Stellantis: Comment l’usine d’Hordain résiste à la concurrence et appréhende l'avenir
Alors que Stellantis doit faire face à une concurrence asiatique grandissante et relever le défi de l’électrification des VUL, l’ancien site de Sevelnord, dans le Nord, joue la carte de la flexibilité et la personnalisation pour rester dans la course. Plongée au cœur de la production.

Cœur battant de Stellantis Pro One, la division dédiée aux véhicules utilitaires légers (VUL) du géant automobile, le site de production d’Hordain a dû réaliser sa mue pour résister à la concurrence.
Avec 150 999 véhicules sortis des chaînes en 2025, l’usine s’affirme comme la tour de contrôle européenne de la plateforme moyenne (K-Zero). 2 643 salariés répartis en trois équipes (dont une de nuit) font tourner cette cathédrale industrielle en proie aux concurrences asiatiques, mais aussi internes (Tofas en Turquie) aux coûts de main-d’œuvre très inférieurs.

L’orfèvrerie industrielle du flux tendu
Au milieu des zozotements syncopés des 475 bras robotisés, un « do » sonore s’élève. Un opérateur appelle un superviseur d’un tintement presque poétique au cœur du fracas industriel, sans que cela ne perturbe le tempo de l’atelier de ferrage de l’usine d’Hordain. Il convient ici de tenir la cadence.
Avec une autonomie de stocks limitée à un jour et demi, l’usine travaille en flux tendu permanent. Le moindre problème de livraison et c’est toute l’unité de production que s’arrête. D’où l’idée d’émanciper et de robotiser le site de stockage, sous la houlette de Julien Monclin, le nouveau directeur venu apporter son expertise d’optimisation acquise à l’usine de Sochaux.

Un Hub de production polymorphe
Le site produit en moyenne 620 à 630 véhicules jours, dont 90 partent quotidiennement en train pour irriguer les concessions et grands flottes européennes. L’usine produit modèles de ces marques propres (Citroën Jumpy/Spacetourer; Fiat Scudo/Ulysse; Opel Vivaro/Zafira Life; Peugeot Expert/traveller, Vauxhall) mais également pour Toyota (ProAce) et Iveco (eJolly) dérivé de la plateforme commune K0. Si 84 % de la production est thermique (diesel) l’électrique tient une part grandissante d’une production constituée pour deux-tiers de VUL. Le tiers restant étant dédié au transport de passagers (combis, navettes).
L’usine alimente aussi une importante activité CKD (Completely Knocked Down). Hordain produit, ferre et peint les éléments de carrosserie avant de les expédier en pièces détachées vers l’Uruguay, où 40 véhicules par jour sont réassemblés pour le marché sud-américain. Mais le véritable joyau du site, se joue loin des chaînes de montage.

L’arme de conquête du Custom Fit Center
Le centre névralgique du site s’apparente à un atelier de haute couture. Le Custom Fit Center, le programme de sur-mesure d’usine, est devenu un atout de valeur ajoutée majeur. Hordain est la seule unité du groupe à proposer une personnalisation de véhicules (VUL et VP) directement en sortie de chaîne. Un utilitaire sur deux produits dans l’usine passe par cet atelier.
En proposant des véhicules pré-aménagés directement disponibles sur stock -sans devoir attendre de longues semaines chez un carrossier tiers- stellantis répond à une demande forte des professionnels. Même celles très spécifiques de la Police Nationale et de la Gendarmerie.

L’avenir en question
Alors que la Business Unit Pro One fête ses trois ans d’existence – en étendant son ombre jusqu’aux pick-up internationaux comme le Peugeot Landtrek ou la gamme armée de véhicules à usage spécifique –, Hordain s’inscrit au cœur des nouvelles offres du groupe. Avec le lancement de services comme Pro One Next, qui garantit aux professionnels une utilisation à 100 % de leur outil de travail grâce à la maintenance prédictive (déjà déployée en Grande-Bretagne et aux États-Unis), l’usine du Nord s’inscrit comme le laboratoire mondial Stellantis du véhicule utilitaire moderne.
Si pour l’heure tous les signaux semblent au vert, l’intervention d’Antonio Filosa, le CEO du groupe, en juillet 2025, laisse planer quelques doutes quant au futur. Le boss a pointé le manque de vigueur du marché des utilitaires électriques et le risque de lourdes amendes, pouvant menacer la pérennité d’usines comme Hordain. Pas de quoi dissiper la crainte d’une réorganisation. La fermeture du site historique de Poissy après 90 ans d’activité hante les esprits.
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