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Toni Musulin : retour sur le « Casse du siècle », le Kangoo et la cavale avortée

Un matin de novembre 2009, Toni Musulin, convoyeur de fonds à Lyon, fausse compagnie à ses collègues... Il prend la fuite à bord du fourgon Mercedes dans lequel viennent d'être amassés 11,6 millions d'euros. Un braquage sans la moindre violence que l'on surnommera le « Casse du siècle ». 

Toni Musulin : retour sur le « Casse du siècle », le Kangoo et la cavale avortée
Le 5 Novembre 2009, Toni Musulin, employé d'une société de convoyage de fonds, fausse compagnie à ses collègues puis disparaît des radars durant 11 jours - Crédit MaxPPP

« J’adore quand un plan se déroule sans accroc ! » Ce gimmick d’Hannibal Smith, le chef de bande de la série TV Agence tous risques, trottait sans doute dans la tête de l’intéressé depuis plusieurs mois. Sauf qu'après-coup, Toni Musulin en a pleinement conscience : son plan à lui n'a pas franchement fonctionné comme prévu… 

C'était il y a bientôt 17 ans. Le matin du 5 novembre 2009, à Lyon, le camion Mercedes de la société Loomis, un Vario 815D, vient de charger la somme de 11,6 millions d'euros à la succursale de la Banque de France. La procédure interne prévoit, dans le cas d'un tel montant, que le véhicule se dirige ensuite directement au centre-fort.

Sauf qu'au volant, Toni Musulin, 10 ans d'ancienneté sans écarts, décide étrangement de passer outre la consigne de ses supérieurs. Il convainc ses collègues Didier et Philippe, plus récemment arrivés dans la boîte, que l'équipage peut profiter de la tournée du jour pour faire un arrêt intermédiaire dans un dépôt situé rue Paul Duvivier, dans le 7e arrondissement, afin de récupérer d'autres sacs remplis de billets.

Un casse en douceur

C'est rue de Montagny, à Lyon, que Toni Musulin a stoppé le fourgon de transport de fonds avant de disposer les sacs de billets présents dans la cellule forte dans un Renault Kangoo garé à proximité - Crédit Maxppp
C'est rue de Montagny, à Lyon, que Toni Musulin a stoppé le fourgon de transport de fonds avant de disposer les sacs de billets présents dans la cellule forte dans un Renault Kangoo garé à proximité - Crédit Maxppp

C'est là que le convoyeur de 39 ans met son plan longuement mûri à exécution. Il est un peu plus de 10 heures. Tandis que Didier et Philippe sortent du fourgon blindé quelques minutes le temps de récupérer l'argent dans les locaux de l'entreprise désignée, Toni Musulin en profite pour leur fausser compagnie. Le tout sans violence, à la Spaggiari, et presque silencieusement, au volant du véhicule de service. Et bien entendu avec les 11,6 millions d'euros à l'intérieur... Un parfum de braquage aussi audacieux qu'inédit.

Le conducteur en fuite coupe aussitôt le système de géolocalisation et rejoint la rue de Montagny, à deux kilomètres de là. C'est ici qu'il va stopper le fourgon, se mettre en warning et ouvrir la porte arrière grâce à la carte magnétique subtilisée à un troisième collègue le matin-même.

Sans se soucier alors de savoir s'il éveille ou non la curiosité des passants, il va déplacer à l'arrache les 51 sacs de billets (présents dans la cellule forte) à l'arrière d'un Renault Kangoo garé à proximité. C'est un Kangoo blanc neuf, de génération II phase 1 avec une quarantaine de kilomètres au compteur. L'enquête révélera qu'il a loué l'utilitaire le 3 novembre dans une agence de location de Villeurbanne, près de son domicile.

L'enquête révélera aussi qu'il s'agissait en fait du deuxième Kangoo loué par Toni Musulin en quelques jours dans la même agence. Le premier avait été endommagé par l'incendie d'un véhicule tiers devant chez lui. La poisse quoi... Sur les recommandations de l'agence, il avait même dû se résoudre à aller porter plainte avant d'en louer un autre...Pour rester discret à la veille d'un braquage, il y avait sans doute mieux...

Le butin dans le Kangoo

Au volant du Kangoo de location qu'il a loué deux jours avant le vol, le convoyeur se dirige vers sa planque, un box situé rue de Vienne - Crédit Maxppp
Au volant du Kangoo de location qu'il a loué deux jours avant le vol, le convoyeur se dirige vers sa planque, un box situé rue de Vienne - Crédit Maxppp

Toujours est-il que le convoyeur est maintenant à bord de la fourgonnette Renault. Dans son élan en revanche, il a oublié d'éteindre le moteur du camion Loomis... Il semble uniquement se focaliser sur la planque qu'il a envisagée. Cette planque est en fait un box situé dans la rue voisine, rue de Vienne, qu'il a loué plusieurs mois auparavant sous une fausse identité. Dans ce box souterrain où il s'engoufre ce 5 novembre, il a édifié un faux-mur derrière lequel il a projeté de venir glisser son butin.

Pendant ce temps, ses deux collègues sont ressortis du dépôt de la rue Duvivier, éberlués... Ils ont essayé de joindre Toni par téléphone, par talkie, puis ont alerté leur hiérarchie. Ils ont signalé la disparation de leur fourgon et de Toni, quelqu'un qu'ils considèrent et qu'ils jugent fiable. Tout le monde pense à cet instant que ce dernier a été braqué et pris en otage. La thèse, plausible, va néanmoins tourner court...

