"Faisabilité technique prouvée" : des milliers d'automobilistes empruntent sans le savoir cette route qui peut charger les batteries en roulant
Sur un tronçon de l'A10, des essais grandeur nature viennent de valider un système de recharge par induction ultra-puissant. Fini les batteries XXL et les arrêts à répétition : camions et voitures pourraient un jour faire le plein d'énergie directement en roulant. Les prémices d'une révolution du voyage en électrique?

Ils l'ignorent, mais des milliers d’automobilistes empruntent chaque jour un tronçon d’autoroute à la conception totalement futuriste, puisque capable de procéder à la recharge de véhicules électriques tout en roulant ! Sur 1,5 km de l’A10, en amont du péage de Saint-Arnoult dans le sens Paris-Province, ont été installées l’an dernier, à une dizaine de centimètres sous la chaussée, quelques 900 boucles magnétiques en cuivre permettant d’alimenter des batteries électriques selon le principe de l’induction.
"Le système inductif installé est capable de transférer des puissances instantanées supérieures à 300 kW et des puissances moyennes supérieures à 200 kW", explique Vinci Autoroutes, qui a mené les essais en partenariat avec Electreon, Vinci Construction, l’Université Gustave Eiffel et Hutchinson.
Le but de l’opération : valider le bon fonctionnement d'un système qui, avec une puissance de l’ordre de 200 KW, permet de gagner un kilomètre d'autonomie par kilomètre parcouru pour un poids lourd et deux à trois kilomètres d'autonomie par kilomètre parcouru pour un véhicule léger.
Bilan concluant

Durant plusieurs mois en 2025, trois véhicules prototypes (camion, minibus et voiture) équipés de récepteurs placés sous les châssis ont multiplié les passages sur cet axe, ce qui a permis de réaliser des évaluations mécaniques, thermiques (est-ce que l’échauffement des bobines pourrait-il dégrader la chaussée ?) et électromagnétiques (Quid d’éventuelles interférences ? Quid de l’exposition des hommes ?).
Un an plus tard, Caradisiac a contacté Vinci Autoroutes pour tirer le bilan de ces tests. "On a pu démontrer l’efficacité des transferts énergétiques", commente Pierre Delaigue, Directeur Innovation chez Vinci autoroutes. "L’interopérabilité entre véhicules est totale, car le système peut recharger tous les types de véhicules. Les cibles techniques initiales du projet ont été atteintes : des niveaux de puissances transférées au-dessus de 200 KW, des émissions électromagnétiques qui ne créent pas d’enjeux d’interférence ou d’exposition électromagnétiques, et des efficacités du transfert par induction conformes aux cibles."
L’un des avantages du système, s’il venait à se généraliser, est qu’il laisse espérer une autonomie quasi-illimitée et des temps de trajet fortement raccourcis. De plus, cela permettrait de contenir l’emprise foncière des stations de recharge, appelées à se généraliser au bord des autoroutes dans les années qui viennent. Enfin, s’ajouterait à cela une meilleure gestion des ressources du fait de la limitation de la capacité des batteries : il serait alors inutile d’embarquer des "parpaings" de plusieurs centaines de kWh (sur les camions) pour voyager loin. Et les voitures pourraient elles aussi se contenter d'accumulateurs de taille réduite.
Rendez-vous en 2030

Reste qu’aussi prometteuse soit-elle, cette route électrique ne se généralisera pas demain. Des améliorations techniques sont encore possibles, et il faut surtout en réduire les coûts, estimés entre 2 et 3 millions d’euros par kilomètre et par sens de circulation pour équiper une autoroute. "On est actuellement plutôt dans la fourchette haute, et notre ambition est d’arriver en bas de cette fourchette", commente Pierre Delaigue. "Tout est bien à la cible, même si on peut encore améliorer, notamment la distribution électrique depuis le réseau public, qui se fait via une sous-distribution électrique en bord de route. Les résultats valident la faisabilité technique de la recharge en roulant !"
Des expérimentations vont donc se poursuivre, et Vinci Autoroutes donne rendez-vous au début des années 2030 pour la création d’un corridor de plusieurs dizaines de kilomètres permettant des essais longue distance. "C’est une démarche complémentaire à celle des bornes, et sa faisabilité technique est validée."
L’entreprise estime que 36 milliards pourraient couvrir 9 000 km de linéaire d’ici 2035, et que 40 à 50 000 km suffiraient à l’échelle européenne. L’investissement pourrait être amorti en une trentaine d’années par le jeu du prolongement des concessions, enjeu vital pour les sociétés comme Vinci Autoroutes, à quoi s’ajouterait la revente de l’électricité aux usagers.
Reste à convaincre les acteurs du monde du transport de bien-fondé d’un tel système : "Ce sont les transporteurs routiers qui pourraient initier le mouvement, en exigeant des constructeurs des véhicules équipés de technologies d’induction." Le monde du poids lourd serait donc à la manœuvre, mais nul doute que le secteur automobile, pour lequel l’enjeu des grosses batteries revêt une dimension absolument cruciale, serait lui aussi rapidement séduit par le potentiel de cette "route qui recharge."





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