienne ORF), qui pendant plusieurs mois ont étayé et vérifié les informations pour les compiler dans une enquête baptisée « Unrestricted ».
Et les résultats ont de quoi faire trembler Mattighofen.
Un système de débridage institutionnalisé et orchestré par KTM ?

Au cœur du scandale, on retrouve les modèles enduro vendus par le constructeur.
« Toutes nos motos sont bridées de base, mais on est obligés de les débrider pour que le moteur fonctionne. KTM les livre avec un autre système d’échappement : on change d’office toute la configuration. Le mode bridé, c’est juste pour passer les tests et les normes antipollution européennes. »
Comme l’annonce en préambule le journal Le Monde : « D’une phrase, ce représentant de la marque autrichienne, homologués pour la route, mais ultraperformants en compétition sur terrain, vient de lever le voile sur une information connue des professionnels, pourtant ignorée des autorités nationales et européennes. »
Et c’est bien de cette homologation dont il est question dans cette affaire, car selon les différentes sources de l’enquête, elle ne serait que destinée à passer les normes, mais pas à perdurer pour l’utilisation de la moto.
« Selon nos investigations, conduites auprès d’une quinzaine de concessions de la marque KTM réparties dans six pays européens (France, Allemagne, Autriche, Espagne, Italie et Royaume-Uni), le constructeur a mis en place un système généralisé de débridage des motos de type enduro. Il concerne ses gammes les plus populaires (EXC, EXC-F) et probablement certains modèles de ses filiales GasGas et Husqvarna, selon les informations fournies par le lanceur d’alerte. »
Autrement dit, le débridage des motos serait systématique, et même directement encouragé et organisé par la marque elle-même au sein de ses propres concessions : « toutes les concessions visitées en Europe, sans exception, ont confirmé qu’avant leur mise sur le marché les enduros sont systématiquement reconfigurées de façon à augmenter la puissance de leurs moteurs. »
Et comme le précise Le Monde : « De tels agissements pourraient constituer une violation du règlement européen de 2013 sur la réception et la surveillance du marché des véhicules à deux ou trois roues, et engager la responsabilité du fabricant. En effet, ce texte interdit toute modification substantielle des matériels après homologation, enjoignant aux constructeurs de faire « tout [leur] possible (…) pour empêcher [de telles] modifications ou [de tels] réglages d’être techniquement possibles. »
Problème, les motos ont été vendues accompagnées de leur certificat de conformité pour un usage routier, alors que leur débridage les rend illégales sur ce type de terrain. Les papiers, pourtant officiels, fournis par le constructeur sont donc considérés comme illégaux.
Une information contredite par KTM : « Le groupe KTM vend et livre tous les modèles d’enduro des marques KTM, Husqvarna et GasGas à [ses] concessionnaires agréés dans un état conforme aux exigences d’immatriculation applicables et adapté à la circulation routière. »
De lourdes sanctions à prévoir ?

Cette version officielle ne correspondrait pourtant pas à la réalité du terrain, comme le révèle l’enquête menée par les médias européens, qui cite un responsable commercial de KTM qui a tenu à conserver l’anonymat : « Les motos sont conçues débridées avec toute la puissance, puis on met un autre pot d’homologation pour correspondre aux normes Euro 5 +, avec des catalyseurs qui étranglent la moto pour qu'elle ne pollue pas trop. (…) Ensuite, les concessionnaires les débrident. C’est juste pour passer les normes, après, on remet les bonnes pièces. (…) Ça reste du matériel KTM, on fournit ça avec la moto. Bon… ce ne sont pas des infos qu’on donne à tout le monde, parce que c’est un peu des magouilles. »
Le système paraît donc bien rodé, voire institutionnalisé.
En dehors de la légalité de la circulation de ces modèles débridés, se pose également le problème de la pollution environnementale. Selon un rapport publié par la Czech University of Life Sciences de Prague : « Les émissions [polluantes] sont bien supérieures à celles des niveaux homologués pour la circulation routière en mode « restreint ». La moto non restreinte pollue dix fois plus que la version homologuée restreinte. »
Une nouvelle fraude, cette fois environnementale, pour KTM.
Le groupe autrichien, qui reprend des couleurs sur le marché, se serait sans doute bien passé de cette controverse, qui peut désormais prendre des proportions très importantes et de nouveau mettre en péril son image, mais aussi son portefeuille.












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