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2. Sur la route, la Bimota Tera : le meilleur des crossover ?

 

La Bimota Tera n’est-elle qu’un exercice de style ?

Bien que la marque Bimota soit synonyme de motos radicales, la Tera est une machine finalement très consensuelle : le guidon haut et large présente un cintrage idéal pour une position sport touring détendue, la selle pilote, beaucoup plus longue que ce que propose BMW sur les S et M1000XR est accueillante pour les grands et les jambes sont pliées mais sans excès. Aussi, la finesse des Bimota à moteur Ducati n’est évidemment plus de mise, mais dans le cas de la Tera réservoir n’écarte pas excessivement les genoux. On est concrètement mieux installé que sur une Yamaha Tracer 9 GT +. Au démarrage, la sonorité rauque typique des gros 4 cylindres Kawasaki est d’autant plus présente que l’instrument souffle dans un 4 en 1 Akrapovic, mais le volume reste maitrisé. Vient le moment d’engager le premier rapport à l'aide de l’embrayage assez ferme et nous voici évoluant au guidon de cette machine très spéciale.

Pour tout dire, j’avais essayé une Tesi 3D au printemps 2008. Le système Tesi n’est donc pas réellement une découverte et, après avoir longuement testé la mouture 2026, j’ai ressorti mon essai de 2008 pour comparer : j’aurais presque pu en reprendre certaines phrases concernant le train avant à l’identique, même si l’interprétation Kawasaki Tera est différente et si j’ai 20 ans d’expérience supplémentaire ! Ainsi, les premiers tours de roue sont un peu perturbants car le train avant filtre tout, le confort de suspension absolument unique : en 20 ans d’essai, je n’ai ressenti cette qualité d’amortissement qu’avec ce système alors que le débattement est ridicule (105 mm). Le ressenti à basse vitesse est excellent: le système Tesi classique donne une impression de direction un peu collante à basse vitesse mais ce n’est pas le cas sur Tera, très naturelle sur ce point. Évidemment, le rayon de braquage est modeste (5,80 m sont nécessaires pour effectuer un demi-tour) mais pas excessivement mauvais : la Tesi 3D de 2008 était insupportable de ce point de vue. Bimota a largement civilisé cet aspect. Le confort de suspension arrière est également très notable : la Tesi de 2008 pêchait sur ce point, le mono-amortisseur Extreme Tech cantilever arrière était très ferme et contrastait avec le confort du train avant : le monde à l’envers ! La Bimota Tera d’aujourd’hui est confortable et naturelle.

La Bimota Tera n’est-elle qu’un exercice de style ?

Pour ne rien gâcher, le petit pare-brise s’avère étonnamment protecteur : en position haute, il dévie efficacement le flux d’air sur le haut du casque. Les épaules sont certes exposées, mais pas excessivement, et les jambes sont plutôt abritées : la Tera est voyageuse, elle rappelle un peu les Kawasaki Versys 1000 et 1100  en plus beaucoup plus léger et dynamique. Encore faut-il pouvoir conserver son permis de conduire car le 4 cylindres 1000 cm³ compressé est complètement délirant et addictif à partir de 6 000 trs/mn. Vous objecterez que 200 ch constituent un niveau de puissance presque modeste au regard des canons actuels, mais tourner la poignée qui commande ce moteur Kawasaki est une expérience à vivre.

La Bimota Tera n’est-elle qu’un exercice de style ?

En effet, si ce moulin souple est vif et ultra bien rempli à bas et mi-régime, la puissance qu’il délivre à partir des 5/6 000 trs/mn est constante, et délirante jusqu’à 11 000 trs/mn. En fait, la poussée est ahurissante sur la moitié du compte-tours quand un moteur atmosphérique même plus puissant se contente de pousser très fort sur le dernier tiers voire le dernier quart du régime maxi possible. Bref, bien que dégonflé de 30 ch par rapport aux Kawasaki H2 et à la Bimota Tesi, le moteur Tera n’en demeure pas moins addictif. Il est aussi parfaitement civilisé et peut se piloter à 30 km/h sur le dernier rapport, mais toutes les 1000 Kawasaki en sont capables depuis toujours !

La Tera dépasse donc les 250 km/h compteur sur autoroute allemande tout en offrant une tenue de cap irréprochable dans un confort de suspension remarquable, et elle peut les tenir car la protection aérodynamique est correcte. Et de retour dans les virolos de montagne, le comportement diffère complètement de ce qu’on connaît sur une moto à fourche, BMW à Telelever comprises: sur Tera (et Tesi), la réduction de l’empattement et de l’angle de chasse générés par l’enfoncement de la fourche n’existe pas ; la moto est donc légèrement plus physique à faire tourner car elle ne « tombe » pas à la mise sur l’angle avec les freins mais le plus surprenant réside dans le fait que la suspension avant continue à travailler plein angle exactement comme en ligne droite. On ressent donc l’avant qui absorbe les imperfections du bitume même sur l’angle maxi, là où une fourche est plus enfoncée et presque verrouillée : il y a 20 ans, j’avais pris ça pour du dribble, aujourd’hui, je ressens une suspension qui travaille !

La Bimota Tera n’est-elle qu’un exercice de style ?

Aussi, le comportement du châssis est complètement différent de ce qu’on connaît sur des motos « normales » : dans la cuvette en sortie de virage, à pleine accélération de notre parcours d’essai habituel, l’avant et l’arrière s’enfoncent de manière plus sensible et la réaction en sortie est beaucoup plus douce: on a l’impression que le châssis travaille et que les deux roues sont posées, c’est très inhabituel. Il aurait sans doute été possible de raffermir les hydrauliques pour freiner ces mouvements mais la route n’est pas un circuit… Le moteur est toujours aussi fou, mais surtout, il est plein partout et paraît dépourvu d’inertie; il répond toujours présent en force quel que soit le régime et le rapport de vitesse. Quant au freinage, Bimota a mis du lourd : l’ensemble avant à étriers monobloc Brembo Stylema commandé par un maître-cylindre radial est redoutable de mordant et de puissance (l’arrière est plus symbolique); et on peut freiner d’autant plus fort que la moto ne plonge pas et que la suspension avant continue de fonctionner. Il n’en faut pas moins pour stopper cette bête qui n’a rien d’une ballerine : la Tera est certes moins lourde qu’une Kawasaki Versys mais elle pèse 47 kg de plus qu’une Bimota Tesi 3D. Elle est de toute façon beaucoup moins sportive : les limites de garde au sol sont vite atteintes et invitent à calmer le jeu eu égard au prix de la bête !

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