Sur le périphérique de Paris, non seulement la vitesse a baissé de 80 à 70 km/h, mais le nombre de cabines radars installées a plus que doublé, l'an dernier. Résultat : le nombre d'infractions repérées par les radars a plus que triplé en un an ! Pour l’ensemble 2014, « 461 596 messages d’infraction (Mifs) ont été relevés sur le périphérique contre 138 138 en 2013 (soit une multiplication par 3,5 environ) », ont ainsi précisé dans un communiqué conjoint la mairie de Paris et la Préfecture de Police ce lundi matin.

Comme évoqué d'entrée, cette progression est la conséquence logique de règles désormais bien connues pour ceux qui ont l'habitude d'analyser les chiffres du contrôle sanction automatisé (CSA), comme Caradisiac :

  • Les installations récentes sont généralement plus productives que les anciennes. Dit autrement, le rendement unitaire des cabines radars baisse dans le temps. On ne connait pas encore le détail, radar par radar, des statistiques pour 2014, mais il n'y a qu'à refaire un point sur celles déjà connues de 2013 pour comprendre facilement cette évolution.

Rappel - Statistiques des cabines du périphérique parisien en 2013

Nbre Date d'installation Lieu d'installation Nombre de messages d'infractions (Mifs) 2013
1 01/08/2013 Porte de la Chapelle - BP intérieur 34944
2 08/07/2013 Porte Dauphine - BP intérieur 20 576
3 04/11/2013 Sortie tunnel des Lilas - BP intérieur 13 355
4 04/11/2013 Porte d'Ivry - BP extérieur 4 627
5 04/11/2013 Porte de Vincennes - BP extérieur 4 189
6 16/12/2013 Porte d'Aubervilliers - BP extérieur 1 019
7 10/01/2004 BP - PANTIN 17 961
8 13/02/2004 BP - PORTE PASSY 9 742
9 14/02/2004 BP - CLICHY 8 790
10 24/01/2004 BP - QUAI D'IVRY 7 089
11 06/10/2005 BP - PORTE CHAMPERRET 6 665
12 10/01/2004 BP - CHATILLON 4 995
13 06/10/2005 BP - PORTE DE SEVRES 3 324

Source : selon les statistiques CSA officielles pour 2013 du ministère de l'Intérieur.


    Les statistiques des 6 cabines (en italique dans le tableau ci-dessus) installées dans le courant de 2013 – et ce alors même que la majorité d'entre elles ne sont entrées en production qu'à la toute fin de l'année – sont ainsi bien plus élevées que celles des 7 installations les plus anciennes. Pour toute l'année 2013 les premières ont donc enregistré 78 710 déclenchements, contre 58 566 flashs « seulement » pour les secondes (qui sont pourtant une de plus).D'ailleurs, dans la même logique, ces 7 cabines les plus vieilles ont fait beaucoup moins bien en 2013 qu'en 2012 (comme précisé dans notre tableau ci-dessous) :
Nbre Lieu d'installation Chiffres 2013 Chiffres 2012
1 BP - PANTIN 17 961 11 243
2 BP - PORTE PASSY 9 742 16 156
3 BP - CLICHY 8 790 9 841
4 BP - QUAI D'IVRY 7 089 9 805
5 BP - PORTE CHAMPERRET 6 665 19 113
6 BP - CHATILLON 4 995 6 998
7 BP - PORTE DE SEVRES 3 324 13 432
Total des 7 cabines les plus anciennes 58 566 86 588

Source : selon les statistiques CSA officielles pour 2012 et 2013 du ministère de l'Intérieur.


  • La baisse de la vitesse limite a généralement pour effet de booster la rentabilité des radars fixes. Là encore, le détail des chiffres pour 2014 n'est pas encore connu. Mais un retour en arrière sur des cas similaires est tout aussi éclairant. Prenons un exemple concret, celui de l'une des stars de 2013, puisqu'elle était la 3e cabine la plus flasheuse de France. Il s'agit du radar fixe de Givors sur l'autoroute A47, dans le Rhône (69). En 2012, la vitesse autorisée y était de 110 km/h à sa hauteur, et l'appareil n'avait guère dépassé les 21 000 messages d'infraction (Mif). Mais en 2013, alors que la vitesse limite a été abaissée à 90 km/h, le nombre de flashs a bondi à près de 119 000 ! Y a pas photo, comme on dit...


Maintenant si pour la règle générale, la communication du jour des autorités parisiennes n'est ni surprenante ni difficile à comprendre, dans le détail, les précisions données ont de quoi déconcerter. On nous dit ainsi que « le nombre de radars installés sur le périphérique » est passé « de 7 à 16 entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2014 ». Mais pourquoi ne pas s'intéresser au nombre de radars en service au 31 décembre 2013 – plutôt qu'au 1er janvier ? On compare pourtant le nombre de flashs 2013, soit décomptés du 1er au 31 décembre (inclus), à celui de 2014 !

Or, selon les statistiques transmises l'an dernier par le ministère de l'Intérieur, notamment à Caradisiac (et reproduites dans notre premier tableau ci-dessus), on peut facilement se rendre compte que le nombre de cabines installées sur le périphérique de Paris en 2013 n'était ni de 7, ni éventuellement de 6. Au 31 décembre 2013, il y avait ainsi 13 cabines en service, dont certes quatre mises en route dans les tout derniers jours de l'année.

Et au 1er janvier 2013 ? A priori, il n'y en avait de toute façon pas seulement 7 mais 8 ! Les 7 de notre tableau ci-dessus, opérationnelles depuis 2004 et 2005, plus une autre qui a depuis disparu des écrans radars... L'automate en question, positionné à la porte de Bagnolet, ne fait en effet plus partie des statistiques officielles. Mais au 31 décembre 2012, il était encore bien présent. C'était même le champion du périphérique parisien avec 22 823 flashs à son actif !

La préfecture de Police, responsable de la rédaction de cette partie sur les radars, n'a pas encore répondu à notre demande d'éclaircissement. En attendant, ne faisons pas dans le détail, et retenons qu'en 2014, le nombre de photos prises par les radars du périphérique parisien a plus que triplé, en passant de 138 000 à plus de 461 500 flashs. Pour le reste des annonces officielles livrées dans le cadre de ce premier bilan sur l'abaissement de la vitesse limite de 80 à 70 km/h sur le périphérique parisien, elles paraissent pour le moins prématurées. C'est bien simple, pour l'heure, les améliorations revendiquées en matière d'accidentologie et de pollution ne reposent sur aucunes données permettant de conclure à des tendances aussi tranchées.