« La permacrise est le nouveau normal mondial », le Président de Michelin plaide pour un retour urgent de la compétitivité
Face à un environnement macroéconomique de plus en plus agressif, entre retour du protectionnisme et offensive des concurrents asiatiques, Florient Menegaux, Président du groupe Michelin, livre un diagnostic sans concession et trace les contours d’un sursaut industriel nécessaire pour la France et l’Europe.

Florient Menegaux, Président de Michelin a choisi de prendre la parole depuis le centre d’essai d’Almeria en Espagne. Le lieu n’est pas fortuit. Vingt ans après y avoir dévoilé le pneu Primacy 2, le géant clermontois y teste aujourd’hui ses technologies de pointe pour les conditions les plus extrêmes.
Au-delà des performances techniques, le patron de Michelin dépeint avec « anxiété » un diagnostic de l’industrie européenne. Choc de compétitivité, refonte du système éducatif, urgence de la cohésion sociale et avenir des usines françaises, le dirigeant livre un plaidoyer lucide et musclé en faveur de l’audace, du goût du risque et d’une adaptation radicale face au « nouveau normal » planétaire. Une prise de position sous forme d'appel à un an de la présidentielle en France.
Géopolitique et « permacrise », comment naviguer dans la tempête
« Nous sommes passés dans l’ère de la « permacrise », de la crise permanente. L’événement improbable qui survenait une fois par décennie est devenu notre quotidien. Nous faisons face au grand retour de la politique et de la géopolitique dans l’économie. Le risque géopolitique, les barrières douanières, les réglementations complexes… Tout cela s’est installé en haut de la pile des préoccupations. Ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz va avoir des impacts plus fort que lors du déclenchement de la guerre en Ukraine.
À cela s’ajoute une concurrence asiatique d’une intensité inédite, notamment indienne et chinoise, qui s’engouffre sur le marché européen alors que nous faisons face à des asymétries de règles flagrantes. Face à ce « nouveau normal », se contenter de gérer nos acquis ou de brandir notre titre de leader mondial ne suffit plus. Si on n’avance pas, on meurt. »
Le tabou de la compétitivité globale
« La compétitivité globale. C’est une notion dont nous ne parlons pas assez, voire pas du tout, en France et en Europe. C’est pourtant un sujet central, si nos sociétés veulent rester dans la course. Il y a la compétitivité prix, celle qui permet d’être dans le marché par rapport à nos concurrents. Cela inclut le coût du travail, les strates de taxes, la fiscalité… Et il y a une autre composante indispensable : la compétitivité hors prix. Cela englobe notre capacité à innover, à créer des écosystèmes créatifs et à offrir un niveau de service unique au client. Il faut de toute urgence ouvrir ce débat de manière pragmatique, la compétitivité n’est pas un drame elle est indispensable. »
Le capital humain au cœur de la performance
« La cohésion sociale et la compétitivité sont les deux faces d’une même pièce : une société fragmentée perd sa capacité à être compétitive. Notre véritable force, c’est notre capacité à faire vivre et travailler ensemble des individus de cultures et d’horizons totalement différents vers un objectif commun. Par ailleurs, nous constatons partout une montée en flèche de l’anxiété collective et des enjeux de santé mentale. Chez Michelin, nous prenons cela très au sérieux avec des lignes d’écoute et des enquêtes managériales profondes pour agir là où c’est nécessaire. Une entreprise qui n’écoute pas est une entreprise fragile. »
Un projet collectif commun
« Pour rebâtir un projet collectif et redonner de l’espoir, il nous faut un projet de société optimiste. Pour avancer, il faut accepter de marcher, c’est-à-dire accepter un déséquilibre temporaire, croire en soi et réapprendre à oser. Retrouver le goût du risque.
Il faudrait par ailleurs instaurer un cadre réglementaire équitable. L’Europe ne peut pas être un marché totalement ouvert où tout le monde entre sans respecter les mêmes règles. Il nous faut de la stabilité, de la simplicité, moins de lourdeur sur la production et des règles du jeu basées sur la performance attendue des produits.
Nous avons besoin d’un système éducatif performant. La chute des classements sur l’enseignement de base en France est très préoccupante. L’entreprise peut et doit jouer un rôle de formation tout au long de la vie, mais les savoirs fondamentaux et scientifiques doivent être solides dès le plus jeune âge.
Enfin il faut repenser le financement de l’économie. C’est le nerf de la guerre. L’Europe n’est pas au niveau sur les financements de longue durée capables de soutenir l’innovation, depuis la recherche fondamentale jusqu’à la mise sur le marché. »
Maintien de l’ancrage français
« La France est le pays d’origine de Michelin, notre ancrage y est historique et affectif. Mais il faut regarder la réalité en face. Il faut être compétitif et savoir s’adapter à la vitesse du monde, qui a largement accéléré avec l’intelligence artificielle. La France est devenue notre premier centre de recherche mondial, la matière grise et la haute valeur ajoutée y croissent fortement. Notre boussole ne change pas. »
En liant performance économique, urgence éducative et cohésion sociale, Florent Menegaux trace la feuille de route d'un projet de société optimiste. Un message politique à l'attention des futurs candidats à la prochaine présidentielle.




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