Deux prestigieux coupés allemands seventies pour le prix d’une citadine, c’est possible
Magique 6-en-ligne d’un côté, gros V8 inusable de l’autre, puissance élevée, qualité maximale, les BMW 633 CSI et Mercedes 350 SLC ont tout des youngtimers idéaux pour rouler loin avec style. Pas très chers, ils sont toutefois à acheter avec précautions. Lequel s’impose ?

Au tournant des années 70, avant même que la crise du pétrole n’éclate, l’ambiance change. On se préoccupe de confort, de sécurité et parfois même d’écologie. Les voitures changent donc énormément, vers plus de raison, ce dont certains se plaignent. En tout cas, Mercedes dégaine en 1972 son tout nouveau SLC, qui se veut bien plus sécuritaire que les coupés qu’il remplace, au détriment du charme. Dérivant du roadster SL R107, il n’a pas le même charme.
Du charme, la Bmw 633 CSI en regorge, elle qui succède au révéré coupé 3.0 CSI E9. Toutefois, comme sa rivale de Stuttgart, la bavaroise préfère la sécurité et le confort aux performances et aux sensations de sa devancière. Toutes deux incarnent le luxe germanique des seventies, chacune à sa manière toutefois. Moins de 20 000 € suffisent à s’offrir un bel exemplaire, oui mais lequel ?
Les forces en présence
BMW 633 CSI (1976 - 1980), coupé 2 portes, 4 places, 6 cylindres, 3,2 l, 200 ch, 1 470 kg, 215 km/h à partir de 16 000 €

Mercedes-Benz 350 SLC (1971 - 1980), coupé 2 portes, 5 places, 8 cylindres, 3,5 l, 200 ch, 1 590 kg, 210 km/h à partir de 12 000 €

Présentation : deux prestigieuses aux racines simplement premiums

Chez BMW, le coupé CS E9, malgré sa base ancienne (il dérive de la Neue Klasse de 1961), s’est forgé une belle réputation grâce à ses beaux 6-cylindres et sa sportivité. Sans oublier sa ligne d’une rare finesse ! Son remplaçant va en conserver la formule. Techniquement, ce grand coupé dérive d’une berline qui a changé bien des choses, la Série 5 E12, lancée en 1972. Plate-forme et langage stylistique entrent dans une nouvelle génération, alors que dans l’habitacle, BMW opte pour une approche plus luxueuse.

Tout ceci se retrouve dans le coupé Série 6 E24 révélé en 1976 et basé sur l’E12. Plus cossu que l’E9, il se veut aussi bien plus sécuritaire avec ses zones à déformation programmée et sa coque autrement rigide. Cela lui vaut d’adopter un montant central, mais sa ligne dessinée par Paul Bracq demeure d’une grande finesse. Dans l’habitacle, le tableau de bord à console orientée vers le conducteur impressionne par son élégance et son chic. Sous le long capot, on trouve deux 6-cylindres en ligne M30, dont un 3,3 l à injection électronique Bosch L Jetronic de 200 ch dans la 633 CSI, qui atteint 215 km/h.

Pourtant, la boîte manuelle ne compte que 4 rapports, contre 3 à l’automatique fournie par ZF. Les premiers exemplaires sont assemblés chez Karmann, et le prix est élevé : 108 300 F en 1976, soit 81 000 € actuels selon l’Insee. Mais la finition est soignée, tout comme le confort, sachant que la voiture embarque quelque 41,5 kg d’isolant phonique !
Quant à l’équipement, plutôt riche, il inclut les jantes en alliage léger, les vitres électriques, le volant réglable, et même un ordinateur de maintenance. Belle et bien réalisée, la BMW trouve son public, puis voit sa construction rapatriée chez son constructeur (Karmann assemble toujours la carrosserie) en 1977. La 633 est supplantée par la 635 en 1978, mais bénéficie d’une injection Bosch Motronic en 1979 (197 ch) et reste au catalogue jusqu’en 1981.

C'est une révolution esthétique qu'introduit début 1971 le roadster SL R107 chez Mercedes. La calandre est horizontale et accolée à des projecteurs rectangulaires, les feux arrière, immenses, s’ornent de stries antisalissures, les gouttières sont profilées. L’élégance de la Pagode a disparu mais le succès est au rendez-vous. Il faut dire que la plate-forme et les trains roulants, très modernes, proviennent de la berline W114.
Dans l’habitacle, tout est conçu dans le sens de la sécurité passive, avec un tableau de bord absorbant les chocs. Evidemment, il est tout en plastique… Du roadster, Mercedes élabore un coupé, qui est révélé au salon de Paris 1971 : le SLC. Doté d’un empattement allongé de 36 cm, il offre de belles places arrière, mais la ligne en pâtit, affichant des proportions étranges.

