Caradisiac utilise des cookies pour assurer votre confort de navigation, à des fins statistiques et pour vous proposer des services adaptés. En poursuivant votre navigation, vous en acceptez l'utilisation. En savoir plus

Publi info
 

80km/h sur route: le gouvernement en pleine salade de chiffres

Dans Pratique / Sécurité

Mardi prochain, le gouvernement devrait officiellement entériner la baisse des limitations de vitesse de 90 à 80 km/h sur une partie du réseau secondaire. Seulement voilà, les chiffres justifiant cette mesure sont soit fantaisistes, soit inaccessibles! La grogne monte jusqu'au Sénat.

80 km/h sur route, c'est pour demain. Il serait maintenant judicieux pour les pouvoirs publics d'expliquer sur quelles données tangibles  s'appuie ce choix.
80 km/h sur route, c'est pour demain. Il serait maintenant judicieux pour les pouvoirs publics d'expliquer sur quelles données tangibles  s'appuie ce choix.

Sauf rebondissement de dernière minute, le Comité interministériel de sécurité routière (CISR) organisé le mardi 9 janvier prochain validera l’instauration du 80 km/h sur le réseau secondaire. Cette mesure, qui concerne potentiellement 400 000 kilomètres de routes bidirectionnelles sans séparateur central que compte le réseau routier national, devrait permettre de sauver plusieurs centaines de vies par an, ce dont on ne peut que se féliciter.

Pour autant, la pilule reste difficile à avaler pour des automobilistes qui y percevront à la fois une atteinte supplémentaire au plaisir de rouler (déjà faible à 90 km/h) et, surtout, un moyen pour l’Etat de faire fonctionner encore davantage ses radars automatiques.

Un sacré travail de pédagogie apparaît donc nécessaire dans les mois qui précéderont l’application de cette limitation, et celui-ci commence par l’argumentaire que la Sécurité routière a envoyé en décembre aux préfets pour préparer le terrain, dont Caradisiac s’est plusieurs fois fait l’écho. Parmi les éléments de langage, celui-ci nous a particulièrement intéressés : « À 90 km/h la distance d’arrêt est de 81 mètres, c’est-à-dire 25 mètres de distance parcourue pendant le temps de réaction, ainsi que 56 mètres de distance de freinage. » Des chiffres pour le moins fantaisistes.

A 90 km/h, une Clio met moins de 44 mètres à s'arrêter, temps de réaction compris. Des chiffres validés par la Sécurité routière elle-même en 2016. Deux ans plus tard, les pouvoirs publics nous parlent de 81 mètres pour justifier l'instauration des 80 km/h sur route...
A 90 km/h, une Clio met moins de 44 mètres à s'arrêter, temps de réaction compris. Des chiffres validés par la Sécurité routière elle-même en 2016. Deux ans plus tard, les pouvoirs publics nous parlent de 81 mètres pour justifier l'instauration des 80 km/h sur route...

La Sécurité routière table en effet sur un temps de réaction d’une seconde, soit 25 mètres parcourus à 90 km/h, ce qui est déjà un peu long. Surtout, à celle-ci s’ajouterait une distance de freinage de 56 mètres, valeur qui ne correspond en rien à la réalité. Et ça, ce n’est pas Caradisiac qui le dit mais…la Sécurité routière elle-même dans une étude validée par elle-même et disponible sur son site, qui figure en pièce jointe de cet article ou que vous pouvez consulter en cliquant ici.

Lors de ces tests de freinages comparés entre une moto et une voiture,  il avait été établi que la distance d’arrêt moyenne, en comptant moins d’une demi-seconde de temps de réaction, s’établissait à moins de 44 mètres, soit presque deux fois mieux  que ce qu’annonce la propagande ministérielle. Précisons que ces valeurs étaient obtenues non pas avec un modèle de compétition doté de freins ultra-mordants, mais avec une Renault Clio qui est la voiture la plus vendue en France. L’écart entre ces 44 mètres et les 81 mètres « officiels » s’établit à 37 mètres, soit la longueur de… neuf citadines les unes derrière les autres !