12h30. Deux heures après le vol, un équipage de police retrouve le véhicule de transport de fonds. Dans la foulée, au 4 de la rue Louis-Braille, à Villeurbanne, le domicile de Toni Musulin est perquisitionné. Surprise, le logement a été entièrement vidé, ce qui laisse à penser aux enquêteurs que le convoyeur n'est pas otage mais plutôt l'instigateur et l'auteur du vol.

La fuite à moto

A Lyon, le quartier où le fourgon a été découvert est bouclé. Il y a des flics partout. Le convoyeur, qui s'était accordé un casse-croûte à l'extérieur avant de faire passer les liasses de billets une à une à travers l'ouverture du faux-mur de son box, est quitte pour écourter sa pause sandwich. Trop risqué de traîner plus longtemps dans le coin... Il enfourche alors sa moto de location, une BMW F-800 avec un top case de 46 litres, et décide de quitter Lyon pour l'Italie.

Deux premiers jours passent sans qu'on ne sache où est passé le convoyeur et principal suspect du braquage. Mais l'enquête avance un peu le 7 novembre. Entre épluchage de relevés téléphoniques et enquêtes de voisinage, les policiers finissent en effet par déterminer l'endroit où le convoyeur a caché le Kangoo et l'argent.

Dans le box, le Kangoo n'a pas bougé d'un iota, et pour cause, Musulin n'en a pas eu le temps. A l'intérieur du VUL pourtant, le compte n'y est visiblement pas. Seuls 9,1 des 11,6 millions d'euros chargés à la Banque de France sont retrouvés. Il manquerait ainsi 2,5 millions d'euros au butin...

Où est donc passée cette somme ? Le mystère, à l'époque comme à ce jour, reste total. Le suspect a-t-il dissimulé une partie des liasses restantes dans le top case de la moto ? Est-il allé planquer ce fric ailleurs en France ou en Europe, en Croatie ou en Serbie par exemple où il a des attaches familiales ?

Beaucoup de fantasmes alimentent aujourd'hui encore le « Casse du siècle » et le parcours de Toni Musulin à cette époque, aussi bien dans les mois et semaines précédents le braquage que dans les 11 jours de cavale qui ont suivi.

Break Peugeot et...Ferrari F430

Toni Musulin, parallèlement à sa condamnation pour vol, a été condamné pour tentative d'escroquerie suite à une fausse déclaration liée au vol supposé de sa Ferrari en mai 2009 - Crédit Wikipedia Commons
Toni Musulin, parallèlement à sa condamnation pour vol, a été condamné pour tentative d'escroquerie suite à une fausse déclaration liée au vol supposé de sa Ferrari en mai 2009 - Crédit Wikipedia Commons

Quoi qu'il en soit, cet « homme normal », comme il le dit lui-même, cet employé ordinaire devenu braqueur « modèle »  ultra-médiatisé, celui que des « fans » sortis de nulle part qualifiaient entre autres de « Robin des Bois », a tenu rapidement à se rendre, comme résigné.

Le 16 novembre 2009, il est revenu à moto de son escapade a minima italienne,  a effacé la carte mémoire du GPS, puis s'est présenté au commissariat de Monaco. Juste avant, il s'était recueilli un long moment dans l'église locale de Sainte-Dévote.

Transféré aux autorités françaises, il s'est montré relativement peu disert face aux enquêteurs de la police judiciaire. S'il a reconnu le détournement du fourgon de transport de fonds, il n'a toutefois rien dit sur l'éventuel reste du magot. Il a affirmé ne rien savoir à ce sujet... A l'issue de sa garde à vue, il a été mis en examen et incarcéré.

Mai 2010. Son procès s'est déroulé devant le Tribunal correctionel de Lyon. Au terme de l'audience, Toni Musulin a été condamné à cinq ans de prison pour vol* et tentative d'escroquerie à l'assurance. La tentative d'escroquerie concerne un fait préalable, en l'occurence une fausse déclaration pour vol de véhicule. 

En mai 2009, l'employé aux revenus mensuels de 1700 euros nets, qui venait au travail à vélo et roulait en vieux break Peugeot 406 sur son temps libre, avait en effet déposé plainte pour un supposé car-jacking dont il avait été victime à bord de son autre voiture, un modèle peu banal. Il s'agissait d'une Ferrari F430 rouge, la sienne a priori, un bolide de 500 chevaux avec lequel il s'était rendu potentiellement en Serbie et qu'il avait acheté aux enchères l'année précédente pour environ 110 000 euros. 

Depuis l'histoire de cette Ferrari et celle du casse, de l'eau a coulé sous les ponts... Toni Musulin est sorti de prison en septembre 2013 après avoir purgé l'essentiel de sa peine à la Maison d'Arrêt de Lyon-Corbas. Il a passé la plus grande partie de son incarcération à l'isolement afin d'éviter les pressions de co-détenus avides d'en savoir plus sur les fameux 2,5 millions d'euros manquant à l'appel. 

 

* Le prévenu a été condamné également, lors d'une seconde audience en 2011, à verser plus de 261 000 euros de dommages et intérêts à son ancien employeur, la société Loomis. 

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