1er août 1936 : les Français accèdent au temps libre grâce au vote des congés payés. Jamais une loi n'aura aussi durablement marqué la conscience collective et autant contribué à faire entrer l'automobile dans son âge d'or. Soixante ans de grandes migrations vers le soleil, une bonne occasion de vous envoyer ces quelques cartes postales.

De toutes les décisions adoptées par le gouvernement du Front Populaire, celle concernant les congés payés a pris au fil du temps une dimension mythique. "Voir la mer" devient enfin un rêve accessible pour une majorité d'ouvriers et d'employés.

Bien sûr, dans un premier temps, l'évasion sera de courte durée (douze jours ouvrables) et logiquement limitée par le faible niveau de vie. Qu'importe, l'échappée est belle, même si la mer n'est aperçue que le temps d'un rapide aller et retour en train.

Les côtes normandes sont envahies par une nouvelle clientèle en casquette, sortant le casse-croûte et la chopine de la musette pour le pique-nique en famille. Une fête bruyante et colorée loin d'être au goût des riches habitués, qui ferment alors leurs belles villas pour partir vers des destinations plus lointaines. C'est le temps où les plus jeunes - ou les plus courageux - n'hésitent pas à enfourcher vélos et tandems pour aller planter leur mauvaise tente de camping sur les bords d'une rivière poissonneuse, se faire héberger par la famille à la campagne ou s'offrir une pension complète dans une modeste auberge.

Détours en France

Une déferlante bien timide toutefois. Faute de moyens, les bords de la Marne restent nettement plus fréquentés que les plages et seulement 560 000 Français ont profité du billet SNCF à prix réduit. La tendance sera pourtant irréversible. Vacances mais aussi voyages s'instaurent comme un nouvel art de vivre.

L'industrie automobile glisse doucement vers une production de modèles accessibles aux classes moyennes et le réseau routier connaît un développement sans précédent : élargissement des chaussées, nouveaux revêtements asphaltés, panneaux indicateurs implantés à l'initiative du Touring Club de France, de Michelin ou de Citroën. Dans les villages, l'épicerie ou le débit de boisson installe une pompe à essence. Des petits ateliers assurent les premiers soins aux mécaniques fatiguées et recousent les blessures de pneus peu endurants.

Interdisant tout déplacement pendant plus de cinq ans, la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences vont freiner pendant de longues années l'essor des vacances. La situation reprend un aspect normal peu avant 1950, l'économie renouant avec son niveau d'avant-guerre. La reconstruction s'accélère, notamment dans la région ouest pratiquement dévastée, le réseau routier s'ouvre à nouveau à la circulation et les restrictions de pneumatiques ou de carburant s'estompent.

L'industrie automobile amorce sa croissance en produisant des véhicules bon marché (4CV Renault, 2CV Citroën). 57 % des départs en vacances s'effectuent désormais en voiture, mais le voyage se teinte toujours d'un parfum d'aventure : fiabilité incertaine des mécaniques, crevaisons à répétition.

A l'aube des années 60, croissance économique et hausse du pouvoir d'achat laissent déjà entrevoir la civilisation des loisirs. Les performances des véhicules augmentent, et le voyage devient trajet dominé par l'obsession de la moyenne. Peu à peu, il devient urgent d'administrer le flot, de flécher les itinéraires, de recommander le jour et l'heure de départ. Aoûtiens et juilletistes se croisent, se bousculent, s'impatientent et n'énervent parfois, mais tous ne rêvent que des prochaines vacances.

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