Selon Michelin, société dont on peut penser qu'elle sait de quoi elle parle, la distance de freinage à 100 km/h s'établit à 34 mètres. Les pouvoirs publics, eux, parlent de 56 mètres à 90 km/h...
Selon Michelin, société dont on peut penser qu'elle sait de quoi elle parle, la distance de freinage à 100 km/h s'établit à 34 mètres. Les pouvoirs publics, eux, parlent de 56 mètres à 90 km/h...

On pourra aussi nous objecter, à raison, que les tests évoqués ici étaient réalisés sur circuit dans des conditions différentes de celles de la route. Du coup, nous nous sommes tournés vers la « littérature » établie par Michelin. Et là, surprise! Le leader mondial du pneumatique, dont on peut penser qu’il en connaît un rayon sur les distances de freinage, estime celle-ci à 34 mètres pour une voiture qui roule à 100 km/h, quand les pouvoirs publics, manifestement peu au fait des progrès réalisés par l’automobile ces trente dernières années, parlent de 56 mètres à 90 km/h... Même en ajoutant généreusement une seconde de temps de réaction (soit 28 mètres), on arrive à une distance d’arrêt totale de 62 mètres à 100 km/h (et non 90 km/h, répétons-le). Là encore, c’est bien moins que ce que nous annoncent les autorités, réduites à pratiquer l’intox pour nous convaincre du bien-fondé d’une mesure qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

..."les signataires vous demandent la production de [ces] résultats avant d'engager la généralisation de la réduction de la vitesse sur les routes départementales": remontés, nos sénateurs!
..."les signataires vous demandent la production de [ces] résultats avant d'engager la généralisation de la réduction de la vitesse sur les routes départementales": remontés, nos sénateurs!

Fait étonnant, la grogne monte aussi du côté des parlementaires. Nos confrères du Point se font aujourd’hui l’écho d’une lettre ouverte adressée par une cinquantaine de sénateurs, lesquels demandent au gouvernement plus de détails justifiant la baisse de la limitation de vitesse. Au cœur de la polémique, le refus des pouvoirs publics de communiquer les résultats d'une étude menée pendant deux ans sur trois tronçons de routes nationales (81 kilomètres en tout), dont les conclusions motiveraient à elles seules la baisse de la vitesse de 90 à 80 km/h. Or, personne n’a pu consulter ce document. Ce black out laisse à penser que les chiffres n’ont en réalité rien de bien concluant. Mais comme on l’a constaté plus haut, les données chiffrées n’ont dans ce dossier qu’une valeur toute relative…

DSR_KIT_PREFETS_REDUCTION_VMA_.pdfRapport_freinage_Moto-VP_Vfinale.pdf
Commentaires (113)

Déposer un commentaire

Pour déposer un commentaire, veuillez vous identifier ou créer un compte.

Identifiez-vous

Se connecter ou S'inscrire

Lire les commentaires

Par

Ce fera du boulot pour les hommes en jaune qui remplaceront les panneaux :bien: la seule bonne idée de cette future limitation :wink:

Par

Super ces études, démontrer que moins on roule vite, plus on s'arrête vite .

A ce moment là on pourrait rouler à 10km/h!

et on nous dit aussi que l'on va moins polluer...

mais baisser à 80 km/h ne repose sur rien de concret, sauf vouloir rentabiliser des voitures radars à venir.

et on oublie que rouler trop lentement favorise au minimum la perte de vigilance voire l'endormissement.

la plupart de nos routes nationales ne sont pas adaptées à rouler à 80km/h mais 90 est un mini.

