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J’ai mené jusqu’à la V-Max le break le plus rapide du monde (de l’époque…)

Dans Pratique / La vie de Caradisiac

Manuel Cailliot

La première de nos traditionnelles séries estivales est consacrée à la vitesse, indissociable de l’automobile. À tour de rôle, nos journalistes ont évoqué des souvenirs personnels liés à des allures un peu folles atteintes au volant de véhicules divers et dans des circonstances variées. Des moments qui les ont suffisamment marqués pour qu’ils s’en souviennent encore des années plus tard, même s’il n’est pas question ici de glorifier des attitudes répréhensibles, ou pas ! Cette semaine, on parle d’un break américain au sang chaud et à la mécanique généreuse, pourtant bien inconnu du grand public…

J’ai mené jusqu’à la V-Max le break le plus rapide du monde (de l’époque…)

Septembre 2011, Allemagne. Je participe à un essai qui reste, encore aujourd’hui, gravé dans ma mémoire. Une Ferrari ? Non. Une Lambo ? Non. Une Aston Martin alors ? Pas plus… Bon alors une Porsche. Même pas.

C’est bel et bien une Cadillac qui va me laisser de mémorables souvenirs. Mais pas de celles qui font le bonheur de l’américain moyen, avec des suspensions chewing-gum et un luxe clinquant. Plutôt une version « avion de chasse-isée » d’un modèle plus sage : la Cadillac CTS-V, de deuxième génération ! Et même pas la berline, mais sa déclinaison déménageur, la CTS-V Wagon, comprenez le break. Break de chasse du coup…

Un break oui, et même plutôt bien dessiné, dynamique. Avec la possibilité d’emmener la famille et 412 litres de bagages. Il y a plus de coffre sous le capot avant !
Un break oui, et même plutôt bien dessiné, dynamique. Avec la possibilité d’emmener la famille et 412 litres de bagages. Il y a plus de coffre sous le capot avant !

Le département « V » chez Cadillac, c’est comme le « M » chez BMW, le « RS » chez Audi, ou le « AMG » chez Mercedes. Celui qui s’occupe de transformer de paisibles berlines en missiles balistiques. Et en guise de missile, ce break familial à la base, qui devient après passage aux stéroïdes, tout simplement le break le plus rapide et le plus puissant du monde, à l’époque. On a depuis fait mieux, comme l’Audi RS6 Avant (630 ch) ou la BMW M5 Touring (727 ch), mais pas forcément plus enthousiasmant à piloter.

Sous la pédale de droite, 564 ch

Sous le capot de ce break, un V8 à compresseur. Celui, un peu dégonflé, de la Corvette ZR1 génération C6. Il cube 6.2 litres, et affiche 564 ch et 747 Nm de couple. Autant dire que le menu est alléchant, et que je m’attendais à ce que ça cause. Et ça a causé.

Des performances diaboliques et un comportement étonnamment affûté : voilà le CTS-V Wagon.
Des performances diaboliques et un comportement étonnamment affûté : voilà le CTS-V Wagon.

Car c’est avec ce break, et non au volant d’une supercar, que j’ai atteint la plus haute vitesse de ma carrière de journaliste. Et encore, j’ai eu à l’essai la version BVA à 6 rapports, dont la vitesse maxi était bridée par rapport à la version à boîte mécanique. On reste sur du lourd cependant, avec 280 km/h, et les 100 km/h atteints en 4,1 secondes, lorsque les 200 sont franchis au bout de 13,4 secondes. Du brutal. Et même si on fait mieux aujourd’hui, c’était à l’époque assez extraterrestre. J’avoue, j’aurais aimé pousser aussi la boîte mécanique, donnée pour 306 km/h…

Le compteur a affiché le chiffre 287

Oui, le compteur a bien affiché ce chiffre ! (photo réalisée par Gemini, en l'absence de photo prise au volant...).
Oui, le compteur a bien affiché ce chiffre ! (photo réalisée par Gemini, en l'absence de photo prise au volant...).

Est-ce que j’ai atteint la vitesse maxi ? Oui. Le compteur a même affiché 287 km/h. On devait être aux 280 « GPS »… Est-ce que j’avais le sourire ? Oui. Jusqu’aux oreilles même. Et ce du 1er au 287e km/h, entouré des vocalises terriblement musicales du V8. J’avais écrit à l’époque que c’était un mélange de Rafale et de B52… Je ne modifierai pas d’une virgule mon témoignage monsieur le commissaire.
Est-ce que je risquais quoi que ce soit ? À part un génocide d’insectes sur mon pare-brise, rien, puisque je roulais sur une portion illimitée d’Autobahn allemande déserte, au volant d’un engin à la stabilité aussi étonnante que démoniaque, campé sur des jantes de 19 pouces et des pneus de 255 à l’avant et 285 à l’arrière (à l’époque c’était gros), et bénéficiant de suspensions magnétiques à l’efficacité bluffante.

Un dernier souvenir, mon cadreur du jour, notre regretté Laurent Cohen, avait lâché un inquiet « ça va vite quand même »… Et un projet : mettre une alerte sur La Centrale pour être prévenu dès qu’une annonce est mise en ligne. Il n’y en a malheureusement aucune à date.

Il a de la ressource, ce V8 à compresseur !
Il a de la ressource, ce V8 à compresseur !
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