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« L'Europe ne gagnera jamais la guerre des prix » : Ducati sonne l'alarme face à l'offensive chinoise

Dans Moto / Pratique

Jérôme Burgel

Pendant des années, les constructeurs européens ont regardé les motos chinoises avec une certaine condescendance. Des copies approximatives, des prix cassés, une qualité jugée inférieure… Le paysage a radicalement changé. À l'occasion de la World Ducati Week, Claudio Domenicali a reconnu publiquement une réalité que beaucoup dans l'industrie préféraient encore éviter : la Chine est désormais un concurrent de premier plan. Et pour le PDG de Ducati, une chose est déjà acquise : l'Europe ne remportera jamais la bataille des prix.

« L'Europe ne gagnera jamais la guerre des prix » : Ducati sonne l'alarme face à l'offensive chinoise

Le ton a changé à Borgo Panigale. Interrogé durant les célébrations du centenaire de Ducati, Claudio Domenicali n'a pas minimisé la montée en puissance des constructeurs chinois. « Le succès n'est pas garanti. Il faut le gagner encore et encore au fil du temps. » Une déclaration forte lorsqu'elle émane du patron d'une marque qui domine actuellement le MotoGP et qui traverse l'une des périodes les plus prospères de son histoire.

Il y a encore une décennie, les motos chinoises étaient essentiellement perçues comme des alternatives à bas coût. Aujourd'hui, le constat est tout autre. Des marques comme CFMoto, QJMotor ou Zontes développent leurs propres moteurs, utilisent des composants signés Brembo, KYB ou Bosch, investissent massivement dans la recherche et s'imposent progressivement en compétition internationale. Leur progression n'est plus uniquement économique : elle est également technologique.

Pour Domenicali, la conclusion est sans appel. « L'Europe ne peut pas gagner une guerre des prix. » Le dirigeant explique que le coût des matières premières tend à s'uniformiser à l'échelle mondiale, mais que les constructeurs européens restent pénalisés par deux facteurs structurels. « Les coûts de main-d'œuvre et d'énergie en Europe restent nettement plus élevés qu'en Chine ou en Inde. » Autrement dit, tenter de rivaliser uniquement en baissant les tarifs serait une stratégie perdue d'avance.

« L'Europe ne gagnera jamais la guerre des prix » : Ducati sonne l'alarme face à l'offensive chinoise

Ducati mise sur ce que la Chine ne peut pas copier

Face à cette réalité, Ducati choisit un autre terrain. « Nous ne vendons pas la moto. Nous vendons l'ensemble du package. » Cette formule résume parfaitement la stratégie de Borgo Panigale. Le constructeur italien estime que sa véritable valeur ne réside plus uniquement dans la fiche technique de ses modèles, mais dans tout l'univers qui les accompagne.

Cent ans d'histoire, une présence victorieuse en compétition, une identité forte, un réseau mondial de concessionnaires, les Ducati Official Clubs, la World Ducati Week ou encore l'image de marque constituent, selon Domenicali, un avantage beaucoup plus difficile à reproduire qu'un moteur ou une électronique.

Le discours du patron de Ducati dépasse largement le seul secteur de la moto. Depuis plusieurs mois, les dirigeants de nombreux constructeurs automobiles européens tiennent un raisonnement similaire face à l'offensive chinoise sur les véhicules électriques.

Le constat est identique : l'Europe conserve un avantage sur la marque, le savoir-faire et l'image, mais elle ne peut plus espérer dominer uniquement grâce à sa technologie. Les marques chinoises poursuivent leur progression. CFMoto, Voge, Zontes ou QJMotor développent progressivement leurs réseaux de distribution, tandis que les constructeurs historiques conservent un solide avantage en matière d'image, de service après-vente et de valeur de revente. C'est précisément sur ces critères que Ducati entend faire la différence.

Le message envoyé par Claudio Domenicali est finalement moins alarmiste que lucide. Ducati ne considère pas que les constructeurs chinois ont déjà dépassé les marques européennes. En revanche, elle reconnaît que l'écart s'est réduit beaucoup plus vite que prévu. Et c'est probablement là le véritable avertissement.

La bataille ne se jouera plus sur quelques chevaux supplémentaires ou quelques centaines d'euros de moins. Elle opposera désormais deux visions de la moto : celle d'un produit avant tout compétitif sur le prix, et celle d'une expérience de marque que Ducati estime, pour l'instant, impossible à copier.

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