LA question que tout le monde se pose à propos des véhicules électriques, c'est de savoir si le réseau électrique français sera capable de supporter la recharge de centaines de milliers (millions ?) d'autos branchées. Un responsable de RTE (réseau de transport d'électricité) donne sa réponse et c'est particulièrement instructif.


L'agence d'information Reuters nous a rapporté l'entretien très intéressant avec Olivier Grabette, qui occupe le poste de Directeur de la recherche et du développement chez RTE (réseau de transport d'électricité). RTE gère en France l'alimentation en très haute tension, entre les centrales et les transformateurs convertissant l'énergie pour les particuliers, les plus faibles tensions étant gérées elles par ErDF. Autant dire que pour tout ce qui touche à l'alimentation des véhicules électriques à l'échelle nationale, RTE est bien placé pour parler. Et justement, Olivier Grabette a donné de précieuses informations sur l'avenir de l'automobile électrique et en particulier sur la capacité du réseau électrique français à gérer la surcharge.


Première information, et pas des moindre la recharge des véhicules électriques. Elle est souvent faite lors des pics de consommation, c'est à dire dans la soirée, et ce point est assez ennuyeux : « Si c'est mal géré, ça peut susciter des pointes qui vont coûter à la fois cher en moyens de production, en émissions de CO2 et qui nécessiteraient par ailleurs le développement d'infrastructures relativement coûteuses ». RTE s'est basé sur un prévisionnel particulièrement pessimiste (pour la charge du réseau) pour ses études avec deux millions de véhicules électriques en circulation en 2020 : « Ce n'est pas énorme en terme d'énergie. Mais si ces véhicules se rechargent au moment de la pointe, même avec les systèmes de charge lente, ça peut représenter quand même selon les scénarios de 3 à 6 gigawatts ». RTE conseille d'ailleurs d'utiliser des chargeurs standards à charge lente plutôt que les chargeurs haute puissance, certes plus rapides, mais beaucoup plus énergivores et qui pourraient causer de gros problèmes de surcharge.


Chez Alstom (une grande entreprise dans l'ingénierie), on s'inquiète également du phénomène de « grappes » : « Le sujet, ce n'est pas le nombre, c'est comment le véhicule électrique va se développer. Et nous pensons qu'il va se développer par grappes, à travers des flottes, rattachées à des bâtiments. On peut très bien avoir 1.000 véhicules, si sur les 1.000 on en a 500 connectés au même bâtiment, on aura un problème sur le bâtiment et sur l'écoquartier qu'il y a autour ». Et cette fois, ce problème sera sur les épaules d'ErDF qui gère l'approvisionnement des foyers. Pour palier à ce problème et aux pics de consommation, ErDF annonce de son côté qu'il faudrait utiliser des chargeurs intelligents capables de s'adapter à la charge du réseau et de différer la charge si besoin est.