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Pourquoi moins les entreprises achètent de voitures, plus leur flotte paraît "verte" 

Dans Flottes auto / Mobilité pro

Lionel Bret

À première vue tous les voyants sont au vert. La transition énergétique des entreprises française se présente comme un immense succès. Sur les cinq premiers mois de l’année, la part des véhicules électriques en flottes explose, jusqu’à représenter un tiers des mises à la route (VP + VUL). Mais derrière ces chiffres spectaculaires la réalité est plus contrastée.

Pourquoi moins les entreprises achètent de voitures, plus leur flotte paraît "verte" 
Le coût de la recharge en itinérance reste encore un, frein pour la transition énergétique des flottes @La Voix du Nord Maxppp

Depuis cette année, l’État impose aux entreprises ayant plus de 100 véhicules en flotte de verdir leur parc véhicules. La loi les oblige à intégrer 20 % de modèles à faibles émissions dans le renouvellement de leur flotte. En deçà de ce quota, l’entreprise s’expose à une taxe annuelle incitative (TAI) de 4 000 € par véhicule propre manquant.

Mais l’acquisition d’une voiture électrique polyvalente reste plus onéreuse que son équivalent thermique, sans pour autant lever toutes les incertitudes quand à son rayon d’action et le co^^ut élevé de la recharge en itinérance. Une réalité terrain encore plus visible pour les SUV, dont seulement 16,1 sont électrifiés. Passer à l’électrique coûte cher et pose des problèmes logistiques. Comment, dans ce contexte, échapper aux sanctions financières en évitant d’acheter des modèles essence ou diesel pénalisés et sans cramer le budget flottes avec l’acquisition massive d'onéreux VE ?

La tentation de l’immobilité

Face à ce dilemme, directeurs financiers et gestionnaires de flottes ont fignolé leur stratégie pour déjouer le couperet financier. Et cela s’apparente à un grand coup de bluff.

Plutôt que de remplacer leurs véhicules thermiques en fin de bail par de plus coûteux modèles électriques, certaines choisissent de prolonger (optimiser) la durée de contrat de leurs diesel ou essence déjà en parc. Les contrats peuvent ainsi passer de 48 mois à 60 voire 72 mois. De quoi de limiter le nombre de véhicules à renouveler sur l’exercice en cours.

L’astuce pour éviter les amendes

La loi ne tenant compte que des nouvelles voitures achetées ou louées dans l’année (le flux) et non de l’ensemble de voitures propres sur le parc existant (le stock). En décidant de geler le renouvellement de leurs modèles thermiques, les gestionnaires de flottes limitent les besoins de nouveau véhicules, sans risquer d’amende. Sur le papier, une entreprise qui n’achète aucun véhicule, évite tout quota et ne s’expose à aucune amende. Dans la réalité, les besoins de renouvellement ne peuvent être réduits à néant. 

Une société dont le bail de 10 voitures thermiques, optimisera le contrat de 8 véhicules et en  renouvellera deux avec des électriques. En réduisant volontairement leurs acquisitions au strict minimum, les sociétés réussissent à faire grimper leurs pourcentages de véhicules propres en flottes, de rester dans les clous de la loi, sans avoir a lâché un max de trésorerie. Mais la stratégie pose question.

Un risque pour le marché automobile

En figeant les renouvellements, les entreprises françaises vieillissent leur parc  à un rythme inédit. En 6 ans, les flottes ont vieilli de 6 mois, dont 3 mois sur les deux dernières années seulement. L’âge moyen du véhicule d’entreprise est ainsi passé de 6,8 ans en 2019 à 7,4 ans en 2025.

Dans le même temps, le nombre d’autos mises à la route diminue. Les immatriculations en Location Longue Durée (LLD), véritable pivot de la décarbonation, accusent un recul de 6,1 % en 2025. Le poids des flottes sur le marché global ne cesse de décroître. Les ventes globales aux entreprises s’effondrent (-5,7 %) au premier semestre

Les constructeurs ne vendent plus de véhicules thermiques, sans que celles-ci soient remplacées en nombre par des modèles à batteries. Moins de voitures neuves (électriques ou non) vendues en flottes, c’est moins de modèles récents sur le marché de l’occasion. Et moins de voitures en flottes c'est moins de recettes fiscales pour l'Etat. De quoi limiter l’accès aux modèles propres de seconde main et renchérir un peu plus le vieillissement du parc automobile français. 

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