Sous son capot trône un beau V8 cubant 3,5 l et alimenté par injection électronique, il développe 200 ch : suffisant pour atteindre 210 km/h et les 100 km/h en 9 s. Surtout, et c’est unique chez Mercedes, ce V8 double arbre à bloc fonte et culasses en alliage peut s’atteler à une boîte manuelle, comptant 4 rapports, contre 3 à l’automatique optionnelle dotée d’un convertisseur de couple hydraulique. À 74 200 F fin 1972 (soit 85 400 € actuels selon l’Insee), la Mercedes 350 SLC est très chère sans pour autant se montrer généreuse côté équipement : jantes alu et vitres électriques demeurent optionnelles. Le luxe frugal !

Néanmoins, le coupé étoilé, aidé par sa grande modernité technique, se vend très correctement. Pour 1976, le V8 passe à une injection mécanique K-Jetronic, pour réduire sa pollution, sa puissance chutant à 194 ch, sans influence sur les performances. Il gagne aussi un allumage transistorisé et des poussoirs hydrauliques pour une maintenance plus aisée. La 350 SLC disparaît lors du léger restylage du 1980 ; après avoir été produite à 13 925 unités. Lui succès une 380 SLC au bloc tout alliage qui ne durera qu’un an.
Fiabilité/entretien : croustillante Deutsche Qualität

La BMW profite d’un moteur très costaud, si bien entretenu, mais qui sera plus sensible aux surchauffes, pouvant faire se vriller la longue culasse. Il faut donc purger le circuit de refroidissement tous les deux ans et surveiller le viscocoupleur de ventilateur. Pour le reste, RAS, y compris du côté de la transmission, là encore, des vidanges régulières s’imposent. Les trains roulants vieillissent de façon classique, mais attention à la double assistance de freinage : elle ne se retrouve pas en neuf.
L’habitacle, solidement fabriqué, endure le passage des ans, même si la coiffe du tableau de bord se fend à cause du soleil. Plus grave, la BMW souffre de la corrosion, en particulier du côté des chapelles d’amortisseurs avant, les passages de roues, les doublures d’aile, en particulier sur les exemplaires entièrement fabriqués chez Karmann. Les pièces détachées sont assez abondantes, mais il faudra passer par des clubs et des spécialistes plus que le réseau BMW, qui fait des efforts néanmoins.

Mécaniquement, la 350 SLC c’est du très solide. Equipé d’une chaîne Superduplex, le V8 enquille comme un rien les centaines de milliers de km s’il a été régulièrement entretenu. Les systèmes d’injection n’aiment pas l’inaction, mais ne révèlent pas de faiblesse particulière. Il en va de même pour les transmissions, là encore si elles ont été vidangées en temps et en heure. Les triangles de suspension prennent du jeu sous le poids du moteur, et le boîtier de direction aussi, ce qui reste normal.
Dans l’habitacle, la faiblesse de l’équipement limite les pannes, mais le tableau de bord voit sa coiffe se fendre sous l’effet du soleil, les sièges s’avachissent et le cuir (optionnel) se craquelle s’il n’a pas été soignée. Rien que de très normal mais les réfections sont chères ! En réalité, le vrai souci de la SLC, comme pour sa rivale, c’est la rouille qui peut sévèrement attaquer l’arrière de la voiture, particulièrement la zone au niveau du parechoc. Les bas de caisse et plancher sont aussi à inspecter soigneusement. Bonne nouvelle, presque toutes les pièces se trouvent chez Mercedes.
Avantage : Mercedes. Moteur moins sensible, corrosion équivalente et pièces plus abondantes donnent la victoire à la 350 SL.
Vie à bord : taxi à deux portes vs coupé de luxe

Dans la BMW, le tableau de bord surprend par sa modernité, avec ses formes anguleuses, sa console orientée vers le volant, et son ordinateur de contrôle. Surtout, il est superbement dessiné et taillé dans un plastique très valorisant. Du BMW de la meilleure veine ! De la même manière, les détails sont soignés, tels ces vide-poches de portière matelassés et fermants.
Les revêtements de la sellerie (mixte cuir-velours ou tout cuir) ont bel aspect mais les sièges avant ne procurent pas tout à fait le confort espéré. A l’arrière, la banquette est très soignée par son look, mais l’espace est compté. Néanmoins, l’ambiance se révèle très agréable, grâce à une luminosité importantes, permise par des montants très fins, et impensables sur n’importe quelle auto actuelle. Enfin, à 410 l, le coffre est très spacieux, et contient la fameuse trousse à outils BMW dans son couvercle.