Par

"Au cœur de la polémique, le refus des pouvoirs publics de de communiquer les résultats d'une étude menée pendant deux ans sur trois tronçons de routes nationales (81 kilomètres en tout), dont les conclusions motiveraient à elles seules la baisse de la vitesse de 90 à 80 km/h. Or, personne n’a pu consulter ce document. Ce black out laisse à penser que les chiffres n’ont en réalité rien de bien concluant. Mais comme on l’a constaté plus haut, les données chiffrées n’ont dans ce dossier qu’une valeur toute relative…"

Typique des politiciens : mensonge, propagande, magouille, etc...

Par

Regardez en bas de pages 3 du "kit préfets" les "sources" utilisées : un site perso free non modifié depuis 2004 !!

Le rapport du "Comité des experts" cité page 4 indique entre 200 et 1000 mort en moins en tout ... ça se transforme en 200 à 400 par an ...

Le titre suivants parle des autres pays et des résultats .. mais que le titre : rien sur les résultats dans le texte qui suit.

Ça a visiblement été fait à la va vite et vide de sens ...

Par

En réponse à ChristopheD92

Super ces études, démontrer que moins on roule vite, plus on s'arrête vite .

A ce moment là on pourrait rouler à 10km/h!

et on nous dit aussi que l'on va moins polluer...

mais baisser à 80 km/h ne repose sur rien de concret, sauf vouloir rentabiliser des voitures radars à venir.

et on oublie que rouler trop lentement favorise au minimum la perte de vigilance voire l'endormissement.

la plupart de nos routes nationales ne sont pas adaptées à rouler à 80km/h mais 90 est un mini.

Je suis complètement d'accord sur le fait que la somnolence au volant est source d'accidents. Et la somnolence est bien plus causée par l'ennui que génère une vitesse réduite, et par les assistances de toute sortes dont "bénéficient" les voitures modernes et qui coupent de plus en plus le conducteur de la "perception" de la route et de son état, qui est quand même à la base de la réalité de la conduite. L'argument de la "fatigue" est fallacieux.

Par

Tiens au passage, par hasard je suis tombé sur un de ces tronçons expérimentaux, à l’ouest d’Auxerre. Confirmation que c’est bien une vraie purge que de rouler à cette allure d’escargot.

Par

Je préférerais limiter les nationales à 100 km/h quitte a limiter le moindre virage dangereux à 60 km/h. C'est plus logique. Sinon on roule à 80 km/h partout ce qui peut être dangereux. Nombre de virages ne "passent" pas à plus de 70 km/h. Ça peut provoquer une monotonie dans la ligne droite. Le conducteur se met en mode "semi inconscients" et le moindre incident ou virage dangereux va le surprendre. Surtout qu'il se sentira pas en danger à 80. Permettre aux conducteurs de rouler plus vite de temps en temps va augmenter leur vigilance et les rendre plus alerte à l'approche des zones de danger. C'est bien connu, il y a moins d'endormissement sur les spéciales de rallye :areuh:

Par

Que la vitesse soit limitée à sur des départementales cela me semble pouvoir s'entendre, quand les voies sont étroites et sinueuses ou la visibilité réduite. Mais su des nationales rectilignes, cela n'a aucune justification sécuritaire, bien au contraire.

Quand au jackpot des radars ... il risque d'être explosé par le coût d'une telle mesure car il faudra bien payer le remplacement des panneaux et la facture devrait être salée !

Par

Et puisque vous évoquez les distances de freinage de la Sécutité Routière ou de Michelin, le premier site automobile n’aurait pas sa propre idée sur la question ? Jamais testé la distance d’arrêt d’une caisse à 90 km/h ? Vous allez me dire, jamais pesé une caisse non plus ....:bah:

Par

« La grogne monte jusqu’au Sénat ? Mais vous savez bien que le Sénat ne sert à rien .... au moins cette mesure fera t’elle entrer des sous dans les caisses. Pour payer les sénateurs et la chaine Public Sénat sue personne ne regarde.

Déposer un commentaire

Pour déposer un commentaire, veuillez vous identifier ou créer un compte.

Identifiez-vous

Se connecter ou S'inscrire