Que reste-t-il de la voiture à papa ? Cette très sérieuse berline à coffre, tellement classique que, lorsqu’on demande à un enfant de 5 ans de dessiner une auto, c’est l’un de ces modèles qu’il tente de croquer, la langue entre les lèvres. Sauf que plus personne n’en veut. En dehors de sa version statutaire, allemande et chère, point de salut. Celles que continuent à produire, et à lancer, les constructeurs généralistes, comme Renault et sa Talisman sont vouées aux limbes du top 100 des autos les plus vendues en France. Suffit de rechercher dans ce classement l’excellente Ford Mondeo commercialisée depuis l’automne dernier : elle est 95e. Et la nouvelle Talisman ne devrait pas non plus entrer dans le top 5 lors de son lancement en fin d'année.

Renault Talisman : conduire une berline, un acte de rébellion ?

La nouvelle Ford Mondeo : berline généraliste et 95° du top des ventes en France


Pourquoi cette ingratitude des clients pour ces pauvres berlines ? Parce qu’elles sont censées être des autos familiales. Or les familles en question s'en sont allées vers les hauteurs des SUV ou, quelques années auparavant, vers les monospaces et leur habitabilité record. Alors, petit à petit, les ventes des grandes familiales généralistes se sont effondrées en Europe, passant de 2,5 millions de modèles écoulés en 2006 à 1,5 million en 2013. Une lourde chute de 40 % qui ne semble pas enrayée. Au point de se demander qui achète encore de telles autos. Hormis quelques seniors attachés à une tradition automobile – qui remonte à une époque où une voiture était forcément basse, forcément munie de cinq portes et forcément équipée d’un vrai coffre –, 80 % de ces engins sont achetés par des entreprises. Pas moins.


La Talisman, voiture professionnelle ?

Mais après tout, pourquoi le cadre qui a le droit de choisir une auto que l’entreprise lui paie ne se jetterait-il pas lui aussi sur un SUV ? Car après tout, le col blanc n’en est pas moins homme et père de famille. Et sa voiture de fonction lui sert aussi, dans la majorité des cas, de véhicule personnel.

En fait, les berlines à papa restent un best-seller d’entreprise pour un paquet de raisons, tant financières que lombaires. « Quelqu’un qui fait 60 000 km par an au volant, comme le font de nombreux cadres commerciaux, choisit forcément une berline. Tout simplement parce qu’elle est plus confortable et tient mieux la route », constate Louis Daubin. Il sait de quoi il parle puisqu’il dirige Kilomètres Entreprise, magazine dédié aux voitures professionnelles.

Mais les boîtes qui achètent des voitures pour les prêter à leurs cadres ne se soucient pas seulement des douleurs vertébrales de ces derniers. Elles se soucient aussi de leur propre santé financière. Et souvent ne laissent pas le choix du SUV à leurs commerciaux. Car une berline classique coûte moins cher à l’usage et ne réclame pas les mêmes taxes qu’un SUV. Les sociétés sont plus ponctionnées encore que les particuliers sur les émissions de CO2. Et, en toute logique, à moteur équivalent, un SUV en émet plus qu’une berline. Car il dispose d’une aérodynamique d’enclume comparée à une auto basse et fluide. Et est sensiblement plus lourd que la fameuse berline. Il consomme donc plus.


La Talisman, voiture rebelle ?

Une logique sur laquelle misent les concepteurs de la Talisman, d’autant qu’ils peuvent compter, en France, sur une prime à la nationalité. Car un commercial qui débarque chez l’un de ses clients au volant d’une Audi A4, BMW Série 3 ou Mercedes Classe C peut nourrir quelques angoisses. « C’est donc dans cette belle auto que passe le montant exorbitant de mes factures », peut se demander le client récalcitrant. De quoi faire capoter une négo. Mais avec une Renault Talisman, une Peugeot 508 ou une Citroën C5, rien à craindre. 

Les entreprises ont donc de sacrées bonnes raisons d’acheter des berlines classiques. Et les constructeurs en ont autant de continuer à les fabriquer. Mais certaines de ces raisons concernent aussi les automobilistes particuliers. Car après tout, une auto qui tient mieux la route, qui est plus confortable et qui consomme moins qu’une autre devrait parfaitement correspondre à un marché. Celui des acheteurs de voitures qui font fi des modes éphémères et ne détestent pas être à contre-courant. Et si les nouveaux conducteurs de berlines étaient les derniers rebelles ?



Renault Talisman : conduire une berline, un acte de rébellion ?

Chroniqueur au Huffington Post, ancien journaliste de Libération, c'est maintenant pour vous que Michel Holtz décryptera l'actualité automobile. Un avis pertinent à retrouver régulièrement sur Caradisiac.