L’intérieur de la Mercedes traduit davantage la recherche de la sécurité que celle du luxe. Ainsi, le tableau de bord se signale par des formes douces, sans aspérités, des revêtements généreusement rembourrés et une omniprésence du plastique. Tout est très sérieusement assemblé, mais l’ambiance, datée, est à peu près aussi joyeuse que dans une 200 D. Et aussi luxueuse aussi…
L’équipement de base reste étonnamment limité pour une auto de cette catégorie mais l’ambiance se veut apaisante. Les sièges procurent un confort « à la Mercedes », avec un dossier ferme et une assise montée sur ressorts, mais ils sont plutôt agréables. Seulement, le cuir imitation skaï manque vraiment de cachet. Mieux vaut l'option velours ! A l’arrière, la 350 SLC propose deux bonnes places, accueillant plus dignement leurs passagers que dans la 633 alors que le coffre est juste correct, à 310 l.
Avantage : BMW. Hormis l’habitabilité arrière, la 633 CSi bat la Mercedes 350 SLC sur tous les points.
Sur la route : des GT avant tout

On est très bien installé dans la BMW, grâce notamment au volant réglable. Le moteur ? Il ne sonne pas exactement comme on l’attend, même si sa musique demeure feutrée et plaisante. C’est par son onctuosité et sa disponibilité à tous les régimes qu’il séduit particulièrement, ainsi que par les performances qu’il délivre. Un très beau 6-en-ligne !
La boîte 4, bien étagée et maniable, lui va parfaitement, même si le rapport final un peu court entraîne un régime élevé, selon normes actuelles, sur autoroute. Dynamiquement, la BMW communique très convenablement, par sa direction surtout, mais aussi ses trains roulants. Elle prend moins de roulis et révèle un équilibre tout aussi bon et une précision supérieure. La 633 CSI prodigue par ailleurs un bon confort de suspension, quoique plus ferme que la 350 SLC, et si son niveau sonore est un peu plus important, il ne gêne jamais. Une attitude plus sportive, doublée d’un freinage efficace pour son époque.

Bonne position de conduite dans la Mercedes, malgré le volant trop grand et non réglable. Au démarrage, le moteur séduit par son silence, puis sa docilité. On pourrait croire qu’il est sans caractère, mais il n’en est rien. En réalité, relativement atone à bas régime, il marche dans les tours, où révèle un joli caractère et délivre des performances inattendues, dans une sonorité typiquement V8. La boîte auto, douce mais lente, n’aide pas forcément à en extraire le meilleur, et il en va de même pour la manuelle, du même acabit.
Le comportement routier est à l’aune de la mécanique. Au début, la voiture semble saine et équilibrée mais inerte. Puis, à mesure qu’on la bouscule, on s’aperçoit qu’elle répond toujours présent, malgré ses amples mouvements de caisse. Pas sportive mais avec vous, et toujours confortable. Car là est la plus grande qualité de la Mercedes, qui freine correctement.
Budget : plus si abordables mais de bons placements

En bon état, donc avec un CT valide et des choses à améliorer, la Mercedes 350 SLC se déniche dès 12 000 €. Un exemplaire en très belle condition réclame 16 000 €, alors qu’à 25 000 €, on est en droit d’exiger une auto presque parfaite. Ces montants varient selon la configuration : si une clim fonctionnelle est présente, attendez-vous à payer plus cher. La consommation moyenne tourne autour des 13 l/100 km.

Quant à elle, la BMW 633 CSI coûte en moyenne 4 000 € de plus que la 350 SLC à état équivalent, mais consomme moins, à 10,5 l/100 km en moyenne. Dans les deux cas, des modèles restaurés avec soin ou réellement irréprochables peuvent prétendre à des sommes nettement plus élevées.
Avantage : Mercedes. Plus gourmande mais nettement moins chère, la Mercedes rafle ici la victoire.
Verdict : l’égalité de victoires ne dit pas tout

Aux points, nos deux protagonistes sont très proches. Deux victoires chacune ! A la Mercedes les points de l’endurance générale et du budget (une fois n’est pas coutume), à la BMW ceux de la vie à bord et des prestations routières. Maintenant, une ancienne n’est jamais, ou rarement, un achat rationnel. Si l’émotion parle avant tout, et si dispose de quelques milliers d’euros supplémentaires, la 633 CSI s’impose. Mais si on a envie d’un youngtimer de classe au charme seventies, pour se promener confortablement en famille, alors la 350 SLC constitue une offre plus adaptée.

| Thème | Avantage |
| Fiabilité/entretien | Mercedes |
| Vie à bord | BMW |
| Sur la route | BMW |
| Budget | Mercedes |
| Verdict | Egalité |
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