Il ne possèdait pas l'élégance désinvolte des "Gentlemen drivers", pas plus que le charme des jeunes pilotes capable d'émouvoir les jolies femmes. Avec sa silhouette tout en rondeur, ses cheveux rares et son air placide, il gagnait... tout simplement. Cinq fois champion du Monde de Formule 1, Juan Manuel Fangio, défiant le temps et les époques demeure la référence suprême, l'incarnation du Pilote de course.

Trente sept ans après sa dernière course, rien n'est venu ébrécher la légende. L'émotion reste intacte lorsque l'on retrouve l'image de cet homme solide, au torse puissant enserré dans sa fameuse chemisette marine et coiffé de son éternel casque marron légérement rejeté en arrière. Sous les lunettes, à pans coupés, l'intensité du regard gris acier n'exprime rien d'autre qu'une implacable volonté de vaincre. Impassible, toute son énergie semble se canaliser vers ses avant-bras de lutteur qui dominent, sans effort apparent, un imposant volant. Triomphant ou voguant dans l'adversité, Fangio ne modifie en rien son comportement. Il semble indestructible, invulnérable...

Résistance physique, intuition de la course, sens aigü de la mécanique, Fangio a sublimé toutes ces qualités au seul service d'une efficacité absolue. Un extraordinaire talent naturel allié à une une farouche détermination ne sauraient cependant tout expliqué. Débarquant en Europe, à un âge (37 ans) où les stars actuelles de la F1 songent à la retraite, Fangio possède à son arrivée la plus fabuleuse des expériences. En Argentine, il a appris à connaître la vie et les hommes, la misère et l'effort, mais aussi l'audace et la fureur de vaincre.

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