Dans le cadre de cette loi, il est déjà prévu d’étudier la possibilité de réserver une voie sur autoroute aux véhicules transportant plusieurs personnes.

Mais les députés vont aujourd’hui plus loin et ont adopté le 14 avril dernier un amendement demandant aussi d’évaluer la possibilité de pratiquer des tarifs dégressifs de péage, selon le nombre de personnes transporté à bord de chaque véhicule.


Le voici en citation :

"Projet de loi N° 2611 modifié par le Sénat, relatif à la transition énergétique pour la croissance verte

ART. 9 BIS

Compléter l'alinéa 5 par les mots :

« , en évaluant notamment l'opportunité de pratiquer une tarification des péages des autoroutes inversement proportionnelle au nombre de passagers présents dans un véhicule et de pratiquer un système de tarification préférentielle pour les véhicules considérés comme écologiques qui emprunteraient les voies d'autoroutes. »

Exposé sommaire :

Alors que les tarifs des péages des autoroutes sont de plus en plus conséquents, il est important de créer un système incitatif pour récompenser les usagers responsables.

Sur le modèle américain (High Occupancy and Toll / Occupation importante et péage), cet amendement propose de moduler les péages des autoroutes en fonction du nombre de passagers dans une voiture.

Ce dispositif permettrait ainsi de « décongestionner » certaines autoroutes, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, cette pratique encourage le covoiturage, mode de transport encore trop peu utilisé en France."


L’idée serait de moduler le prix du péage en fonction du nombre de personnes dans la voiture. Cela part d’un bon sentiment mais paraît difficile à mettre en place sans que cela coûte aussi à tout le monde.

Cette mesure, en effet, se pratique déjà aux USA et aurait pour but d’encourager l’autopartage, et de désengorger certaines autoroutes saturées, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Un bon sentiment donc. Mais…


Mais tout ne semble pas si rose pour l’association 40 millions d’automobilistes, qui monte au créneau et réagit, par la voix de son président Daniel Quero. Pour eux, cet amendement propose un système impossible à mettre en place, et potentiellement discriminatoire.


Pour l’association, il s’agira d’établir un tarif préférentiel pour certains usagers, mais certainement au détriment d’autres. Certainement pas faux quand on connaît les sociétés d’autoroute, elles ne sont pas prêtes à renoncer à une partie de leurs rentrées d’argent.


De plus de nombreuses questions se posent, et nous les partageons personnellement ici, à la rédaction :

  • Qui sera en droit de bénéficier de ces tarifs préférentiels ? Seulement les covoitureurs ? Les membres d’une même famille feront-ils bénéficier le conducteur d’une réduction ? Les enfants seront-ils comptés comme des passagers à part entière ?
  • Par ailleurs, comment procéder au comptage ? Du personnel aux barrières ? Des systèmes automatiques à mettre en place ? Quel système serait choisi et quel serait son coût, potentiellement (et même sûrement) répercuté sur tous les autres usagers ?


Bref, beaucoup de question. Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes, s’indigne :

"Comment peut-on adopter un amendement aussi fou ? La mise en place d’un tel système pour vérifier le nombre de personnes dans chaque voiture coûtera des millions d’euros aux usagers de la route. Ne va-t-on pas tirer de leçon de l’écotaxe poids-lourds qui a été abandonnée il y a quelques mois ?"


Vous l’aurez compris, l’association s’oppose fermement à cet amendement et demande aux sénateurs de le supprimer purement et simplement. De notre côté, il faudrait des éclaircissements et explications pour bien comprendre comment cela fonctionnerait. En l’état, ça a effectivement l’air difficile à mettre en œuvre.